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Nos héros n’ont pas tous disparu

jeudi 16 septembre 2004, par Sébastien Bourdon

Seattle, fin des années 80, un mouvement musical appelé grunge (parce qu’il fallait bien lui trouver un nom) s’apprête à émerger et à manger la scène musicale mondiale. Aujourd’hui, le paysage s’est quelque peu clairsemé entre les groupes disparus (sans parfois avoir jamais percé comme Mudhoney, Tad ou encore ... les Screaming Trees) et les morts (Kurt Cobain, Layne Staley). A ce sujet, à quelques semaines du succès, la disparition de Andrew Wood (overdose en pleine rue), chanteur des Mother Love Bone (futurs Pearl Jam) était prémonitoire.

Pourtant, certains survivent dans une obstination qui fait plaisir à voir, même si la gloire d’antan semble être maintenant définitivement passée. Il en est ainsi notamment de Pearl Jam, qui paradoxalement, après s’être fait traiter abondamment de groupe d’opportunistes, survit grâce à une intégrité et une volonté de poursuivre sa route qui forcent le respect.

Mark Lanegan Band le Nouveau Casino 2 septembre 2004

Concernant Mark Lanegan, si l’intégrité est indiscutable, le chemin suivi varie quelque peu. Ce dernier ne peut effectivement se targuer d’avoir jamais connu un succès franc et massif. Les Screaming Trees n’ont pas rencontré le succès d’un Soundgarden. Seule sa participation aux Queens Of The Stone Age l’a réellement sorti d’un oubli menaçant (il faut d’ailleurs se souvenir que Josh Homme a tenu un temps la guitare sur la dernière tournée des Screaming Trees). Ceux qui ont vus les QOTSA à Paris se souviendront de ses prestations sombres et hallucinées sur les morceaux les plus sauvages du groupe. Il apparaissait tel un Johnny Cash stoner dans un ouragan électrique.

Le voilà ce soir en solo avec son « Band » (les participants à ses disques n’étant jamais les mêmes, le concept de « groupe de Mark Lanegan » est intéressant). Petite salle, bon son et, contre toute attente, un concert qui démarre sur les chapeaux de roues avec un « Hit The City » joué beaucoup plus lourd que sur le disque. Le public est emballé.
Le groupe, honnête rockers anonymes joue dur et franc, quintessence du rock n’ roll. La choriste, pas bien épaisse, couverte de tatouages (un joli « F.T.W. » au-dessus du pubis notamment), chante superbement, remplaçant aisément PJ Harvey ou ajoutant des choeurs là où il n’y en avait pas toujours. Sa voix claire fait le pendant de la sublime voix caverneuse de Mark Lanegan. Le Mark Lanegan Band (deux guitares, c’est un minimum, basse, batterie) joue le répertoire beaucoup plus fort que sur disque et c’en est assez réjouissant. Lanegan assume ses racines stoner et grunge, les vieux fans se réjouissent et les jeunes iront jusqu’à slammer un peu, faisant sourire la gothique choriste (c’est joli une jolie gothique qui sourit).

Si le chanteur a persisté à rester abrité de tout éclairage, un concert où la lumière du rock est resté persistante, où l’éternelle poésie de la guitare électrique a chanté à nos oreilles.

Velvet Revolver le Bataclan 7 septembre 2004

Velvet Revolver, pour les ignorants ou oublieux, ce groupe de plus tout jeunes est constitué de Duf Mc Kagan (basse, ex Guns & Roses), Slash (guitare, ex Guns & Roses), Matt Sorum (batterie, ex Guns & Roses), Dave Kushner (guitare, ex Infectious Grooves, entre autres) et Scott Weiland (chant, ex Stone Temple Pilots). Une vraie troupe de morts-vivants surgie de la tombe de mes 20 ans et des poussières.

A l’instar d’un public d’ores et déjà acquis (on ne rappellera jamais assez combien un bon public de prolos est infiniment plus joyeux que le lecteur moyen des Inrocks), j’étais excité comme tout, d’autant que leur album, Contraband, a enchanté notre été. Dès les 1ères notes, délire total, chaleur étouffante et on mouille le maillot comme ça ne nous était pas

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Duff, Slash & Scott

arrivé depuis des années (pas un millimètre de tee-shirt sec, de tee-shirt Guns & Roses vintage, dress code imposé ce soir là).

Puis au bout de 3/4 d’heure à se demander comment ces types, même peu couverts, arrivent à jouer dans une telle étuve, les voilà qui s’en vont. Evidemment, grosse agitation dans une foule qui réclame un prompt retour, absolument pas rassasiée par une si courte prestation.

Scott Weiland remonte sur scène, prend le micro et déclare qu’il faut que l’on comprenne bien que les Guns & Roses sont morts et enterrés et que Velvet Revolver est vivant (rien de tout cela ne nous avait échappé), mais que malgré tout, Izzy Stradlin est un ami et un frère. Et voilà que le guitariste fondateur des Guns débarque sur scène accompagné d’un Slash torse nu avec son inévitable haut-de-forme. Et c’est parti pour des versions d’anthologie - comme on dit dans les gazettes spécialisées - de "I used to love her" et "It’s so easy". J’en aurai pleuré (je crois que j’en ai).

L’on pourrait écrire des pages sur la classe absolue de ces types. Duff Mac Kagan est devenu jeune et musclé (à la grande époque, Philippe Manoeuvre disait de lui que « le look fraîcheur de vivre, c’est définitivement pas son truc ») mais ne continue pas moins à transpirer le rock n’ roll. Quant à Slash, cette décontraction et ce feeling absolu, à chaque note jouée, on pouvait réaliser à quel point il nous avait manqué (un ami, qui verse dans le droit de la concurrence me disait « il faut quand même bien voir que ce type exerce depuis des années un abus de position dominante dans le monde de la guitare rock »).

Ces musiciens n’ont plus rien à prouver et ce n’est pas avec un Bataclan parisien qu’ils vont payer leurs impôts, on parle ici de plaisir et de rien d’autre.

Je ne crois pas m’être vautré dans la mélancolie, je me suis juste régalé.


Setlist Velvet Revolver :
Sucker Train Blues,
Do It For The Kids,
Spectacle,
Headspace,
Crackerman,
Illegal I Song,
Fall To Pieces,
Big Machine,
Set Me Free,
Used To Love Her,
It’s So Easy,
Sex Type Thing,
Slither

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