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Spectral mornings, spectacular nights

Steve Hackett Band, 7 novembre 2009 Alhambra, Paris

lundi 9 novembre 2009, par Sébastien Bourdon

Pardonnez-moi, mais que voulez-vous, je suis né à la mélomanie compulsive et passionnée avec Genesis, et le goût de ce groupe et de ses satellites ne m’a point quitté, même s’il est de bon ton de trouver que ce n’est pas du meilleur (ton).

Voir Steve Hackett, qui fut guitariste de Genesis à sa plus belle période (1971-1977) pour la première fois en vrai, en concert, était donc forcément pour moi un peu magique. C’était même inespéré car attendu en vain depuis vingt ans. La réalité allait pouvoir alors enfin se cogner avec les images nées à l’écoute de ses disques, seul dans ma chambre d’étudiant.

Lorsqu’il a quitté un groupe sur le point de devenir mastodonte mondial, ce guitariste anglais s’est libéré et a laissé toutes les influences possibles baigner sa musique, aidé en cela par des capacités musicales hors normes. Car il s’agit d’un guitariste exceptionnel, au toucher reconnaissable entre tous. Ses premiers albums solos sonnent certes un peu comme du Genesis de l’époque (mellotron, complexité mélodique et rythmique...), mais mâtinés d’influences extérieures qui brouillent carrément les pistes. Loin de faire de la musique d’ambiance, ce type vous promène de l’Angleterre à la Russie ou la Mongolie en passant par Cordoue (et ses délices), sans affèterie et sans peur de l’expérimentation et du changement radical.

Je ne suis certes pas fan de tout et j’avoue n’adhérer réellement qu’à ses trois premiers albums (Voyage of the Acolyte, Please Don’t Touch et Spectral Mornings), ensuite, ses perpétuelles expérimentations, ses flirts avec la musique classique, j’y ai été moins sensible et ai décroché (à tort, peut-être). Mais si le garçon expérimente sans cesse, il ne renonce jamais à ses racines, c’est pourquoi je savais que j’aurais droit à du Genesis vintage et à des extraits d’albums que je chéris particulièrement (que voulez-vous, j’aime beaucoup la musique que j’écoutais quand j’étais malheureux).

C’est donc avec une impatience certaine que je me rendis à l’Alhambra en ce samedi soir automnal (ambiance idéale pour le genre développé). Ayant été abandonné par tous les participants potentiels sollicités dans mon entourage, c’est accompagné de mon fils aîné que j’entrais dans la salle. Cette participation impromptue de la partie la plus âgée de ma progéniture m’a permis de rejoindre sans difficultés les premiers rangs, avec lui comme valable et particulièrement utile alibi.

La salle était comble, ce qui fait toujours plaisir, d’une foule majoritairement grisonnante et masculine, d’où émergeait quelques jeunes, parfois même avec des tee-shirts Iron Maiden (j’en ai vu deux, terra cognita donc), ce qui me fait toujours plaisir, mais également du Porcupine Tree, Dream Theater... bref des fans de « prog’ ».

Je pèse mes mots (vous me connaissez), ce fut simplement et élégamment sublime. Steve Hackett est là-dedans depuis 40 ans, il se coupe toujours mal les cheveux, joue divinement de la guitare, sourire vissé aux lèvres, appréciant visiblement la bénédiction qu’est une vie consacrée à faire ce que l’on aime et qui en plus touche des gens. Pince sans rire, dans un français délicieusement boiteux, Les Paul en main, il nous a fait entrer dans son univers avec vigueur et générosité.

Son groupe est un peu plus jeune que lui, pas moins enthousiaste (et compétent) et balance avec une rare énergie les compositions récentes comme les anciennes. Mention spéciale à la section rythmique qui envoyait sérieusement.

Le bassiste Nick Beggs (ex Kajagoogoo !!) avait par ailleurs une allure détonante dans un milieu où traditionnellement le no look genre prof de latin-grec est généralement de mise : grand blond massif et tatoué, avec des couettes de Sissi et des lunettes, vêtu d’une robe de cuir, sous laquelle trônaient de belles chaussettes. J’espère qu’il ne portait pas son kilt comme un vrai écossais, sinon le spectacle aura pu heurter un peu mon fils, collé qu’il était au devant de la scène...

Après un 1er set de fort belle facture (« Ace of Wands » !), ce fut Noël en novembre lors du deuxième : le Steve Hackett Band reprend sur un somptueux « Spectral Mornings » puis laisse Steve avec sa guitare acoustique pour deux instrumentaux, dont et surtout « Horizons », titre laissant croire à l’éventuelle beauté du monde.

Retour de l’ensemble sur scène pour nous jouer in extenso du Genesis old school (vocaux inclus, assurés par le batteur qui lui, sait le faire tout en jouant de son instrument !) « Firth of Fifth » (un des plus beaux solos de l’histoire de la guitare), « Blood on the Rooftops » et « Fly on the windshield/Broadway Melody of 1974 ». La coupe était pleine, elle a débordé et j’ai évidemment essuyé quelques larmes d’un bonheur intense.

Il fallait voir en plus le plaisir pris par le maître et sa troupe dans l’interprétation de ces classiques, de surcroîts particulièrement ardus à jouer. Plaisir d’offrir, joie de recevoir.

Cette absence flagrante de lassitude, cette joie de jouer le nouveau (pratiquement tout son dernier album y est passé) comme l’ancien, et je me suis soudain pris à penser : Steve Hackett est - toujours - jeune, le Genesis actuel est vieux et The Musical Box (groupe de reprises fidèles de Genesis) sent la naphtaline.

Je ne doute toujours pas de l’extraordinaire qualité de cette musique et l’interprétation délicieusement violée de « Los Endos » (mâtinée d’un peu de « Dancing with the Moonlight Knight ») en fut la parfaite et exacte illustration. Cette musique vit intensément et n’a pas peur du futur.

Le retour en taxi avec un petit garçon fatigué mais avec les yeux étincelants de bonheur clôtura admirablement cette soirée.

Sébastien

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