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Midlife Crisis

« L’arrangement » de Elia Kazan (1969)

mardi 9 octobre 2012, par Sébastien Bourdon

Lorsque l’on se plonge dans le pavé autobiographique d’Elia Kazan « Une Vie » (810 pages quand même, livre paru en 1989) en découle inévitablement l’envie de voir ou revoir ses films. Celui dont il est ici objet, est tiré d’un ouvrage que Kazan a écrit, lui-même fortement inspiré de sa vie.

Le début du film est surprenant, proche du cartoon, le comique des situations étant essentiellement visuel. Des gens dont on comprend immédiatement qu’ils sont extrêmement aisés, s’éveillent côte à côte mais pas dans la même couche, prennent leur douche, ces dernières étant positionnées à l’instar de leurs lits, ensemble mais séparément. Tout semble légèrement accéléré, sans que ne cesse jamais de résonner dans toute la somptueuse demeure des radios et télévisions diffusant jusqu’à l’écœurement des slogans publicitaires, rythmant la valse du personnel qui sert nos deux protagonistes. L’homme part travailler en voiture et, le film se lance vers un évènement inattendu (que je ne révélerai pas, sans quoi je vais me faire disputer).

L’œuvre ne cesse ensuite de frapper l’âme mais aussi de déconcerter et de brusquer le spectateur. Kazan a sélectionné d’immenses comédiens (Kirk Douglas, Deborah Kerr et Faye Dunaway), a tiré le meilleur de leur jeu, puis, vraisemblablement dans la salle de montage, a fractionné son film, y ajoutant ellipses, flashbacks et accélérations. Pour décrire le chaos psychologique qui envahit un homme arrivé à la moitié de son existence, l’inventive méthode est brillante et d’une efficacité redoutable.

Quel est donc cet « arrangement » qui donne son titre au film ? Il est somme toute assez classique, une femme et une maîtresse, un temps pour tout, un moment pour chacune, comme la nuit se distingue du jour. Pourtant, ce bel équilibre dont on comprend qu’il a toujours existé chez le personnage principal, publicitaire talentueux, seules les maîtresses ayant varié, vire progressivement à une fatale valse hésitation, pour l’emmener jusqu’aux frontières de la folie (les femmes concernées n’etant elles-mêmes guère épargnées par ce délire psychique communicatif).

Mais la maîtresse – Faye Dunaway, troublante - n’est pas forcément la cause principale de ce dérèglement, même si elle en est à tout le moins le révélateur. L’âge venant, l’homme, jusqu’alors emporté dans un vertigineux tourbillon consumériste, alors qu’il découvre l’amour au moment de le perdre, voit remonter en lui son enfance, la présence étouffante de son père et de ses origines. Cette sensation lui fait cruellement vaciller l’âme et les sens.

Kirk Douglas semble porter avec ses propres failles ce rôle d’un homme qui a tout réussi mais qui, écrasé par la vacuité de son existence et le poids de ses modestes origines grecques (Douglas étant lui-même fils d’immigrés juifs biélorusses), finit par perdre pied.

De la même manière, Elia Kazan, pour tirer la matière du roman et du film, s’était inspiré de ce qu’il était, un immigré né à Istanbul, fils d’un marchand de tapis grec originaire d’Anatolie. De cette histoire familiale, de la souffrance du déracinement, de l’âpre lutte pour réussir à se faire une place voulue immense (surtout économiquement) dans un pays qui n’est pas le sien, Kazan a fait œuvres de fiction.

Consommateur effréné de femmes - comme pour se venger sur ces créatures de ses origines modestes - et de culture, obsédé par lui-même, il ne se dépeint pas, notamment dans son autobiographie précitée, sous les traits les plus flatteurs. Il en est de même dans « L’arrangement », même s’il se donne les traits plutôt avantageux de Kirk Douglas et prend de toute façon toutes les libertés possibles de l’auteur, ne faisant que s’inspirer de sa propre histoire.

Né de sa relation avec l’énigmatique et entière Barbara Loden, le film illustre ce qu’a vécu Kazan : une vie de cinéma, une vie comme au cinéma.

Sébastien

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