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Pourtant, que la montagne est belle

mardi 12 mars 2013, par Sébastien Bourdon

L’autre jour, j’ai appris un joli mot en anglais, « cantankerous », qui signifie « acariâtre ».

Les hasards de mouvements socioprofessionnels récents de mon épouse m’ont récemment livré à moi-même sur les pistes de ski de La Plagne, tout de même épaulé par mes deux fils aînés. Ces deux derniers étant dûment inscrits aux cours de ski, matin et après-midi, c’est dans cette solitude blanche que j’ai eu tout loisir de développer encore un peu plus ma tendance à la misanthropie.

Je n’ai pas eu à me forcer. A la laideur de l’empreinte humaine en des lieux qui n’ont certainement pas dû manquer d’allure il y a à peine cent ans (la montagne en somme), se sont ajoutés moult épiphénomènes de nature à me rendre encore plus grincheux, presque jusqu’à la douleur.

La Plagne est une station laide qui s’étend sur plusieurs sites – tant qu’à faire – et qui nous rappelle que ce n’est pas forcément une bonne idée que de laisser la montagne aux montagnards. Les conséquences de l’appât du gain ne sont pas que dans vos assiettes, vous les trouverez aussi sur les sommets enneigés.

Ce souci de construire artificiellement un univers qui ne soit surtout pas en adéquation avec les lieux se retrouve aussi dans cette invasion permanente de « musique » assenée à nos oreilles déjà refroidies par l’altitude. Nous est ainsi infligé, même sur les pistes, le pire de toutes les époques de la « pop », française comme internationale (le gnamgnam machin, mais aussi des scies d’Etienne Daho, j’ai du entendre au moins trois fois « week-end à Rome » en une semaine). Musique partout, mélomanie nulle part.

De la même manière, j’ai vu les marques de friandises envahir les pistes de ski, entre les concours idiots organisés par le chocolat Milka et les compétitions amateurs de l’Ecole du Ski Français parrainées par Haribo. Ces dernières étaient quand même facturées aux participants (5 euros) et il eût fallu voir la figure outrée de la guichetière de l’ESF quand je lui déclarais que je ne voyais pas comment pouvait-être payante une opération de parrainage publicitaire. « Mais enfin Monsieur, quand même, il y a des lots !! ». « Oui, Madame, c’est justement une des nombreuses formes que prend la publicité ». C’est fou comme les gens sont bien installés dans le moule du capitalisme, pourvu que ça dure.

Enfin, s’il faut reconnaître que la doudoune multicolore a un peu reculé sur les étendues enneigées des Alpes, le souci de l’accessoire idiot a fait que nombre de plus ou moins jeunes skient (ou surfent) avec une caméra vissée sur le casque, sans doute pour pouvoir mirer leurs performances à l’heure du vin chaud, au risque de vomir leur quatre heures fait de friandises industrielles. La contemplation de soi a de beaux jours devant elle, et je n’ose imaginer les soirées de projection qui s’ensuivent, autrefois qualifiées de « diapo », devenues depuis « vidéo », pour un résultat encore moins palpitant, mais infiniment plus nauséeux. Las, nos semblables découvriront-ils peut-être un jour que, non, nous ne sommes pas tous ni des sportifs, ni des cinéastes accomplis. Mais enfin, du moment que cela se télécharge sur You Tube, le consommateur moderne est content.

A la montagne, la vulgarité y semble pourtant moins prégnante qu’ailleurs. Faites donc une randonnée en Corse au mois d’août pour achever de vous en convaincre. Las, l’hiver venu, il faut croire que le froid ne fait plus peur à personne. Cela m’attriste quand le monde est moins joli, même si peut-être, à mon corps défendant, je participe à ce mouvement.

Malgré tout, c’est quand même un bien joli mouvement que de glisser sur la neige. D’ailleurs ça me manque déjà.

Sébastien

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