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Shawn Smith

lundi 8 avril 2019, par Sébastien Bourdon

This Funeral Song’s For You

Au lycée, j’ai cru longtemps avoir manqué un âge d’or, celui des glorieuses sixties et seventies.

Et puis a débuté l’université en même temps que les années 90, et ce qui n’était que lointain et frémissant dans les années 80, a soudainement envahi tout le spectre sonore. Et bruyamment en plus.

A ainsi surgi chez les disquaires ce que l’on a appelé « le grunge », sauvant - paraît-il, rien de moins que le rock n’ roll. Des plus obscurs aux plus mainstream, des garçons et quelques filles de Seattle ont imposé leurs chemises de bûcheron et leurs cheveux sales au monde entier (ou presque).

Je peux vous dire où je me trouvais la première fois que j’ai entendu « Smells Like Teen Spirit » : au volant de ma Fiat Uno, sur un rond-point, au fin fond du 95. Il me semble même avoir du m’arrêter sur le bas-côté pour reprendre mes esprits.

A partir de là, ce que pouvait dépenser un jeune en cigarettes et bières (et préservatifs, pour les plus vernis), est parti en disques. On aurait pu y aller tous les jours chez Gibert, il en sortait tout le temps, et même ceux que l’on taxait de suiveurs (Stone Temple Pilots) publiaient souvent des albums au moins aussi bons que ceux des gardiens du temple (l’Etat de Washington).

Des Melvins à Pearl Jam en passant par les Screaming Trees et Alice In Chains, on voulait tout, la moindre participation de ces musiciens à un projet justifiait une virée chez le disquaire qui se décomptait en francs. Et puis, s’il n’y avait exceptionnellement rien de neuf, en attendant, on pouvait toujours fouiller les bacs à soldes pour compléter sa collection des grands anciens, de Black Sabbath à Love, en passant par Thin Lizzy et Motörhead.

Nos oreilles ne se lassaient pas car cette scène musicale ne se privait pas d’expériences sonores éclectiques et disparates, quand c’était même pour certains leur fond de commerce (les prodigieux Melvins).

Et c’est ainsi qu’un jour d’avril 1993, à la FNAC Montparnasse, probablement sur la seule foi d’un sticker laconique (« feat. Stone Gossard from Pearl Jam ») apposé sur une pochette énigmatique, on a acquis le premier album de Brad, « Shame ».

Seul ce titre figure sur la couverture, apposé en violet sur une vieille photographie en noir et blanc. On y voit une troupe portant masques immenses et dérangeants, entourant un jeune garçon. L’intérieur du disque est plus chatoyant, s’agissant d’une robe d’été. A l’écoute on se situe là, dans cet entre deux, quand on ne sait si l’on doit s’inquiéter ou s’émerveiller.

Il y eut donc plein de disques ces années là, mais celui-ci prit une place toute particulière (de même que le suivant,« Interiors » - 1997 - qui contient une sorte de condensé de la chanson parfaite, « The Day Brings », sans oublier les albums de Satchel). Mais on l’a déjà évoqué sur ces mêmes pages, on n’y revient donc pas (http://www.soundsmag.org/It-s-just-a-matter-of-time).

Shawn Smith est mort un samedi 6 avril 2019, à 53 ans, rejoignant dans la fosse commune les enchanteurs de notre jeunesse Andrew Wood, Kurt Cobain, Layne Staley, Scott Weyland, Chris Cornell... cette disparition, prématurée une fois de plus, vient rappeler combien la Faucheuse a survolé cette scène, et ce dès les prémices.

Shawn Smith n’a jamais ne serait-ce qu’approché le succès d’un Soundgarden et il semble que ce soit plus le diabète que l’héroïne qui ait terminé trop vite son existence. Il n’en demeure pas moins un immense regret, une unique visite scénique parisienne (cf. lien supra), et une œuvre musicale d’une rare finesse, pleine de spleen et de groove.

Sébastien Bourdon

« So gather around
And see what the day brings
And see what makes you laugh
And see what makes you sing
 »

Brad « The Day Brings »

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