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Rock n’ Roll Proletariat

DANKO JONES – Elysée-Montmartre, samedi 6 novembre 2010

dimanche 7 novembre 2010, par Sébastien Bourdon

Le réveil fut difficile en ce samedi matin de novembre on ne peut plus gris et pluvieux. Ce ne furent en effet pas un, mais deux enfants, qui décidèrent d’être malades une bonne partie de la nuit. Du coup, la journée promettant d’être chargée, je me voyais bien renoncer à ce concert. Pourtant, à 18 heures, en sortant de ma séance hebdomadaire de yoga, avec quelques messages de jeunes sur mon portable, je me sens requinqué et, armé d’un sandwich préparé par Belle-Maman (anecdote authentique), je me jette dans le métro pour rejoindre l’Elysée-Montmartre.

Au pied de la salle, sous une pluie battante, j’appelle un ami et voisin en lui disant qu’il pourrait fort bien commencer son samedi soir par un excellent concert. Et comme on est encore jeunes, il rapplique, augmentant l’équipe déjà constituée d’un stagiaire (je forme à tout, au droit, comme au rock n’ roll) et d’un cousin (qui a renoncé au droit pour la cuisine, ce qui est raisonnable somme toute).

En entrant dans la salle, j’ai comme un frisson. Depuis plusieurs années, l’Elysée-Montmartre a délaissé mes goûts pour des trucs plus tendances, des bals et des revivals 90’s pour des jeunes qui ne le sont plus mais qui voudraient y croire encore. J’ai pourtant passé dans cette salle les plus belles soirées de ma vie : Faith No More, Black Sabbath avec Dio, Soundgarden (le jour de la mort de Kurt Cobain, étrange concert), Reef, Gojira, Fantomas… mais aussi Mercury Rev, Bran Van 3000, Tricky et… Moby (oui, je sais, étrange). J’ai laissé dans cette salle la belle sueur de ma jeunesse.

Ainsi, sans même que le concert ait commencé, à peine entré, c’est l’évidence, je vous le confirme, c’est la meilleure salle de Paris, je me sens tout de suite des jambes de 20 ans. Je respire, je suis chez moi.

Qui est Danko Jones, le leader d’un trio du même nom : lui, chant et guitare, les deux autres assurant la basse et la batterie (John Calabrese et Dan Cornelius). Je ne pense pas que Danko Jones révolutionnera le rock n’ roll, mais il en fait, indiscutablement. Et bien. Ce qui est déjà pas mal. Au surplus, chaque nouveau disque est meilleur que le précédent. Le dernier tutoyant les sommets du genre, la source est donc loin d’être tarie. Nous avons arpenté les Cyclades cet été avec « Below The Belt » à fond les ballons et c’est avec la perspective de retrouver un peu de cette bonne humeur ensoleillée que je me prends quelques bières avec mes acolytes du soir. Il fallait dans le même temps essayer de ne pas entendre la première partie, Young Guns, sorte de décalque pathétique des déjà abominables Linkin Park.

Ceci réglé, à 20 heures 30, le lion canadien surgit sur la scène. A voir ce type au charisme indiscutable, empoigner fermement une guitare et rentrer de plein fouet dans sa musique, on se dit qu’il n’y a pas de hasard. Quel autre métier aurait pu faire Danko Jones, il est fait pour la scène (le garçon anime également des émissions de radio et a enregistré un album de spoken word). De l’énergie, de l’humour, un bagout insensé, la promesse d’une fête est là, elle sera tenue.

Les règles de base sont respectées, le groupe sait où il est, joue avec une précision diabolique des titres courts, racés et efficaces, peu de solos de guitare. Deux d’entre nous ne connaissaient pas Danko Jones, ils ne cesseront de sourire de la soirée (parce qu’en plus Danko est drôle, ses interventions entre les titres, en parfaite interaction avec la salle, sont réjouissantes).

Et puis, c’est de la musique de fans pour les fans, alors Danko Jones rend ainsi invariablement un bel hommage aux héros tombés sur le front du rock n’ roll. Tel un griot africain, il narre sur un groove infernal le fait que lorsque le rock ne sera plus là, il ira sur la montagne, les gens le regarderont d’en bas et il retrouvera là-haut (sky high) Bon Scott, Dimebag Darrell, les faux-frères Ramones, Cliff Burton, mais aussi Johnny Cash, James Brown et Solomon Burke. Et en haut de cette montagne, trônera le plus grand, Ronnie James Dio. « Everybody is sexy in Heaven baby ».

La fête terminée, nous quittons, joyeux, la salle. Comme aurait pu le dire un absent, mais un habitué : « c’était super ».

Dehors, la pluie ne s’était pas arrêtée dans l’intervalle et, de leur côté, les enfants n’avaient pas non plus cessé d’être malades. A peine de retour, je retrouve donc un foyer aussi tourmenté que la fosse de l’Elysée-Montmartre, mais dans un autre genre. Comme le chante Danko Jones, « sleep is the enemy ».

Sébastien

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