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Post millenium tension

TRICKY, le Trianon, lundi 16 décembre 2013

lundi 23 décembre 2013, par Sébastien Bourdon

Au mitan des années 90, il me semble avoir noté quelque part que des groupes et artistes comme les Deftones, Tool et Tricky étaient à même de produire, à ce moment là, la musique la plus adaptée à l’air du temps. Quelques années plus tard, si les Deftones bougent encore, force est de constater que cela fait moins d’effets, Tool s’est assoupi, quant à Tricky, il a largement perdu de sa pertinence après plusieurs disques pour le moins médiocres sortis à l’aube du nouveau millénaire (« Vulnerable », « Knowle West Boy »…).

Pourtant, Dieu sait si j’étais fan, j’avais même emmené mes parents l’écouter à l’Elysée-Montmartre. Ma mère, une indiscutable mélomane, avait trouvé cela bien mais un peu sinistre et on ne saurait l’en blâmer, au regard de l’atmosphère presque étouffante de ses spectacles. Tricky sortait des disques de trip hop et donnait des concerts de heavy metal sombre. Alors que l’ennui suintait de chaque minute des concerts de Massive Attack, ceux de leur transfuge étaient bourrés d’une intensité rare. Les concerts se tenaient dans une obscurité presque totale et la musique électronique du kid de Bristol était largement transcendée par des nappes de guitare et une batterie tellurique (au moins).

Je me souviens d’un de ses concerts à la Mutualité où le public à lunettes avait été quelque peu désarçonné par cette soudaine brutalité sombre. Autant le dire, j’ai adoré ça, cette manière de proposer tout à fait autre chose en concert, avec une telle intensité rageuse, sans compromis aucun.

Et puis, comme souvent, comme toujours, le temps a passé, et les disques de Tricky ont déserté mes platines. Le son d’une époque, finalement noyé dans la consommation de masse. Jusqu’à la sortie de son dernier opus, « False Idols » (2013), aguiché par le sensuel single « Nothing Matters », j’ai acheté l’album – à raison - et pris des places pour le concert dont il est ici objet.

Autant le dire tout de suite, on n’a pas franchement été enthousiasmés. C’était comme avant certes, l’obscurité, les guitares, et toutes sortes de choses, mais en moins bien. Même le public n’était pas à la hauteur : la salle était pleine comme un œuf, mais tant de gens qui restent au bar quand le concert commence, c’est pour le moins saugrenu (et de mauvais goût). Miracle du nouveau millénaire, on peut maintenant mettre un nom sur le lecteur des Inrockuptibles, cela s’appelle un hipster (je déteste dire « bobo », j’ai l’impression d’être visé).

Le concert s’est ouvert avec une sorte de décalque heavy du « Sweet Dreams » d’Eurythmics, plaisant, mais loin du lâcher de napalm à six cordes de ses concerts antérieurs. Le spectacle a vogué ensuite mollement dans les fumées du haschisch de Tricky (il n’y a plus que lui qui fume dans la salle, je vous rappelle que c’est interdit). Las, la drogue douce a au moins un inconvénient majeur, elle pousse à l’auto indulgence, du coup Tricky fait son truc, mais ça ne casse pas des briques.

Pourtant, la salle est belle et le groupe était bon, constitué essentiellement de filles qui en plus avaient l’air jolies (en même temps, il faisait tellement sombre), mais il n’en était pas tiré grand-chose de palpitant. Tricky, en organisateur du chaos, leur envoie ainsi à intervalles réguliers des instructions comminatoires (« kick drums », « guitar » !!!), les obligeant à monter en intensité, pour soutenir ses mantras hypnotiques (« I’m by myself and I’m ’not alone » ; « you hear me now, you feel me now » ) mais cela semble s’arrêter aussi vite que cela a commencé, avec surtout un manque cruel de nuances. On se prend parfois a rêver d’une virtuosité plus ou mieux exploitée

Il ne manquait pas forcément grand-chose pour élever le débat au regard de la qualité des compositions et de la présence magnétique de Tricky. Ce dernier peut, j’en suis certain, nous emmener encore dans des expéditions sonores hors normes, reste à trouver le vaisseau ad hoc.

Sébastien

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