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« Scènes de la Vie Conjugale » d’Ingmar Bergman (1973)

mercredi 30 janvier 2019, par Sébastien Bourdon

Wasting Love

On dit parfois d’Ingmar Bergman qu’il serait ennuyeux, et que son cinéma serait élitiste et prétentieux. Ce sont des propos qui confirment souvent au moins une chose, ceux qui en parlent ainsi ne l’ont pas vu.

En réalité, on ne baille guère devant les films d’Ingmar, même dans le cadre de dispositifs cinématographiques réduits, comme pour le téléfilm/film dont il va être ici objet. Alors que tout le monde ne parle plus que de séries, en voilà une qui s’impose comme l’évidence (une seule saison, six épisodes).

Collés à deux uniques personnages pendant cinq heures, on assiste en impuissant spectateur au terrifiant spectacle d’un couple qui se délite. Ce qui fait ici l’haletante violence, ce sont les mots, ce qu’on peut se dire jusqu’au délire quand les liens du corps et du cœur ont commencé à inexorablement se défaire.

On comprend que l’amour occupait une grande place chez Johan (Erland Josephson) et Marianne (Liv Ullmann). Il y eut bien deux filles qui en naquirent, mais des enfants nous ne verrons que des traces de présence, jouets ou livres, ils resteront relégués à un définitif arrière-plan.

Ce qui compte à l’image, ce sont nos deux protagonistes et leurs déchirements. Alors que le sentiment s’estompe, le premier en prend acte et fuit quand la seconde le réalise par la soudaine absence de l’autre. Il est parti, elle aurait voulu qu’il reste, mais c’est finalement elle qui prend goût à sa neuve liberté, à laquelle elle n’entend pas renoncer lorsque ce dernier se présente à nouveau dans les cendres encore fumantes du domicile conjugal.

Dans ce contexte subsistent malgré tout de subtils attachements et dépendances qui sont comme autant de blessures sans cesse rouvertes.

Ces marées émotionnelles, cette cruauté le plus souvent vaine, ne cachent rien d’autre que l’absolue solitude humaine qui prévaut à tout et de laquelle il faut bien s’accommoder. Nul besoin d’être un génie pour être incompris, exister suffit largement.

Cette terrifiante et universelle réalité existentialiste, exposée ici sans complaisance, Bergman en fait une chose essentielle, un film magnifique.

Sébastien Bourdon

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