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1999 - l’électron libre...

Quadrilogie Mike Patton - Episode 3

L’homme aux multiples facettes

dimanche 27 juin 2004, par Paul Kirkness

Avant dernier résumé des épisodes précédents pour cette troisième et palpitante rétrospective de la vie musicale du sieur Patton. Où en étions nous ? Il semblerait qu’après avoir fait paraître les sublimes King for a Day, Fool for a Lifetime et leur Album of the Year, Faith No More ait décidé de mettre un terme à l’aventure... Après moult larmes de versées, les fans du groupe vont s’apercevoir qu’il y a une vie après Faith No More : Mike Patton en sera l’épicentre. D’abord, il y a encore Mr. Bungle... Et ici, nous allons voir qu’il ne s’agit là que du pic de l’iceberg. Mike Patton : enfin libre de n’en faire qu’à sa tête ?

Nous voilà parvenus à l’année 1999. Toma nous avait bien prévenus dans le deuxième épisode de cette série : nous voilà dans une année particulièrement chargée. C’est à cette époque de Patton fonde son propre label, avec son ami Greg Werckman. Mais impossible de commencer par là. Pour faire bien, il faut obligatoirement parler de tous ces albums, enregistrés pour certains vers la fin de 1998 et apparu dans les bacs français au cours de 1999. Mais où commencer ? L’électron libre se lâche et participe à tout va.

Au milieu de l’année 1998, Patton reçoit un appel de Rika mm’. Elle est la bassiste de Melt Banana, groupe de « post-punk » japonais ultra-excité, et elle lui demande de bien vouloir participer au prochain album du groupe. A l’idée de travailler avec ces tarés, Patton jubile. Il parvient même à faire participer certains membres de Mr. Bungle au titre « Area 877 (Phoenix Mix) ». Melt Banana et Mr. Bungle... Je vous laisse imaginer la chose. Quelques mois plus tard, John Zorn relance son projet Great Jewish Music. Après Burt Bacharach et Serge Gainsbourg, il s’attaque cette fois à Marc Bolan de T-Rex. Mike Patton est sollicité une fois de plus (évidemment). Il choisit de reprendre le titre « Chariot Choogle » qu’il connaît bien : il figure sur l’une des premières démos de Fantômas. Et ça continue... Tzadik Records, le label de John Zorn, sort régulièrement des albums dits de « grands compositeurs ». Jerry Hunt, décédé il y a quelques années, parviendra à faire paraître son album Song Drapes sur ce label. Un mélange de piano et de musiques électroniques, et tout cela joué par Hunt, un homme un peu fou qui se prenait pour un « chamane des temps modernes » et qui enseignait les sciences occultes. Mike Patton est invité à jouer sur deux morceaux étrangement calmes : « Song Drape » et « I Come », tous deux à écouter d’urgence.

Nous voilà bien entrés dans l’année 1999. On vient de voir que malgré la fin de FNM, Patton n’a rien perdu de son énergie... bien au contraire. Il va le prouver une nouvelle fois cette année en ajoutant à son titre glorieux de musicien, celui de producteur. Nous l’avions déjà annoncé, mais cette année là Patton fonde Ipecac Recordings avec son vieil ami Werckman. Ce dernier connaît bien le milieu, ayant travaillé presque dix ans sur le label Alternative Tentacles de Jello Biafra, chanteur des Dead Kennedys. Ensemble, Patton et Werckman s’entendent dès le départ sur deux choses : Ipecac (nom inspiré de l’Ipecacuanha, cette plante qui fait vomir) n’aura ni de direction, ni de directeur. Un seul objectif : produire ce qu’ils aiment.

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Werckan et Patton

Pour vraiment bien faire, il faudrait rédiger un article entier à ce label foisonnant. Créé au départ pour donner vie au premier et génialissime album de Fantômas, Amenaza el Mundo qui ne trouvait pas de preneurs chez les grandes majeures du disque, Ipecac deviendra beaucoup plus que le simple lieu de production des œuvres de Patton. Entre la techno électrique et déjantée d’un Kid 606, la country ‘western’ de The Lucky Stars, le hip-hop de Sensational et de Dälek ou le CD de blagues téléphoniques de Neil Hamburger (Mike a le droit à son propre canular sur ce CD), on se rend rapidement compte que les goûts de nos producteurs sont aussi divers que variés. Selon les créateurs, ce label se démarque car il ne s’intègre pas au système du « compétitif avant tout. C’est une entreprise qui marche grâce aux fans, une entreprise comme on aimerait en voir plus. Ipecac contredit les thèses star académiciennes modernes. Le message est là : la musique d’aujourd’hui obéit à trop de règles dans son désir de commercialisation...

Grâce à Ipecac Recordings, Fantômas voit enfin le jour. Quatre musiciens provenant de différents groupes de rock, mais qui ont décidé de tout jouer sauf du rock. A la guitare, on retrouve Buzz Osbourne des Melvins. A la basse, c’est Trevor Dunn que l’on retrouve aussi dans Mr. Bungle ou encore chez John Zorn. Et à la batterie, qui de mieux que Dave Lombardo. Et oui, c’est le même Dave Lombardo qui, à l’époque de Slayer, nous a sortit les albums Reign in Blood et South of Heaven. Rien que là, on se dit qu’on a affaire à du beau (monde).

Tout a commencé lorsque Mike Patton enregistre plusieurs morceaux sur une démo. C’est lui qui y joue tous les instruments. A tous ces musiciens préférés, il envoie la cassette avec pour seul message de « rejouer les morceaux à leur manière ». Après plusieurs échanges de cassette, tous les musiciens concernés s’intéressent au projet et décident de participer au nouveau projet Patton. Au départ, c’est Diabolik... puis, ce projet est rebaptisé en Fantômas.

Le premier album de Fantômas est issu de cette rencontre inter-postale. Evidemment, les quatre musiciens se sont rencontrés pour enregistrer quelque chose de ‘solide’, mais il est intéressant de noter que le résultat final n’est pas bien éloigné de ces démos envoyés au domicile de Monsieur Patton. Les musiciens avaient tous en commun le désir d’innover, mais pour de vrai.

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L’équipe Fantômas

Amenaza el mundo est donc né, le 26 avril 1999... Un album en 30 parties, sans titres de morceaux et sans paroles. Au lieu de cela, Patton utilise sa voix en instrument avec la multitude de sons qu’il sait en sortir - du râle rauque, aux cris stridents, aux murmures, toussotements, aboiements et les chantonnements mélodieux. La musique est ultra travaillée et d’une complexité sans précédent dans l’histoire du ‘rock’ (au sens très large). Ce groupe laisse apercevoir cette personnalité plus avant-garde et artistique de Mike Patton (moins visible sur FNM). Mais un problème majeur se pose. Qui voudra produire un tel bordel musical ? Réponse : personne. Le risque est trop gros et les gros noms ont peur de sortir, à leur nom, un album aussi difficile à cerner. Certes, Mr. Bungle n’était pas le plus accessible des groupes, mais avec Fantômas, on arrive au cauchemar de la maison de disque. Où sont les paroles ? Où sont les mélodies ? Comment va-t-on passer ça à la radio ? Et c’est ainsi que Ipecac va prendre vie.

Mais reste un GROS problème : comment rejouer tout cela en live ? Pourtant Patton nous assure qu’il n’existe des fausses notes que très rarement dans leur shows. Chaque petit son a sa place et ne doit pas être oublié. En effet, l’erreur est impossible lors des sets live. Il suffit que l’un des musiciens n’entre pas à temps pour que Patton fasse signe de recommencer le morceau... Rassurez vous, c’est très rare et sur scène on a affaire à du véritable travail de pro.

L’épisode Maldoror est, lui aussi, un très bon témoignage de cette volonté de diversification du seigneur Patton. Après quelques concerts « emmerdants » (dixit notre héro) avec Faith No More, en Australie, Patton se lance dans plusieurs shows d’improvisation. C’était en 1998. Ainsi il entre en contact avec Masami Akita de Merzbow, le roi de la « noise » au Japon. Les improvisations qu’ils réalisent ensemble leurs plaisent tellement qu’ils décident de se lancer sur des tournées en Australie et au Japon. Les deux en tireront une très grande satisfaction et l’idée de réaliser un album studio, totalement improvisé lui aussi, commence à germer dans leurs esprits. Ce sera Maldoror, nommé ainsi après le roman surréaliste de l’écrivain français du XIXème siècle, Lautremont. Ceux qui connaissent l’album, She, le savent - la musique est tout aussi surréaliste et, d’aucuns diraient, « complètement barge ». C’est du vrai « noise ». Du bruit quoi... Patton et Akita utilisent des sons qu’ils sont allés emprunter aux cartoons américains et japonais. Sorti en 1999 sur le label Ipecac (évidemment), c’est la claque assurée pour les puristes de Faith No More... Ils connaissaient Patton en chanteur un peu play-boy mais génial. Mais pas encore Masami Akita. Pour celui-ci, interrogé à propos de la bizarrerie de sa musique, on ne peut pourtant pas parler de ‘Noise’ car « si vous entendez par cela un bruit désagréable, alors pour moi, le Noise c’est ce que vous appelez pop ».

La bande son du film brésilien, No Coração dos Deuses, réalisée par André Moraes avec Igor Cavalera et Andreas Kisser de Sepultura, a elle aussi une chansonnette sur laquelle apparaît Mike Patton. C’est le titre « Procura O Cara » (qui signifie « je cherche le mec ») dans lequel on retrouve un Patton débordant d’énergie. Une fois encore, notre héro reste fidèle à lui-même puisqu’il demande à rédiger les textes de la chanson dans son intégralité... La réponse de Moraes : « Et comment ! »

On le sait, les relations de Patton avec Sepultura ont toujours été bonnes (rappelez vous de l’album Roots où Patton chante sur deux titres). Cette nouvelle rencontre est pourtant intéressante. Elle se fait sans le ‘lien’, Max Cavalera, parti créer le groupe Soulfly. Et si le grand ami Max est absent, Mike Patton ne se décourage pas pour autant et participe au titre « The Waste » sur le single Tribus. Inutile de préciser à quel point « The Waste » se démarque du reste par l’ambiance plus pêchue que thrash. On entendra rapidement Igor Cavalera, le batteur de la formation brésilienne expliquer à quel point travailler avec Patton fut facile à faire. S’il souhaite réitérer l’expérience ? Réponse : « Et comment ! »

Nous sommes toujours en 1999 lors de la sortie de California, le troisième et (malheureusement) dernier album de Mr. Bungle. Un excellent album qui reste sans conteste le plus accessible des créations bungleisantes. « Retrovertigo » sonne presque comme du Faith No More époque Angel Dust ou le titre « Air-Conditioned Nightmare » avec ses petites sonorités empruntées aux Beach Boys. Mais les incontournables restent l’excellent « Ars Moriendi » et « Pink Cigarette », deux titres qui ne seront jamais oublié.

Nous voici donc arrivé à la fin de cette année 1999, l’une des plus active et productive pour Mike Patton. La suite est pour très, très bientôt. On y verra Mike Patton mettre un terme à l’aventure Bungle pour se consacrer plus à fond sur Fantômas... On le verra travailler de près avec le producteur des Gorillas, Dan The Automator. Mais c’est loin... très loin d’être tout. Mike Patton en star de cinéma, Mike Patton aux commandes d’un nouveau groupe (Tomahawk) et Mike Patton en homme trop, mais vraiment trop occupé... Tout ça c’est pour la prochaine fois. Tenez bon !

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