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Of Wolf and Man

jeudi 30 septembre 2010, par Sébastien Bourdon

« Des hommes et des dieux » de Xavier Beauvois

Alors qu’il y a peu, d’aucunes au bureau faisaient le Ramadan, je leur ai demandé comment l’on pouvait imposer autant de souffrances à son corps alors que Dieu n’existe même pas. Cette question de la croyance en un être suprême et bienfaiteur, je me la pose depuis que j’ai vu, enfant, les images de l’assassinat de Sadate à la télévision. Je ne savais pas à l’époque qui était ce monsieur, mais la brutalité de la chose m’a convaincu de l’impossibilité d’une présence divine. Je suis donc éventuellement agnostique (le Grand Horloger cher à Voltaire ?), mais pas plus, comme affirme l’être justement Xavier Beauvois, le réalisateur du film dont il est ici question.

Dès le début du film, on se sent comme dans la chanson de Nino Ferrer, « On dirait le Sud », c’est joli, c’est l’été, mais « un jour ou l’autre, il faudra qu’il y ait la guerre ». Les murs du monastère ne suffiront pas à arrêter la violence, seule la foi restera intacte.

La mise en place des protagonistes et des lieux est impressionnante de justesse (Michaël Lonsdale est exceptionnel). Cette sensation de paisible intégration de la communauté religieuse catholique à un monde musulman rural est fort bien rendue, sans excès, en délicates touches de vie quotidienne. Elle donne l’illusion que l’on sait fragile d’un monde meilleur possible.

Le film rencontre actuellement un beau succès public, on nous le rappelait encore ce matin sur France Inter en parlant de 1,3 millions de spectateurs et ce pour une œuvre somme toute assez aride. Pour en parler, il est ainsi devenu difficile de ne pas naviguer entre lieux communs et réalités tangibles : dans un monde accéléré par le consumérisme effréné, la description minutieuse de ces vies monacales fait un étrange écho. Ainsi, lorsque dans une austérité recueillie, les moines fêtent Noël, on ne peut que ressentir le décalage immense avec ce que cette fête est devenue sous nos latitudes occidentales. De la consommation jusqu’à en crever étouffé sous le plastique.

Du coup, se retirer du monde pour lire, réfléchir et se nourrir de ce que l’on produit du travail de la terre, cela fait un peu rêver. Tenter de contempler paisiblement le miracle de l’existence n’est pas forcément une mauvaise idée en ces temps obscurs.

Si l’on peut être touché par cet aspect du film, l’on peut aussi trouver quelque peu lassantes les bondieuseries systématiques et répétitives. Voir des hommes en blanc chanter toutes les trois minutes la gloire de Dieu au terme d’une liturgie assez pauvre finit par générer un certain ennui, voire de l’agacement. Dans ce contexte, le surgissement soudain d’une autre musique (Tchaïkovski) offre au film sa plus belle scène et lui redonne un sens parfois perdu en chemin.

Beauvois filme ses personnages avec acharnement, comme si lui-même cherchait en eux une explication, qu’il ne trouve d’ailleurs pas, ce qui est somme toute normal, le Très-haut est discret sur ses intentions comme sur son existence, n’est-ce pas.

Sébastien

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