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Mambo

Orchestre de Paris, direction Ingo Metzmacher, Salle Pleyel le 7 mars 2014 (Gershwin, Ives, Antheil, Bernstein)

mercredi 12 mars 2014, par Sébastien Bourdon

Il semble que cette année nous n’ayons pas eu d’hiver, comme en 1880. Drôle de mois de mars, où les parisiennes sont déjà écloses.

Après avoir dîné à l’étage de la salle Pleyel (au « Café Pleyel » donc), je suis descendu m’installer dans la salle, déjà heureux d’une coupe de champagne bue et du spectacle des jeunes femmes apprêtées s’asseyant dans les travées.

Le concert a commencé par une pièce de Gershwin, dont j’ignorais jusqu’à l’existence : « Ouverture Cubaine ». Comme je vous le disais plus haut, l’ambiance est étonnamment déjà presque estivale, cette introduction faisait donc particulièrement sens. La pièce brille d’une musique pleine de fraîcheur et de drôlerie communicatives, inventive et comme éternelle. Les idées jaillissent en tous sens et l’exotisme fondamental de la partition fait que là tout de suite, c’est « L’homme de Rio » dans nos têtes, sans même le film sur un écran.

Après cette introduction extrêmement festive, voici venir Charles Ives. D’un coup, l’hiver s’abat sur nous, la brume monte sur le lac, une étrangeté glaçante glisse de l’orchestre aux spectateurs. Tant de monde sur scène pour arriver à obtenir une précision aussi subtile jusque dans la dissonance impressionne. Le dérèglement de l’harmonie finit d’ailleurs par prendre le pas sur le reste, si les instruments se mêlent toujours, ils ne semblent presque plus s’accompagner. A certains moments, on jurerait même entendre jouer simultanément deux disques différents. C’est un métier chef d’orchestre face à une telle partition.

Sous ce déluge de notes, je note à un moment une jeune violoniste qui semble ne plus arriver à mettre fin à un fou rire, spectacle aussi vivant et charmant que cette jeune fille croisée le même jour, ravissante et souriante, que je voyais courir dans ma direction sur le trottoir, précédée d’un petit garçon hilare. Mais je me disperse.

Le concert reprend, après l’entracte, avec une pièce de Georges Antheil, une « Jazz Symphony » qui porte fort bien son nom, nous ramenant un peu de cette légèreté sautillante perdue en chemin. Tout cela swingue en effet terriblement et les quelques élans plus langoureux du morceau sont aussi enchanteurs. Cette musique fleure bon les lendemains qui chantent et le miracle économique dans un monde neuf (l’Amérique des années 20 en somme).

Cette introduction ne trahit pas cette fois la suite des évènements et cette première pièce jouée après la pause se révèle les prémices idéales aux « Danses Symphoniques » de West Side Story. Toute cette gaieté musicale nous rend la foule tout de suite plus enthousiaste, à l’instar de l’orchestre où la virtuosité souriante domine. Il y a toujours autant de monde sur la scène et le chef d’orchestre est secondé par un merveilleux batteur, donnant encore plus d’allant à l’ensemble.

Sublimée par cette interprétation si vivante, cette musique ne semble jamais engoncée dans sa très écrite partition et donne l’heureuse impression de choisir sa direction en permanence, comme respirant à tous les vents.

Vivats de la foule en conclusion, mais hélas point de rappel. En sortant, on chantonne et sifflote, dans un monde plus chaud, mais plus gai également.

Sébastien

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