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Les Ages Farouches

"The Salvation" de Kristian Levring

mardi 9 septembre 2014, par Sébastien Bourdon

Dans le numéro de juin de la revue So Film, le musicien Bill Callahan (SMOG) décrit la violence au cinéma comme un moyen de se faire, à peu de frais et de manière indolore, une idée de ce que serait la violence réelle et subie. Si l’envie de nous faire massacrer nous vient rarement à l’esprit, grande est notre curiosité de « voir à quoi ça ressemble quand quelqu’un éclate une bouteille sur la tête de quelqu’un d’autre ». Le cinéma peut effectivement relever de cette expérience au prix d’un simple ticket vous donnant accès à la salle.

Les premières minutes de ce western danois comptent nombre de moments épouvantables, entre viol et assassinats au cœur de l’Ouest sauvage, un lieu et un moment où on ne devait pas rigoler tous les jours. Toutefois, il n’est pas certain que le Callahan cité plus haut y trouve ce qu’il dit chercher en visionnant des films, car ces horreurs sont filmées à distance et suffisamment esthétisées pour que l’œuvre puisse toucher un large public (on n’est clairement pas chez Michael Haneke par exemple). La seule originalité réside sans doute ici dans le fait que beaucoup des protagonistes sont danois (un peu comme Lars Ulrich, Volbeat et Sarah Lund, pour citer des danois connus).

On ne va pas se mentir, ce film relève indéniablement de la qualification : « honnête série B ». Ce n’est quand même pas une « série Z », car notre cinéaste danois, s’il a peu de moyens, a suffisamment d’idées et de visions pour que le film soit intrinsèquement beau et qu’il se tienne, sans fanfaronner, jusqu’à son issue, grâce à une intrigue classique mais solide. Si on résume, un homme perd tout et décide de se venger.

Surtout, on a affaire à de bons interprètes, même s’ils n’arrêtent pas de mourir les uns après les autres tout au long de la courte heure et demie que dure le film. Mads Mikkelsen tout d’abord, rejouant ici, mais au Far West, un personnage qui pourrait renvoyer au vindicatif propriétaire de chevaux dans « Michael Koohlhas » (Arnaud des Pallières - 2013). A croire que cet acteur au physique magnétique soit surtout fait pour interpréter la colère froide. Simplement cette fois, point de brumes moyenâgeuses, mais la rudesse des paysages texans : au-dessus le sable et la poussière, en-dessous le pétrole (les indiens sont déjà morts).

On croise également Eric Cantona, qui joue passablement mal, mais encore une fois, c’est un western de petite facture, du coup, se révéler assez peu crédible relève de l’adhésion parfaite au genre. Pour les garçons émotifs, la présence d’une Eva Green mutique (normal, on lui a coupé la langue) est attrayante. Le moment le plus émouvant du film est sûrement une vue plongeante sur son décolleté corseté comme à l’époque et mû par la vague de sa respiration.

Pour ce qui est des lieux filmés, on n’est pas chez John Ford, loin s’en faut. Adieu le décor de carton pâte, faites entrer la palette numérique. De cette évolution technique, chic et pas chère, le réalisateur tire toutefois un résultat assez convaincant, avec une utilisation originale de la lumière (parfois presque métallique).

Toutefois, et vous l’aurez compris si vous avez lu ces lignes, ce n’est pas franchement un chef d’œuvre, juste un petit moment de détente avec des Winchesters et des Colts, au prix préférentiel de ma carte d’adhésion à mon cinéma de quartier (avec les enfants).

Sébastien

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