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Le piratage, ou comment l’industrie du disque doit-elle rebondir ?

vendredi 11 mars 2005, par David Charlot

Depuis que l’industrie musicale existe, le piratage a toujours existé, mais ces industries innovantes ont toujours su rebondir. Par exemple, depuis l’existence de la radio, les artistes sont copiés sans que l’utilisateur final (l’auditeur) ne paie de droits mais ils sont rétribués par un système de rémunération indirecte. La radio a donc contribué de manière importante au piratage de la musique mais n’a-t-elle pas en même temps permis à beaucoup d’artistes d’émerger, et surtout n’a-t-elle pas popularisé la musique en général ? De plus la chaîne de rémunération de l’artiste est très compliquée... ceci ne risque pas de s’améliorer avec l’essor d’Internet, nouveau médium d’une puissance incalculable.

De l’art du piratage
Comment se fait-il qu’aujourd’hui cette même industrie soit en perte de vitesse par rapport aux moyens actuels de "reproduction" de la musique. En effet, après le CD, le MP3 a permis l’explosion de la multiplication des oeuvres piratées (autrement dit non payées). Mais si la reproduction illégale des oeuvres nuit dans l’absolu à l’artiste en dernier ressort, le piratage n’a jamais vraiment fait couler l’industrie comme on le laisse penser aujourd’hui.

Car jusqu’à présent ce piratage, ou écoute illégale d’un morceau, c’est à dire celui pour lequel on ne paie pas de droits, était limité à un cercle restreint de personnes. En effet, lorsqu’un CD était acheté par un copain à l’école, il y en avait 5 autres qui le copiaient. C’est normal, aucun collégien n’a assez d’argent pour s’acheter tous les CD de ses rêves, ce serait trop facile. Pourtant ce piratage ne participe t’il pas d’une amélioration culturelle du collégien ? Ce voleur de musique s’enrichit culturellement, ce qui est à souhaiter non ? On pourrait penser que c’est grâce au partage de musique au collège qu’aujourd’hui j’achète et j’écoute beaucoup de musique. Cyniquement, on dirait que c’est le piratage d’hier qui m’a fait devenir un bon consommateur de musique aujourd’hui. Car j’achète mes CD. La radio me permet aussi de découvrir de nouveaux talents, de quoi remplir ma playlist d’artistes préférés, et pourtant je ne paie pas un sou pour ce que j’écoute. Heureusement, les artistes et les majors sont rémunérés grâce à des accords de "rémunération" des artistes ou des sociétés d’auteurs (SACEM) qui ont été mis en place depuis longtemps. Aujourd’hui Internet fait exploser le piratage et la question se pose de savoir comment y remédier.

Les objectifs et les constatations

Dans ce débat qui fait rage, on a deux objectifs à atteindre : la rémunération des artistes pour leur création ainsi que ceux qui participent à cette création, et la diversification culturelle des auditeurs (processus personnel qui consisterait à trouver la musique qui me plait le plus). Personne ne conteste que les artistes ont un droit à percevoir des droits sur leur création ; et personne ne conteste qu’il est souhaitable que les gens aient accès à plus de musique. La musique est un enrichissement personnel, dès lors tout le monde y a un droit d’accès.

Aujourd’hui le peer-to-peer et de manière générale Internet est une source incroyable de musique, libre d’accès, et quasiment gratuite. Les amateurs de musiques rares y trouvent leur bonheur avec des « rare tracks » ou des « live » (vidéo ou musique), des « bootlegs », des « remixes » ou encore les nouveautés non parues en France. On pourrait même se contenter du P2P pour découvrir et être au courant des dernières nouveautés. Le domaine de recherche est international, et on y trouve tous les styles de musiques confondus. Un amateur de musique de ma génération ne connaît que le P2P pour trouver ces morceaux introuvables. Malheureusement les grands distributeurs ne commandent pas ce qui n’est pas répertorié dans leur base de donnée, et se spécialisent de plus en plus dans la musique strictement commerciale. De plus les petits disquaires spécialisés se font rares, et ne sont pas forcément à jour. Tout un pan de la musique électronique utilise Internet comme vecteur commercial, et certains n’hésitent pas à utiliser le P2P pour se faire connaître. Dès lors, l’attractivité du P2P pour notre génération et l’inefficacité des disquaires et distributeurs à offrir des services aussi attractifs fait inévitablement pencher la balance en faveur du « gratuit ». Cela fait déjà quelques années que les distributeurs ne proposent plus à leur client l’écoute d’un CD avant achat.
Découverte de nouveaux groupes et recherche de morceaux rares grâce au P2P démontre bien que ce public garde un intérêt substantiel pour la musique et pas simplement un intérêt récréatif. Car si le P2P donne accès à autant de musique cela n’entraîne pas un désintérêt pour la musique elle-même ; il serait trop facile de dire que la surconsommation de musique appauvrit son écoute au même titre que sa production.

Ceci me permet d’embrayer sur ma deuxième remarque, selon laquelle si le P2P connaît un tel succès c’est bien par nécessité. D’un côté on propose au consommateurs une cascade de musique, ils coulent sous l’abondance de publicité, et plus personne n’écoute qu’ « un » seul artiste. Exit Johnny, enter Britney et Christina et J-Lo et Madonna et Ricky Martin dans le même panier... Si le jazz était auparavant réservé aux aficionados comme la musique électronique aujourd’hui, il n’empêche que cette dernière est disponible dans le commerce au même titre que Britney. Comment satisfaire cette envie pressante de musique alors que le prix d’un CD équivaut grossièrement au prix d’un bon restaurant dans le centre de Paris...
D’un autre côté on a des majors qui doivent satisfaire leur appétit dévorant de vente à gogo de leurs produits.
Et puis on a les artistes qui veulent vivrent de leur art.
Enfin on a Internet Haut Débit, que l’OCDE et Patrick Devedjian veulent développer.
Laissons de côté les aspects purement économiques de cette histoire car ils sont en faveur des petits (les consommateurs et les artistes). La vente de musique augmente sans cesse, les majors font des profits de l’ordre de l’indécence, ils profitent des consommateurs et des artistes. Peut être est il venu le temps de faire baisser le prix des CD par une baisse de la TVA ou rendre le CD plus commercialisable en disant merde à l’exception culturelle française sur le CD...
Si la musique est devenue une commodité il n’empêche qu’elle reste autre chose qu’un simple bien de consommation. La musique a de l’âme, quelque chose de spirituel, qui apaise ou enrichit les humeurs... il ne faut pas la traiter comme une simple commodité, mais comme une commodité nécessaire, et à statut particulier.

A l’avenir

Il est donc temps que les majors se rendent compte qu’en négligeant Internet elles finiront par mourir. Ces entreprises s’asseyent sur leur acquis, et rejettent en bloc la technologie qui permet le piratage.
C’est précisément la technologie du P2P qui permettra un jour aux mélomanes du monde entier d’acheter et de s’échanger de la musique. Exit le CD, enter la musique numérique. Avec la crise actuelle on fait du CD un outil indispensable à l’écoute de la musique alors que c’est bien la musique qui doit être valorisée pour ce qu’elle est. Les artistes trouveront leur compte s’ils participent à ce mouvement innovateur qu’est Internet. N’oublions pas que leur plus grosse source de revenu reste le concert live. Un médium de plus pour la vente de leur musique ne peut que les satisfaire.

Malheureusement, la solution actuelle consiste à pénaliser des malchanceux qui piratent la musique grâce au P2P. C’est là une bien maigre revanche sur le piratage.

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Message de la RIAA

Ne serait-il pas souhaitable que les vendeurs de musique prennent leur courage à deux mains et fassent le bond « Internet » ?
Ce bond doit se faire maintenant, et il y a des chances pour que le piratage cesse considérablement, et il doit se faire intelligemment c’est-à-dire au service de la musique et pas au service des majors ou des artistes, ou encore des amateurs de musique.

Cette nouvelle diffusion de la musique doit se faire pour que les droits de l’artiste soient respectés. Il est nécessaire que ces droits soient reconsidérés par les artistes autant que par les majors qui mourront si elles n’acceptent pas qu’Internet est le nouveau mode de communication.

Si la radio s’est imposée il y a 75 ans, pourquoi pas Internet ?

Messages

  • plus le temps passe et plus j’ai l’impression qu’un artiste à interêt à se faire pomper.

    enfin, disons que dans notre société on peut vivre de 2 jours de travail par semaine et faire de la musique le reste du temps , donc voilà, le fait que le travail artistique doive être rénuméré ne me paraît même pas être une évidence.

    mais bon au delà de ça, je pompe comme un gros porc, mais du coup je connais et apprécie des trucs que je n’aurais eu aucune chance de connaître il y a 10 ans, et si je vois qu’il passe pas trop loin, je vais les voir et achète un t-shirt ou autre chose ce qui leur permet de toucher bien plus que si j’avais acheté leurs cds et étaient resté chez moi, et encore plus que si je n’avais pas eu internet et n’avais jamais entendu parler d’eux. Il y a encore 10 ans on aurait pu dire que les techniciens qui se sont occupé d’enregistrer et de mixer le mp3 qui m’a permis de connaître le groupe n’y gagnent rien, mais maintenant, on peut avoir une excellente qualité d’enregistrement avec du materiel abordable, donc voilà ça ne tient même plus...

    je pense que la musique, les artistes et ceux qui les écoutent on tout à y gagner là dedans. les seuls qui y perdent, c’est une partie de ceux qui gagnaient de l’argent de la musique sans en faire, donc voilà.....

    Je sais pas si c’est util ce que je viens de dire, tellement ça me paraît évident

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