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Le voyage en Italie, acte 5 - Padoue, Bari, Polignano

dimanche 1er septembre 2019, par Sébastien Bourdon

18 août

Padoue est une ville aussi belle qu’agréable et l’acquisition d’un essentiel vélo permet de découvrir à quel point la campagne qui l’entoure est magnifique. Longer la rivière Bacchiglione sur nos destriers à pignons se révélera un véritable enchantement (même s’il eût été prudent de mettre un peu de crème solaire).

Nous aurons toutefois quelques difficultés à nous sustenter, les villages déserts en ce dimanche n’offrant que des rades tenus, oh surprise en Vénétie, par des chinois peu avenants proposant d’infâmes piadines. Quelques kilomètres supplémentaires nous permettront de trouver refuge dans une auberge « agroturismo » où nous sera servie une nourriture peu onéreuse et roborative. Le vin rouge, que l’on peut qualifier de piquette, achèvera de nous donner des couleurs.

19 août

Le train longe la mer depuis si longtemps que c’est tout juste si on la remarque encore, pris dans ses lectures, rêveries et agacements (enfants qui crient, sonnerie de téléphone, vidéos regardées à plein volume).

Elle se cache parfois derrière ces rangées de petits immeubles construits entre le grand bleu et la voie ferrée - deux possibilités d’évasion, la deuxième amenant physiquement à l’autre (on ne voyage en train sur l’eau que dans les films de Myazaki).

L’apercevoir à nouveau derrière la vitre relève de la même sorte de magie qu’un simple mouvement de la personne aimée vous rappelle le miracle de son existence.

Les italiens ont beaucoup construit les pieds dans le sable. Elle dit que c’est ce qu’ils aiment ici, au risque de défigurer le paysage depuis des décennies. Quant aux kilomètres de plages organisées, seule la vue à distance des parasols alignés peut présenter à l’œil un charme géométrique. Sur place, c’est un supplice à base de vociférations d’enfants, de variété abominable assénée à plein volume et de bout de mer qu’on imagine ici transformé en pissotière. Il est encore possible de fuir, et pour l’instant on y arrive. Cela le sera d’autant plus que les Pouilles offrent essentiellement des plages publiques (spiaggia libera).

Sept bonnes heures de train nous ont amenés au bord de l’Adriatique, à Bari, chef lieu des Pouilles. Cette importante agglomération - neuvième ville du pays - servira de camp de base à des promenades aux alentours.

La ville a pour elle quelques sites historiques impressionnants et le Bari Vecchia : entrelacs de ruelles pour l’instant encore habitées et point trop envahies par les boutiques de souvenirs, on s’y perd avec plaisir. On y voit de vieilles dames préparer des orecchiettes, dans des rues si propres qu’on pourrait les consommer par terre.

La visite du château normand-souabe édifié au XIIème siècle par Frédéric II - aussi impressionnant par son architecture que par la pauvreté de son contenu - laisse à penser que la cité ne s’est découverte un potentiel touristique que récemment. Il y aurait encore un travail de présentation didactique à faire tant cette ville à l’histoire longue et tumultueuse ne se discerne pas forcément très bien.

20 août

A une petite quarantaine de kilomètres de Bari se trouve la cité de Polignano perchée en haut des falaises. Cette situation particulière donne l’occasion aux vacanciers de rivaliser d’audace en se jetant dans la mer de certaines hauteurs assez vertigineuses.

Ici, pas de plage ou quasiment, si ce n’est une ridicule langue de sable au bout d’un couloir entre deux rocs. Mais la possibilité de se baigner dans une mer d’un bleu profond subsiste en divers endroits, pour peu que l’on n’ait pas le pied trop délicat, seule la roche donnant accès à l’eau.

La promenade en bateau offre une belle perspective des falaises et grottes sur lesquelles repose la ville. Cette excursion permet de se faire une idée plus précise des lieux et de se baigner enfin en sautant directement à l’eau (sans forcément conserver ses clés de voiture, c’est idiot).

21 août

Nettement moins touristique et donc moins envahie que la cité de la veille, Giovinazzo a un cachet indiscutable. Rejoindre l’eau n’est pas moins compliqué, mais une fois de plus la baignade est merveilleuse.

Les personnes comme nous posées sur les cailloux semblent locales et goûtent probablement aux plaisirs du farniente en bas de chez eux.

Je n’y comprends goutte, mais je goûte la conversation sonore faite de dialecte et d’italien de ces quatre opulentes matrones, plongées dans l’eau.

Cet endroit est incroyablement joli et la sensation d’avoir si facilement échappé à la foule est particulièrement plaisante. On a l’impression d’être réellement en Italie, dont elle dit que c’est le plus beau pays du monde (et ce n’est pas impossible).

Le soir, de retour à Bari, nous parvenons enfin à dîner dans ce qui semble être une institution locale, « La Tana del Polpo », où l’on ne sert que des choses à base de produits de la mer (qui n’est pas loin, il est vrai).

Une longue attente pour finalement manger quelque chose qu’elle décrira en ces termes définitifs « ce n’est rien d’extraordinaire ». Et il est vrai que l’abondante sauce tomate noie de pauvres bêtes qui pourtant, il y a encore peu, nageaient.

22 août

En prenant le petit-déjeuner, on a une pensée pour l’italo-américain Sinatra dont la musique semble aujourd’hui condamnée à surtout animer les salles de restaurants d’hôtels aussi coquets qu’impersonnels.

Monopoli recèle elle aussi une charmante cité fortifiée au bord de l’eau (édifiée au 16eme siècle). Elle est fort bien cachée par des constructions modernes moches qui ont pullulé tout autour. Plus original, on trouve même une plage de sable fin, petite et évidemment... monopolisée (haha).

Je contemple en souriant ces gens agglutinés qui semblent éprouver une joie sans pareille à être ensemble. Elle me fait remarquer avoir vu très peu de gens avec des écouteurs ou même au téléphone. On a beaucoup trop à dire ici à ceux qui physiquement nous entourent pour pouvoir se disperser dans la téléphonie ou le virtuel. C’est assez rassérénant de voir ça en 2019.

Elle me traduit une conversation, entendue d’une femme allongée dans l’eau, racontant à ses copines sa soirée avec celui dont elle est la maîtresse. L’homme lui aurait dit « si j’avais eu besoin de parler, je serais resté avec ma femme ».

L’Italie n’échappe toutefois à des phénomènes d’acculturation contemporains prégnants. La musique tout d’abord, il est navrant qu’au pays de Lucio Battisti et Fabrizio de Andre on nous inflige absolument partout des abominations comme le « trap » et le « reggaeton » qui causent quand même de grandes souffrances et semblent particulièrement mal venus dans les restaurants de bord de mer de Polignano ou les boutiques de vêtements élégants de Padoue.

Plus fascinant, le tatouage qui ici recouvre presque tous les corps. J’ai vu des fleurs, Marlon Brando dans « Le Parrain », Johnny Dep dans « Pirates des Caraïbes », un terrain de foot, des paons et autres oiseaux de paradis, des têtes de mort, des écrits chinois ou japonais... et ai relevé un impressionnant coucher de soleil dans les bois avec cerf au premier plan.

Même des vieux plus ou moins beaux se sentent obligés de se recouvrir de dessins maoris ou aztèques, cultures ou civilisations dont ils ignorent probablement tout. Elle dit que les italiens vivent comme s’il n’y avait pas de lendemain et comme si la jeunesse ne devait jamais finir, ce qui expliquerait la vitesse de propagation de cette coquetterie à la mode (en sus d’une certaine tendance italienne à l’adhésion collective).

Ce n’est pas dans une certaine désolation que nous verrons beaucoup de plastique sur les plages, ce qui ne semble pas troubler les baigneurs. Ce laisser-aller surprend particulièrement au regard de l’impeccable propreté des citadelles habitées par des petits vieux sans doute bien plus exigeants quant à la préservation de leur remarquable environnement.

Au sein du château de Charles Quint à Monopoli, on est tombé sur une très jolie expo Federico Fellini et Nino Rota. Chaque fenêtre de ce magnifique bâtiment du 16ème siècle (aux fondations plus anciennes) donne sur la mer à ses pieds. Le lieu, son environnement et la thématique de l’exposition, nous étions particulièrement ravis de l’instant.

Le soir, une dernière baignade au pied de l’abbaye de San Vito, avant de dîner au bord de l’eau, les cheveux mouillés.

24 août

Sur la terrasse du petit-déjeuner, un couple parle à voix mesurée. Elle dit : « pour être si discrets, soit ils sont français... soit ils sont français ».

L’Italie du Sud à cette saison restitue presque intacte l’idée que l’on s’en était faite par le cinéma. La beauté et ces gens qui parlent partout, tout le temps, avec une vivacité que la chaleur ne modère pas. Cela devient une musique qui vous enveloppe et jamais ne lasse. Au cœur de l’hiver, on la sifflotera sur son vélo, ça nous réchauffera.

Sébastien Bourdon

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