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Requiescat in pace

mardi 12 janvier 2010, par Sébastien Bourdon

Mon premier film de Rohmer, je l’ai vu au cinéma et c’était Conte de printemps en 1990. J’avais donc 19 ans. Comment avions-nous décidé d’aller voir ce film, le genre était tout de même un peu éloigné de nos habituelles sorties cinés. Je ne sais pas, je ne sais plus.

Toujours est-il que vingt ans plus tard, je m’en souviens encore comme d’un choc profond (et pas seulement parce que j’étais tombé amoureux de la rousse Florence Darel). Je découvrais que l’on pouvait filmer différemment d’Hitchcock ou John Landis et que la littérature pouvait lourdement influencer un mouvement de caméra. Cette projection a donc définitivement modifié mon idée même du 7ème art, presque aussi violemment que la vision de La chambre verte de Truffaut en cassette vidéo chez un copain de classe.

J’en ai pris acte avec une excitation intellectuelle non éteinte à ce jour, excitation qui a donné à ma cinéphilie balbutiante un tout autre tour.

Trente ans après, la Nouvelle Vague éclaboussait encore, et je ne crois pas qu’elle ait cessé de le faire.

J’ai vu depuis d’autres films d’Eric Rohmer et le goût ne m’a pas passé. Ce mélange de rigueur morale et d’érotisme insoutenable (Le genou de Claire, Conte d’été, Pauline à la plage...) ne pouvait que me toucher, petit bourgeois occidental né après 68 et toujours empêtré dans une morale judéo-chrétienne millénaire. Et puis filmer les jeunes filles et en faire l’œuvre d’une vie, c’est beau. Les jeunes filles qui sont des armes destruction massive n’est-ce pas (je fais de l’autocitation maintenant, il me semble avoir écrit ça à propos de A tout de suite de Benoît Jacquot).

J’avais, il y a quelque temps, recommandé la lecture des scénarios des Six contes moraux de Rohmer. Il est évident que cela reste d’actualité, même si cette dernière est devenue un peu triste.

Mon dernier choc rohmerien (c’est classe quand même d’être à l’origine, de son vivant, d’un qualificatif) fut L’anglaise et le Duc (2001). Avec un peu plus de costumes que d’habitude et pas tellement plus de moyens, Rohmer humanisait la Révolution et nous faisait brillamment ressortir l’époque.

"Un film ne donne pas à admirer une traduction du monde, mais, par cette traduction, le monde".

Sébastien

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