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Paris is burning

mercredi 23 mars 2011, par Sébastien Bourdon

Un matin de printemps 2011, l’Elysée-Montmartre a pris feu. J’ai appris ça aux nouvelles, comme on disait autrefois. Mais nombreux furent ceux qui m’en parlèrent, en effet, ceux qui me connaissent savent combien cette salle m’est précieuse.

Ma dernière visite en ces lieux date de peu, c’était pour Danko Jones, le 6 novembre 2010, et ma joie était grande de fouler à nouveau ce plancher, un peu déserté depuis quelque temps pour cause d’une programmation trop distante de mes goûts pourtant éclectiques (si, si).

Quittant ma banlieue pour Paris afin d’y suivre et poursuivre des études, c’est dans cet espace que j’ai évacué mes humeurs les plus sombres, car comme chacun sait, vingt ans, c’est pas si terrible. Sans fouiller dans mes archives, à l’annonce de triste incendie, il m’est tout de suite revenu ces premières soirées là-bas, en compagnie de mes camarades de faculté (Black Sabbath avec Dio, Blue Osyter Cult).

Qui était chargé de la programmation dans les années 90, je ne le sais pas, mais il nous a sauvés la vie. Tous ceux que nous aimions passaient à l’Elysée-Montmartre et tous nous y allions. Combien de fois avons-nous vus Faith No More là-bas ? On allait souvent ensuite dîner tous ensemble, en ramenant les petites cousines que l’on avait chaperonnées pour la soirée. Idem pour les soirées du doublé Suicidal Tendencies et Infectious Grooves, où l’on sautait du sol au plafond pour finir en sueur dans la rue, à la recherche d’un tee-shirt sec et d’une bière fraîche.

Les heures passent et les souvenirs affluent, de manière décousue. Alors vite fait, car il y a le feu, quelques évènements encore.

Cette salle était belle, on y respirait comme un air du vieux Paris, entre la structure de métal réalisée par Eiffel et les moulures entièrement d’époque, qui avaient sûrement tant contemplé. Il semblait qu’on eût pu y encore croiser des danseuses de French Cancan ou des boxeurs usés par des combats de trop. Pourvu qu’après travaux, on ne nous en fasse pas un bar lounge ou une boutique de fringues.

Pour nous, c’était le temple du rock n’ roll, on y a vu tellement d’artistes y mettre le feu que la nouvelle de l’incendie semble étonnamment surprenante (Jane’s Addiction, Fantomas…). N’y avait-il pas des flammes sur la scène pour Monster Magnet (avec Queens of The Stone Age en première partie, oh happy days !!) ?

Un jour, chez Gibert, en discutant avec le disquaire, j’ai obtenu le jour même deux places miraculeuses pour aller à un concert surprise et privé de Metallica à l’Elysée-Montmartre. Cela signifie que j’ai entendu en entier, dans ces murs, « Master of Puppets ». Ceux qui aiment me comprendront (ou ceux qui m’aiment comprendront).

C’est aussi lors d’un concert de Reef que, par une chaude journée d’été, je suis arrivé à monter sur la scène et ai su fugacement ce qu’on voyait de là-haut, en pleine gloire.

J’y avais également emmené mes parents écouter Tricky, ma mère avait trouvé ça bien, mais triste. Il est vrai que le garçon faisait de ses concerts à l’époque des happenings sombres et torturés.

Des anecdotes encore. Soundgarden a appris dans les loges de cette salle la mort de Kurt Cobain (« Just Like Suicide » a conclu leur concert, particulièrement sinistre). Quelques années plus tard, leur leader Chris Cornell y a donné un concert solo. A cette occasion, j’ai croisé dans la salle Zazie (!) et Axel Bauer (!) et me suis dit que la nostalgie n’était plus ce qu’elle était.

J’y ai aussi vu Bran Van 3000, Moby et Mercury Rev, des concerts plus paisibles, plus Inrockuptibles n’est-ce pas, pouvant parfois engendrer un peu d’un ennui mélancolique, mais bon, j’y étais avec une fille, ce qui est précieux, surtout que la même m’accompagnera bien des années plus tard au même endroit pour écouter notamment Down ou Gojira (deux parmi tant de concerts exceptionnels).

Dans cette salle se sont nouées des passions et des amitiés qui perdurent. Je ne suis jamais sorti de l’Elysée-Montmartre et j’ai l’impression de ne vous y avoir jamais quittés ou de vous y avoir toujours connus.

Sébastien

P.S. sous forme de chronique DVD rapide : En cloque, mode d’emploi (2007), le titre français est parfaitement imbécile (titre anglais : Knocked Up), mais le film est un petit chef d’œuvre. Œuvre oxymore, délicate et crue, hilarante et mélancolique, un peu comme la vie, mais en mieux, puisque c’est du cinéma.

Vu également, agrippé au canapé, Suspiria de Dario Argento (1977). D’un naturel craintif, je m’aventure peu dans le film fantastique ou l’horreur. Mais l’italien sanglant contrebalance la brutalité de son cinéma par un esthétisme qui fait que, nonobstant le peu d’intérêt que l’on peut porter au genre, ces films tiennent du petit miracle. L’atmosphère très Art Nouveau de cet opus, avec un travail hallucinant sur les couleurs et la musique, en fait un véritable monument. Mais bon, j’ai eu la trouille.

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