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Munich

samedi 18 février 2006, par Christopher Montel

Munich est arrivé dans les salles alors que le Hamas vient de gagner les élections législatives des territoires occupés palestiniens et que les extrémistes Iraniens au pouvoir multiplient les déclarations provocatrices à l’égard d’Israël. La situation était idéale pour ajouter à la surenchère, pourtant Spielberg a fait preuve d’une admirable retenue dans son adaptation du livre Vengeance.

Spielberg a voulu prouver aux nombreux sceptiques qu’il pouvait être capable de traiter avec recul d’un sujet aussi délicat. Il s’attaque aux conséquences engendrées par un attentat terroriste à l’issue tragique, la prise en otage aux jeux olympiques de Munich des athlètes israéliens par le groupe palestinien Septembre Noir en 1972.

Le film commence par une reconstitution à ellipses des événements de 1972. Spielberg insiste sur le rôle déterminant de la couverture médiatique - réalisée en direct - dans le massacre des athlètes israéliens ayant survécu la prise d’otage et de plusieurs terroristes palestiniens, alors qu’ils s’apprêtaient à embarquer dans un avion.

C’est grâce aux reportages en direct des journaux télévisés que les kidnappeurs ont appris à la télé que des tireurs d’élite encerclaient leur appartement, exacerbant ainsi une situation déjà terrifiante pour tous. Ce sont aussi les médias qui se sont précipités pour annoncer que les otages étaient sains et saufs, alors qu’ils venaient de se faire massacrer par les kidnappeurs désespérés, donnant ainsi à cette tuerie une tournure tout à fait sordide.

Ephraïm, joué brillamment par Geoffrey Rush, est un personnage à la fois ignoble et bizarrement attachant. Chargé de coordonner les représailles israéliennes, il explique au jeune Avner, juif israélien aux traits suédois et de famille européenne, que les ennemis d’Israël ont gagné avec ce massacre une victoire spectaculaire. Il le presse d’accepter la « proposition » que vient de lui faire Golda Meir, premier ministre d’Israël : assassiner 11 palestiniens en Europe de l’Ouest, où il pourra passer inaperçu avec 4 autres juifs aux origines similaires. Ephraïm les appelle en argot hébreu les yekke.

Spielberg n’a pas pu se passer de héros. Il évite pourtant dans ce film son habituelle obsession à vouloir rendre ses personnages sympathiques. Persuadés d’agir pour le bien, ou du moins pour le bien relatif d’Israël, ces héros sont victimes de leur naïveté zélée et de cette mission suicidaire qui leur est confiée.

Les cibles abattues par le commando "contre-terroriste" sont immédiatement remplacées. De 11 cibles initiales nos héros spielbergiens passent à des règlements de compte personnels et de très nombreux dommages collatéraux, certains aux conséquences désastreuses.

Spielberg traite le corps humain comme la principale victime de l’histoire. Dans la scène initiale de la prise d’otages et du massacre qui s’en suivit, puis dans les scènes de meurtre, les corps sont nus, exposés. Victime de la violence, de la défiguration par balle ou par explosif, le corps devient un objectif stratégique et sa destruction, un investissement politique.

L’extrême violence des scènes de meurtre n’est jamais gratuite. Elle contrebalance les déclarations proférées dans le film par les deux camps palestiniens et israéliens, qui visent à justifier ou excuser le meurtre par son utilité politique. Spielberg démontre clairement qu’un meurtre annule les prétextes érigés pour le justifier, quels qu’ils soient.

Les seuls bémols du film sont les flash-back incessants de la prise d’otages aux jeux olympiques de Munich, incrustés un peu n’importe comment dans les temps creux du scénario, à qui l’on peut également reprocher quelques longueurs.

Trois acteurs français, Michael Lonsdale, Mathieu Amalric et Mathieu Kassovitz donnent au film une french touch remplie d’amertume, en tout cas assez surprenante pour une réalisation spielbergienne...Et pour ceux qui aiment, trouvez l’affiche du film Moi y en a vouloir des sous de Jean Yanne dans le décor du Paris des années 70.

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