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Serval est énervé

Entombed "Wolverine Blues"

mardi 5 mai 2015, par Sébastien Bourdon

Entombed « Wolverine Blues » 1993

On peut passer longtemps à côté de quelque chose, et notamment d’un disque, il y en a tellement (des disques). Il en est ainsi pour ma part de l’album « Wolverine Blues » du groupe Entombed, sorti il y a vingt-deux ans. Je savais qu’il s’agissait là d’une pierre angulaire du genre métallique ici particulièrement affectionné, sans savoir à quoi cela pouvait ressembler, ni même à quelle branche du brutal ce groupe se rattachait.

Le disque est sorti en 1993 et relèverait du Death Metal, genre dans lequel ce groupe suédois s’était jusque là illustré. En réalité, loin de la complexité glaçante qu’appelle parfois ce type de musique (Death par exemple), le propos est infiniment plus rock n’ roll même si pas moins brutal. Fans de l’éthéré et de la désinvolte dandy, passez votre chemin, celui-ci est encombré de bien trop d’épines (empoisonnées). Ce disque est sauvage et ne cherche pas à s’attacher l’affection d’une large public. N’y cherchez ainsi point trop de mélodie non plus (j’en relève au début du titre « Contempt », mais ça doit être à peu près tout). Pour ainsi dire, l’introduction à la batterie du morceau « Blood Song », copie en forme de respectueux hommage au « Billion Dollar Baby » d’Alice Cooper, sonne comme une respiration de quelques secondes. Il paraît qu’a été inventé avec ce disque le concept du Death n’ Roll. Pourquoi pas.

Confortablement installé dans ma Jaguar (c’est beaucoup mieux pour écouter de la musique qu’une Fiat Uno), j’ai soudainement réalisé que l’enregistrement de ce disque faisait montre d’une urgence réelle, pas de celle si souvent invoquée par les artistes parlant de leur dernière production discographique. Ainsi, aussi remarquable que soit le disque, à l’écoute de l’album « Wasting Light » (2011) des Foo Fighters, on ne fera croire à personne qu’il a été enregistré « à l’arrache » dans un garage même si c’est que racontait Dave Grohl lors de sa sortie (mais avec ce qu’il a vendu comme palanquées de disques, il doit avoir un garage tout de marbre et boiseries).

S’agissant de l’album dont il est ici question, le terme est nettement plus pertinent, c’est bien simple, lorsqu’un titre s’ouvre par une introduction à la guitare, on a clairement et physiquement l’impression de ressentir l’impatience qu’a le batteur de rejoindre le champ de bataille (« Hollowman »). L’urgence se définit donc ici par la sensation palpable de frénésie des musiciens de se saisir au plus vite de leurs instruments et de les employer au mieux pour infliger une punition sonore aux auditeurs. Le plaisir des interprètes rejoint alors immédiatement celui des auditeurs, même si ces derniers peuvent être d’abord quelque peu désarçonnés par cette brusque et impitoyable charge auditive.

A l’écoute du disque, on se demande par quel miracle les hurlements du chanteur parviennent toujours à ne pas se noyer dans la furie rock n’ roll des musiciens qui l’entourent. Pas une once de douceur dans les vocalises, cette voix n’est qu’un long et inextinguible cri, un crachat à la face d’un monde absurde et violent (« Demon »).

Et comme toujours, de ce flot bouillonnant sombre et rouge, jaillit cette forme surprenante de beauté que l’on ne trouve que dans cette musique. Une forme absolument pure d’énergie, quelque chose d’inviolé qui revient inlassablement, à chaque écoute.

Sébastien

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