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« Les Camarades » de Mario Monicelli

mardi 6 novembre 2018, par Sébastien Bourdon

La Classe Ouvrière Ira Au Paradis

Nous sommes à Turin, à la fin du 19ème siècle et le film s’ouvre au plus près du quotidien matinal d’une famille d’ouvriers textiles. L’image est précise comme la prose de Zola, on ressent le froid et la fatigue avant même que n’ait commencée une journée de quatorze heures de labeur.

C’est l’hiver glacé et humide, et s’il fait un peu plus chaud dans l’usine, les cadences y sont harassantes et le bruit insupportable. Les pauvres côtoient les plus pauvres (les siciliens notamment) et au-dessus, dans des bureaux fermés et des restaurants cossus, la bourgeoisie possédante poursuit une existence comme extraite de toutes ces vicissitudes.

Mario Monicelli se refuse toutefois à tout misérabilisme, et avec une sécheresse que tempèrent l’humour et le burlesque, décrit une prise de conscience ouvrière menant à la nécessaire révolte.

Tout part d’une main définitivement perdue dans une machine, accident poussant les camarades - sans même que ce terme soit politique - à faire plus que simplement se serrer les coudes, comme ils en ont l’habitude.

En effet, pour éviter de tels drames, ne serait-ce pas à ceux qui les emploient que de ralentir les cadences ou financer des assurances en cas d’accidents de travail ?

Timidement, maladroitement, ils désignent alors certains des leurs (Bernard Blier, Folco Lulli...) pour ouvrir des négociations dont il ne fait guère de doutes qu’elles n’aboutiront pas. En tout cas, pas tout de suite et nul ne sait quand.

La grève évidemment piétine et le film glisse progressivement dans une certaine gravité notamment quand, pour enrayer le mouvement, la direction de l’usine fait appel à des chômeurs avec lesquels s’engage alors une lutte fratricide.

Nos ouvriers usés et désabusés semblent souvent prêts à renoncer, surtout quand dans les foyers vient à manquer jusqu’au frugal qui faisait le quotidien. Ils trouvent alors chez un idéologue tombé du train, le professeur Sinigaglia (Marcello Mastroiani), les mots pour nommer la souffrance et poursuivre le combat.

Le film, terriblement fataliste, garde pourtant une vivacité continue et ne refuse pas de rire de tout, ou presque.

Cette lutte perdue d’avance, mais qui vaut la peine d’être menée, s’incarne dans les propos tenus par une amoureuse courant après le train qui emmène son fiancé contraint de fuir la police :

« Écris-moi souvent ! »
« Mais tu ne sais pas lire ! »
« Ce n’est pas grave, écris moi quand même ! »

Ce n’est qu’un début, continuons le combat.

Sébastien Bourdon

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