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Pain and Pleasure

« A Dangerous Method » de David Cronenberg

mardi 10 janvier 2012, par Sébastien Bourdon

Entre l’Autriche et la Suisse, peu de temps avant que le XXème siècle ne sombre dans la folie sanglante qui l’a caractérisée, deux hommes réfléchissent aux origines de la violence et de la souffrance dans l’âme humaine. Le plus jeune des deux (Jung), tout à sa quête scientifique, y affrontera son aîné jusqu’à la rupture et fera également face à ses propres tourments pulsionnels.

Cette Europe alémanique d’avant les grandes guerres, ce monde disparu, il me semble que sa poussière flottait encore dans les appartements strasbourgeois de mes grands-parents. Le protestantisme de l’Est sans doute. C’est la religion de Carl Gustav Jung, et ce n’est certainement pas un détail dans le film.

C’est un monde plein d’allant dans lequel nous plonge Cronenberg, les gens y sont toujours beaux et bien habillés, corsetés même. Mais, sous ces beaux atours, les cerveaux fonctionnent et les cœurs battent. Ainsi, la laideur semble toujours épargner les protagonistes de l’histoire, même les tentations sexuelles les plus bestiales ne masquent ni n’empêchent la pureté du sentiment amoureux. Ici, la pulsion n’est pas amoindrie par le costume trois-pièces.

Ce film s’inscrit somme toute assez bien dans l’évolution récente du cinéma de David Cronenberg, on est en effet ici assez loin de « Videodrome » (1982) voire du plus récent « Existenz » (1999). Point d’images chocs, même si les obsessions restent les mêmes, la violence faite au corps, la transformation, les mutations, mais elles se parent ici d’habits plus élégants.

Cette ligne directrice dans l’œuvre de l’auteur s’incarne ici essentiellement dans la prestation extraordinaire de l’actrice Keira Knightley, sa manière d’interpréter la souffrance psychologique et la pulsion incontrôlée de Sabina Spielrein fascine le spectateur jusqu’au malaise. Son personnage est débordé par son propre corps quand les autres protagonistes semblent en apparence parvenir à maintenir à distance les désirs qui les habitent. Cet appétit indéfini et irrépressible jaillit d’elle, elle se contorsionne, modifie le flux de ses propos jusqu’à l’incohérence, tord son visage en des mimiques disgracieuses. La grandeur et la décadence du désir féminin ont rarement autant brûlé l’écran, sans que cela ressemble chez l’actrice à une vaine course pour un prix d’interprétation quelconque. Elle ne surjoue pas, elle incarne, elle vit.

Le trio masculin ne manque également pas d’allant. Viggo Mortensen – acteur fétiche de Cronenberg – campe impeccablement un Freud sûr de lui quand Michael Fassbender (le meilleur acteur du moment ?) incarne avec talent un personnage dont l’apparente rigidité dissimule mal la fragilité et la fébrilité. Quant à Vincent Cassel, lui aussi habitué du cinéma de Cronenberg, il cabotine peut-être un peu dans son personnage de psychanalyste épicurien, mais le rôle l’exige sans doute et c’est somme toute assez réjouissant.

Le film, d’une facture esthétique indiscutable tout du long, tant dans sa forme que dans ses plans, rappelle au spectateur que, si l’élégance est de mise, elle ne prévient pas la trahison et la guerre. C’est beau un monde au bord du gouffre.

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