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Messe Populaire

Slayer, Mastodon, Ghost – le Zénith de Paris, le 4 juillet 2014

lundi 7 juillet 2014, par Sébastien Bourdon

Je me souviens parfaitement du match France Allemagne à Séville en 1982. Bien au chaud dans le canapé avec les parents et comme estomaqué par la soudaine brutalité des évènements. Les années ont passé, je n’ai rien oublié, mais je préfère quand même une certaine forme de violence musicale à l’affrontement stérile autour d’un ballon rond. Du coup, j’ai raté le match que l’on qualifiait de « retour » dans toutes les gazettes, trente-deux ans plus tard à Rio. De toutes façons, je n’avais pas pris d’assurance annulation pour le concert (j’en connais qui l’avaient fait)…

Alors que je quitte mon office pour me rendre au spectacle, je réalise que la ville entière bruisse du football, les télévisions et radios sont allumées, on voit des maillots partout, on ne parlera bientôt plus que de cela. Du coup, se rendre à ce concert quand tout le pays est tendu vers un autre événement relevait du déplacement dans un monde parallèle.

Cette rencontre sportive à échelon mondial ne fut bien sûr pas sans conséquence sur le concert du jour, et c’est dans un Zénith quelque peu vide que nous entrons. Le premier groupe à monter sur scène, dès dix-huit heures pétantes, Ghost, ne fait preuve d’aucun abattement, semblant même comme revigoré par cette foule clairsemée, et dans l’obligation de jouer fort et dur pour la joie du public présent. N’oublions pas que les quelques pelés ayant fait le déplacement n’ont pas hésité à préférer la musique de Satan aux chants patriotiques de stade, ils méritent donc un traitement de faveur.

Nos satanistes de pacotille sont toujours aussi amusants et leurs tournées incessantes ont clairement contribué à fluidifier leur jeu et à solidifier l’interprétation de leur répertoire. Les chansons sont de haute tenue (« Elizabeth », « Monstrance Clock »…) et cette fine équipe masquée sait parfaitement jouer des atmosphères provoquées par leur titres. Je ne sais si c’est là le renouveau du métal, mais en tout cas, on devrait s’amuser encore pas mal d’années en leur délicieuse compagnie. Trois quart d’heure de concert parfait, que demande le peuple : un concert plus long la fois prochaine.

A ce stade de la compétition, il semble que l’équipe tricolore soit moins convaincante au Brésil, ou du moins peine à faire la différence avec la Mannschaft.

Mastodon prend la suite et s’installe comme en terres conquises, jouant très vite et surtout très fort. L’atmosphère de la soirée est maintenant établie : Ghost a allumé l’incendie, Mastodon l’alimente et avec Slayer, nous danserons sur les cendres. Nonobstant cela, j’en note quand même qui suivent le match sur leur téléphone. Ils feraient mieux de regarder le spectacle, nous savons maintenant tous qu’ils seront déçus.

Mastodon aborde un Zénith qui se remplit quand même un peu avec des titres piochés ça et là dans leur discographie, sans nécessairement choisir leurs morceaux les plus aisés ou abordables. Ce choix qui pourrait être judicieux se révèle pourtant discutable du fait de la qualité du son, assez médiocre... Une vague sensation d’étouffement pourrait menacer les spectateurs, même les plus endurcis, ce dont ne se rendent sans doute pas compte les musiciens, trop occupés à tirer de leurs instruments de quoi construire un mur, épais et solide.

Le groupe, dans le contexte sonore décrit, et nonobstant un set relativement court, se risque également à l’interprétation de titres de son nouvel album tout juste sorti, mais extrêmement prometteur, le nommé « Once More Round the Sun ». La galette est fort bien chroniquée un peu partout, et semble t’il à juste titre. Du coup, je l’ai achetée le lendemain et ne saurais que vous recommander de faire de même.

Slayer vient achever la soirée. On aurait envie d’être totalement enthousiaste car, comme me le dira un photographe de ma connaissance retrouvé sur place, « des tubes, ils n’ont que des tubes ! ». Mais le son n’est toujours pas formidable, encore plus fort et toujours imprécis. Et puis, Jeff Hanneman (guitare) est mort et Dave Lombardo (batterie) a claqué la porte (geste qui, le connaissant, a du être assené avec une certaine vigueur). Son remplaçant habituel, Paul Bostaph, est loin de posséder la frappe subtile et dynamique du précédent. Alors bien sûr, Slayer est toujours grand, une « véritable machine de guerre », mais sans son batteur d’origine, Slayer perd de sa magie (noire), de ce qui les a toujours distingués du tout-venant de la scène thrash metal.

De ce Zénith quelque peu dégarni, mes enfants ont fait ce soir leur terrain de jeux, courant en tous sens, leur habituelle énergie comme décuplée par la brutale vigueur de la tête d’affiche. Le cadet, juché sur mes épaules aura même droit à un amical salut du guitariste Gary Holt, ce qui le fera rosir de plaisir.

Mais les kids fatiguent après presque quatre heures de concert et nous jugeons donc nécessaire de rejoindre nos pénates, non sans avoir goûté à l’implacable doublé « Dead Skin Mask » et « Raining Blood ». Nous quittons alors les lieux, sourds mais heureux. Et puis, le groupe joue si fort qu’en allant chercher notre véhicule de l’autre côté du parc de la Villette, nous profitons encore des titres suivants dans la nuit qui tombe devant la Cité des Sciences.

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