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Slow is the new fast

SAINT VITUS, le 9 février 2010 au Nouveau Casino de Paris

mercredi 10 février 2010, par Sébastien Bourdon

Le heavy metal, ce sont des vedettes (Metallica, AC/DC, Iron Maiden, ce genre) et beaucoup de héros méconnus et tenaces (mais alors beaucoup). Il y a longtemps, quand j’ai replongé la tête la première dans ce mouvement musical de manière quelque peu acharnée, j’ai vite découvert nombre de ces personnalités, dévouées à la cause du rock n’ roll, semblant condamnées toutefois à un avenir sans gloire. Wino fait partie de ceux-là. Avec l’album de The Obsessed The Church Within (1994), j’ai été happé par une voix et un son de guitare. La musique de Wino n’engendre pas forcément la bonne humeur certes, mais qu’est-ce que c’est beau.

Qui est ce garçon ? Un pape du doom metal, la branche lourde et reptilienne du metal et. Il a œuvré au sein des formations les plus pionnières du genre avec The Obsessed, Spirit Caravan, Place of Skulls, The Hidden Hand plus récemment le supergroupe Shrinebuilder, et Saint Vitus, objet de la belle soirée évoquée ci-après. On note également quelques participations à des prestations discographiques de Tony Iommi (Black Sabbath), Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters) ou Clutch.

J’ai un peu de tout dans sa discographie, j’ai pioché au hasard. Pendant des années, je me suis dit que c’était un type que je ne verrai jamais, une idole mystérieuse à jamais inconnue. Le peu de succès rencontré par sa production dans nos contrées ne justifierait vraisemblablement jamais une escapade coûteuse et peu rentable par chez nous.

Et puis, l’année dernière au Hellfest, enfin, première rencontre avec Wino et Saint Vitus, à l’issue d’une journée fabuleuse, pour un concert proprement magique (magie noire, of course).

Attendre quinze ans puis pouvoir revoir Wino deux fois en moins d’un an, aucune raison de se priver. Nous voilà donc au Nouveau Casino pour des retrouvailles avec cette musique terriblement addictive. Pour l’occasion, notre petite bande du Hellfest est presque intégralement reformée et c’est, comme réchauffés du soleil de cette journée passée dans les champs maintenant lointaine, que nous nous retrouvons joyeusement.

Avant le début du concert, je croise Dave Chandler, le guitariste du groupe. Il faut imaginer un vieil hippie grisonnant, bandana enserrant ses cheveux longs et bouclés. Le garçon est visiblement abimé par la vie, les sacrifices ont été dûment faits au rock n’ roll, mais il est ravi et souriant de remplir un petit club parisien après tant d’années de galère (30 ans !). Je l’aborde, lui dit que nous l’avions écouté au Hellfest (la plus grande foule ayant jamais assisté à un concert de son groupe nous a-t-il raconté). Dédicaces, poignées de mains, la soirée démarre bien.

Après une honnête première partie, Centurians Ghost, le groupe monte sur scène avec la sérénité des vieux qui n’ont plus grand-chose à prouver mais qui savourent ce retour de forme inespéré. La musique de Saint Vitus est sombre et torturée. Les riffs sont lents et nous sont joyeusement évoquées les dépendances diverses, entre autres souffrances. « I have lost everything and I really don’t care » (« Dying Inside »).

Le public est extatique et monte en puissance avec le groupe. Les quelques éclairs d’accélération du groupe (sur « Mystic Lady » notamment) engendrent un peu d’agitation chez les fans de doom et on a même vu un type slamdiver. C’est terriblement planant, et on a envie de fermer les yeux durant les solos de Chandler. Le jeu de ce dernier est très surprenant, les riffs sont joués avec la dose de fuzz nécessaire mais les solis n’obéissent à aucune règle traditionnelle du genre. Ce n’est ni Sonic Youth, ni Iron Maiden, c’est quelque part entre les deux, libre et sonore, sorte de cri primal.

Et puis, le spectacle s’est terminé, après une belle heure et demie de plaisir et d’enthousiasme. A peine les lumières rallumées, les musiciens, loin de vouloir rejoindre les coulisses, descendent parmi nous, souriants. C’est tellement spontané qu’on en est un peu scotché. Nous décidons très vite de faire une photographie de notre petit groupe avec Wino. Je m’approche de lui, lui demande si c’est possible. Grand sourire, mais évidemment c’est possible ! D’autres ont la même idée, l’entourent et je sens mon projet de fan m’échapper un peu. Je l’agrippe à nouveau, il se retourne et me dit « don’t worry man, I got plenty of time to spend with you guys ». C’est un peu idiot, mais j’en suis encore ému qu’il m’ait dit ça.

Chaleureusement assailli par ses fans, il trouve quand même le temps de faire cette photo (grandiose !) d’évoquer avec moi le Hellfest et les difficultés qu’il avait eu à rejoindre le site de Clisson, mais aussi Shrinebuilder (« best band I’ve ever been in, period »), la musique, la vie. Il me dit, tu sais, c’est important pour moi que vous soyez là. Je lui réponds combien c’est important pour nous qu’il soit là.

Wino a écrit « merci » (en français dans le texte) sur le billet d’Alain.

Parfaitement mec, merci.

Sébastien

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