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Page turner

mercredi 23 septembre 2009, par Sébastien Bourdon

Le temps qui passe, le travail, les enfants et les machines à laver ne laissent pas le répit propice et nécessaire au cinéma et à la rêverie. Alors, le truc qui reste quand la fuite des heures emporte tout, c’est la lecture. Ca nécessite peu de logistique et presque aucune organisation.

Il faut le dire avec une impérieuse nécessité, j’ai été profondément touché par la lecture de : « D’autres vies que la mienne » d’Emmanuel Carrère (oui, oui, un écrivain qui n’est même pas mort).

C’est simple, je n’ai pas dévoré un bouquin contemporain avec autant de passion depuis « La route » de Cormac Mac Carthy (lu en une nuit, à l’époque).

De quoi ça parle, de la vie, pas moins, pas plus. Mais de la mort aussi, et la plus insupportable qui soit, pas la nôtre, mais celle de ceux que l’on chérit le plus. La perte d’un proche, la sensation de vide intégral que cela laisse derrière.

Emmanuel Carrère est beau, il est célèbre, il est dans le show-business. Il traîne une aura de déglingue light, plus Lexomil que pipe de crack, plus bon Bordeaux que Villageoise. Il se met au défi, pour ce bouquin, de parler d’autres que lui, sans au passage oublier de se flageller un peu, avec son incapacité à aimer correctement (on peut traduire ça par en baiser régulièrement une nouvelle) et son souci d’être aimé et célèbre. Mais sa souffrance n’est pas feinte et l’empathie se fait naturellement (certes, je suis blanc, bourgeois de gauche et angoissé, pour l’empathie avec l’auteur, ça aide).

L’idée est d’évoquer avec une émotion contenue et beaucoup de pudeur la vie d’autres, de personnes croisées au hasard et dont l’existence vaut d’être livre. Mais au final, comme tout écrivain, c’est beaucoup de lui qu’il parle. Mais c’est de l’universalité en barres ce bouquin, parce que vous le verrez, en évoquant la mémoire de Juliette, il parle de vous aussi.

L’ultime écueil qu’avait à éviter l’auteur, c’est de sombrer dans le larmoyant, le mélodramatique convenu. L’exercice était d’autant plus difficile que le point de départ du livre est le tsunami, c’est-à-dire le drame bobo par excellence, dans la mesure où le 11 septembre 2001 est antérieur (je n’en nie pas la gravité, mais bon reconnaissons que c’est quand même dans le top 10 des évènements considérés comme grave rue Montorgueil).

Et Carrère y arrive. Je n’ai pleuré que des larmes sèches devant l’âpreté de la vie si bien décrite en ses pages. Mes vrais pleurs ont finalement été réservés au surgissement miraculeux de l’amour, et à sa capacité à triompher du néant.

Sébastien

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