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Pas Vu Pas Pris de Pierre Carles.

Peut-on tout dire à la télévision ?

jeudi 11 décembre 2003, par Thomas Bourgenot

Ca commence par une conversation privée (off) entre Etienne Mougeotte, vice-président de TF1 et François Léotard, alors ministre de la Défense. Et un constat, cette conversation captée par le satellite, et retranscrite dans le Canard Enchaîné puis par Entrevue, n’est jamais passée à la télévision. Grandit alors une question dans la tête de Pierre Carles : "pourquoi ne voit-on pas ce genre d’images à la télé ?". Ce dernier décide alors de se servir de ce document et de cette question pour faire un documentaire commandé par Canal + dans le cadre d’une émission sur "La télé, le pouvoir, la morale". Il prend alors sa caméra, et va voir, muni de ce document, les plus grands présentateurs politiques de la télé en leur posant la question. C’est alors que commence l’histoire de "Pas vu à la télé", ce documentaire de 26 minutes, qui ne sera jamais vu à la télé, française tout du moins.

"Pas vu pas pris" retrace cette histoire. Mais, plus qu’une histoire, ce film documentaire est aussi une démonstration de comment se forme la censure à la télévision, et par extension, dans les médias en général. On apprend que, pour aucun de nos présentateurs télé, il n’existe de sujet tabou. Mais, lorsque vient la question de la conversation Mougeotte-Léotard, on les entend ensuite dire que "cracher dans la soupe, je n’aime pas ça" ou alors que c’est "le public qui nous impose l’autocensure", et "qu’on ne peut pas ériger en principe qu’il y a pour les gens un droit à tout connaître". Ce genre de propos, lorsqu’ils sont tenus par les présentateurs de L’heure de vérité, Zone interdite ou Envoyé Spécial, font bien rire, mais d’un rire quelque peu jaune. Car revendiquer une autocensure, lorsqu’on affirme ne pas avoir de sujet tabou, ça a un côté quelque peu schizophrène...

Ce film nous aide à mieux comprendre les phénomènes de classes qui existent à la télé. Comment untel présentateur défend untel politicien, non parce qu’il a des intérêts ou une réelle connivence (quoique...), mais bien souvent parce qu’ils ont été à l’école ensemble (ENA, Sciences Po’, et autres HEC, gratins de la formation à la pensée dominante), et parce qu’ils sont amenés à se rencontrer fréquemment, et tout simplement parce qu’il font partie du même milieu, de la classe dominante, et qu’on ne peut (ou on ne veut) pas mettre des batons dans les roues d’un congénère, sous peine d’être radié du milieu.

Mais, ne cherchez pas dans ce film de réponses toutes faites aux questions qu’on peut se poser concernant la connivence entre hommes politiques et hommes de médias. Pierre Carles suggère, mais n’impose rien. Une ligne qu’il gardera dans tous ses futurs films, et qui fait qu’on ne peut pas le voir comme un démagogue (n’en déplaise à certains...). Il nous montre des contradictions, des hypocrisies, voire des trucages, mais nous laisse libre d’en penser ce que l’on veut, ce qui est rare dans ce genre de documentaire.

En bref, "Pas vu pas pris" est un excellent film documentaire, qui démontre ne serait-ce que par sa distribution, ce qu’il cherche à montrer. En effet, on ne trouve ce film que par correspondance. La Fnac en fait la mention dans son site, mais la cassette n’est pas disponible à la vente. La censure n’est donc plus publique, mais bien privée, et pourrait s’intituler ici : "Quand Pinault défend Bouygues".

Depuis ce film, la télé est pour Pierre Carles une "Zone interdite". Electron libre, il le reste jusqu’à maintenant avec quatre films à son actif, quatre bombes qui ne seront "jamais vues à la télé".

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