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Le souper est prêt

Steve Hackett « Genesis Revisited » - le 14 avril 2013 au Trianon

mardi 16 avril 2013, par Sébastien Bourdon

Vendredi 12 avril 2013 au matin, sur France Inter. « Jean-Paul Belmondo, que faut-il vous souhaiter ? ». Le dénommé, 80 ans, et quelques accidents vasculaires en chemin : « Que faut-il me souhaiter ? La vie, la vie, la vie ».

De tous les membres passés ou présents (?) de Genesis, un seul est encore vivant et c’est de lui dont il va ici être l’objet. Aucun des musiciens ayant fait partie de ce dinosaure anglais n’est certes réellement décédé, mais force est de constater qu’ils ont plus ou moins disparu de la circulation, le groupe n’ayant quant à lui plus aucune actualité depuis la reformation pour une tournée en 2007. Entre vieillissement des corps et panne d’inspiration prolongée, voilà longtemps que je pense qu’il n’y a plus grand-chose à attendre des élèves de Charterhouse.

Tel un défi au temps qui passe et qui lasse (et parfois casse), Steve Hackett produit d’excellents disques et tourne inlassablement pour les promouvoir, sans oublier lors de ses concerts de piocher ça et là dans le répertoire du groupe au sein duquel il officia de 1971 à 1977. Il y aurait sûrement lieu de pondre de longues pages d’une écriture fine et serrée sur la musique produite par ce groupe dans les années 70. J’ai bien conscience de mon incapacité à être objectif à propos de cette dernière, aussi vais-je vous épargner (pour cette fois-ci).

A l’occasion de cette nouvelle tournée, nonobstant son activité discographique intense, Steve Hackett a décidé de rendre hommage à la musique qui l’a fait connaître et de ne jouer que cette dernière, à la suite de la sortie d’un album logiquement appelé « Genesis Revisited 2 » (car il en avait déjà enregistré un en 2002). L’idée est surprenante, le guitariste ayant toujours semblé préserver sa production postérieure d’une place trop importante laissée à un groupe dont le passé aurait pu être envahissant. Si l’album évoqué a été enregistré avec une multitude d’invités (notamment Steven Wilson et Mikael Arkefeldt d’Opeth), c’est un groupe resserré qui officie pour la promenade musicale à venir sur scène.

D’une manière sans doute involontaire, mais de circonstance, la tournée européenne commence donc par Paris où fut enregistrée la dernière participation discographique de Steve Hackett au sein de Genesis, l’album live « Seconds Out ». Une fois dans la salle, à voir la moyenne d’âge des spectateurs, le dernier disque de Genesis avec Steve Hackett date bien de 1977. Par ailleurs, à mon épouse qui s’étonnait de ce qu’il soit si facile d’accéder aux toilettes des filles et qu’il y ait la queue chez les garçons, alors que c’est d’ordinaire le contraire, je lui répondais : « normal chérie, c’est un concert de rock progressif ».

Dès l’introduction, « Watcher of the Skies », nous constatons que le groupe joue fort bien et que le son est impeccable. Le chanteur choisi, Nad Sylvan (en sus du batteur Gary O’ Toole qui assure les chœurs, voire l’intégralité de certaines chansons comme « Blood on the Rooftops ») m’agace un peu, ce n’est d’ailleurs pas celui que je préférais sur le disque, loin de là, mais il poursuit de louables efforts et arrive finalement à faire – un peu – oublier ses glorieux prédécesseurs (Peter Gabriel et Phil Collins donc). Les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas, l’occasion est ainsi donnée une fois encore de voir à quel point le répertoire de Genesis était riche, composé pourtant par des types d’à peine plus de vingt ans, au talent insolent.

Le groupe de Steve Hackett, légèrement remanié pour l’occasion, si compétent soit il, a semblé en rodage, très concentré et comme manquant de la bonhomie souriante qui traverse habituellement les concerts de ce garçon. Le fantasque Nick Beggs, parti suivre les routes de Steven Wilson, manquait à l’appel, et Amanda Lehmann n’est pas de cette tournée (du coup pas de « Shadow of the Hierophant », oh sort cruel). Le magnifique batteur Gary O’ Toole n’a quant à lui pas semblé souffrir des remaniements, mieux encore, il a sublimé, près de trente ans plus tard, le travail du divin Collins, faisant honneur à son instrument et à la musique qu’il servait.

Mais il y a quand même un souci pour le fan que je suis : lors de ce concert, Steve Hackett n’a rien joué, ou à peine quelques notes éparses de sa pourtant remarquable carrière solo, et ce alors qu’il traverse une période de grande créativité. Plus encore, lors de ses derniers concerts, déjà commentés sur ces lignes s’il y en a qui suivent, au milieu de pépites issues des albums du divin guitariste, il était toujours merveilleux de voir surgir un « Watcher of the Skies » ou un « Firth of Fifth ». Ces morceaux extraits de la période bénie de Genesis venaient illuminer plus encore notre soirée, comme un cadeau offert par les musiciens à une foule déjà extatique.

Ainsi, le concept de cette tournée, si prometteur soit il pour le fan, nous prive de l’inattendu, de la surprise. C’est mécanique, on le sait en entrant dans la salle, on ne nous jouera que du Genesis. Ce n’est jamais déplaisant, mais on y perd en magie.

Ceci posé, entendre in extenso « Supper’s Ready » en 2013, joué par des musiciens exceptionnels accompagnant l’un des créateurs de cette pièce majeure de l’histoire de la musique, relève de l’enchantement absolu des oreilles. L’on se délecte sans vergogne à réécouter en vrai ces 23 minutes sublimes, pourtant entendues mille fois (au moins). Nonobstant son exceptionnelle longueur, on ne trouve toujours pas dans ce morceau un accord de trop, ni la moindre longueur. Tout est beau et surtout, tout est pertinent.

Nous avons quitté la salle, souriants dans un Paris enfin réchauffé. Juché sur mon vélo, je sifflote souvent le solo de « Firth of Fifth », il était encore bien à sa place au creux de mon âme en pédalant vers la maison.

Sébastien

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