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Mister Memory

mardi 19 octobre 2010, par Sébastien Bourdon

L’autre soir, j’ai emmené un fils et deux neveux au cinéma voir un vieil Hitchcock, période anglaise, « Les 39 marches » (1935). Je les regardais marcher devant moi, côte à côte, devisant. Je me suis alors souvenu des séances à l’Action Christine où j’emmenais un petit frère et un petit cousin voir des films de Leo Mc Carey. J’ai réalisé que cela faisait un moment que j’étais un « adulte », sans forcément m’en être toujours rendu compte.

J’étais un peu inquiet de ce que ces jeunes garçons (de 7 à 9 ans) puissent trouver le temps un peu long à la vision de cet opus quand même quelque peu daté. En effet, même si les retournements de situation sont fréquents, le film a vieilli dans sa narration, en tout cas beaucoup plus que ceux réalisés ensuite, dans la période américaine du maître du suspense. De plus, Hitchcock s’étant refusé dans ce film à toute vraisemblance, cela pouvait décontenancer les plus jeunes spectateurs, toujours soucieux de comprendre ce qui se passe.

L’influence énorme de Fritz Lang et du cinéma expressionniste allemand se fait en tout cas beaucoup sentir, ce qui avait pu m’échapper lors de la première vision. Cela donne des plans superbes, en intérieur (l’appartement du héros), comme en extérieur – parfois reconstitué – en Ecosse.

La présence d’un érotisme latent est toujours réjouissante et a été d’ailleurs parfaitement comprise par la marmaille qui m’accompagnait. Lorsque l’héroïne (Madeleine Carroll, blonde piquante, forcément), liée au héros par des menottes, ôte ses bas mouillés, son complice se trouve alors contraint d’effleurer ses jambes avec sa main attachée, c’est drôle et émoustillant.

Les enfants n’ont finalement pas semblé souffrir durant la projection et même ont été vivement intéressés tant par l’histoire que par cet univers passé, en noir et blanc, à la fois lointain et proche d’eux (l’un des trois en sortant constatait que son manteau ressemblait beaucoup à celui du héros).

Finalement, c’est comme quand on les emmène aux concerts, ils ne retiendront pas tout, ils oublieront beaucoup, mais il en restera toujours quelque chose de précieux.

Le plus petit des trois m’a demandé en sortant combien de temps avait duré le film. Je lui ai répondu « une heure et vingt-une minutes ». Soudain très fier, il me rétorque en souriant « j’ai donc lu pendant une heure et vingt et une minutes ! » (on parle des sous-titres bien entendu).

Sébastien

P.S. : depuis plusieurs semaines, je suis plongé en alternance dans la bande dessinée américaine « Walking Dead ». C’est très brutal et un peu stupide, il faut bien le dire, mais il est terriblement difficile de s’en détacher, je commande donc les tomes (épais) l’un après l’autre, en anglais sur Amazon. Le soir, j’en oublie de dormir. C’est haletant comme une bonne série télé américaine pour geeks, type « LOST » (d’ailleurs l’adaptation télévisée de « Walking Dead » sera diffusée aux Etats-Unis à la fin du mois). Il m’arrive même de feuilleter les pages par avance, avec précaution, comme soulevant la nuisette d’une belle endormie, ne supportant plus de ne pas savoir comment va se dénouer la situation épouvantable et dramatique dans laquelle sont plongés les survivants.

Bon, ceci posé, le discours de fond est terriblement libéral, voire reaganien, ce qui constitue quand même une trahison de l’esprit gauchiste historique du mort-vivant, symbole de la classe ouvrière pauvre et opprimée qui soudain se réveille, n’est-ce pas Monsieur Romero.

Mais quand même, je viens de me commander le tome 5.

P.S. 2 : un dimanche matin ensoleillé était organisé un petit concert devant ma librairie de quartier, spectacle familial qui donc s’imposait. Les mecs jouaient bien, il était simplement dommage qu’ils se contentent de reprises un peu téléphonées et qu’il n’y ait pas eu de section rythmique pour rendre tout ça encore plus enlevé. Toujours est-il que le guitariste soliste faisait un boulot incroyable.

A deux reprises sont passées, sans s’arrêter sur ce bout de trottoir, des jeunes filles avec des tee-shirts des Stones ou sur lesquels étaient écrits « Rock ». Pas un regard, ni une oreille, pour les musiciens. Il ne faut pas toujours croire ce qui est écrit sur les tee-shirts, sauf quand c’est moi qui les porte.

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