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Le phénomène Stupeflip

samedi 10 juin 2006, par Arthur Lutz

Cela fait maintenant quelques années que le Krou - c’est ainsi que les membres du groupe parlent de Stupeflip - existe. Selon eux... depuis 1972. Mais il ne faut pas croire tout ce qui sort de la bouche King Ju et des autres membres de cette association de dégénérés. Disons simplement qu’ils nous cassent les oreilles depuis trois ou quatre ans. C’est vraisemblablement à cette époque que les trois lascars ont atterri sur la planète Terre...

Le problème avec Stupeflip, c’est que ce n’est pas que de la musique. C’est une activité exclusive. Comme le travail nous assujettis (thème souvent abordé par ces joyeux lurons), le nouveau disque de Stupeflip nous hypnotise et ne nous lâche pas. Impossible de faire quoique ce soit pendant son écoute... par exemple, c’est hyper difficile d’écrire cette chronique alors que cet album joue en fond sonore. On est rapidement sous l’emprise et, tant il est impossible de se concentrer, il faut appuyer - à regret - sur le bouton pause. Et on se lance...

Quand on parle de Stupeflip, que ce soit dans cette chronique - pour vous pauvres lecteurs - ou entre amis, il y a un très gros problème. En effet, on a l’envie absurde de réciter chacune des tirades abracadabrantesques du groupe. Les paroles, mais aussi les petites coupures étranges sont tellement drôles qu’on veut toutes les noter, toutes les connaître. Entre connoisseurs, on arrive vite à des situations délirantes où chacun hurle sur l’autre pour se faire passer pour le plus grand fan. Et les fans, chez Stupeflip, c’est dingue comme ça les intéresse pas, mais alors pas du tout.

"Tu casses le krou, encaisse ça et casse toi, si tu l’as craqué sur Kazaa"

Une petite citation - et oui très chers, pour Stupeflip on parle de "citations", comme en philo pour Heidegger, mais en mieux - pour bien démarrer ? C’est parti :

“Dieu n’a pas fait de paupières pour les oreilles”

Introduction à « Leur Univers »

Les membres du krou parviennent à créer un univers complètement loufoque et c’est non seulement réussi, mais en plus ils sont tellement bizarres qu’ils donnent l’impression d’y croire, d’y vivre et d’y évoluer. De vrais petits Tolkiens en herbe - mais en mieux. Citons pour exemple les "ères du stup". Vous êtes paumés ? Vous ne savez pas de quoi il s’agit ? Dans le nouvel opus des farfelus, celles-ci sont souvent mentionnées et il faudra se pencher sur votre livre d’histoire niveau 4ème pour comprendre. A la page 246 bis on apprend que la Première ère du Stup date du 25 Veldère 1979, date à laquelle sortait - selon le calendrier inventé par ces extra terrestres - le tube « Depuis que j’fume plus d’shit ». Ce titre, paru sur le premier album du groupe a fait un véritable tabac... et notez qu’il n’a fait aucun joint - parce que justement... ben voilà.

Mais revenons à nos moutons-aliens, c’est dans Stup Religion que toute la clarté est faite :

"Maître, qu’est-ce exactement que l’ère du stup ?". Réponse de King Ju : "Qu’est-ce ? Demande toi plutôt : pourquoi l’ère du stup ?".

Il faut savoir - et c’est bien évidemment des conneries - que King Ju a été traumatisé dans son enfance, il a alors commencé à écouter de la musique très fort, et a créé de fait la "première ère du stup"...

Le nouvel élément de l’univers Stupeflipien donne son nom à l’album : La Religion du Stup. On y découvre tout un discours sur une nouvelle religion, ou plutôt "secte" selon ce qu’ils annoncent. A quand la fin de la Scientologie, écrasée par cette nouvelle croyance.

Nous, en tous cas, ça y est, on est adepte.

Une critique acerbe de la société "méchante"

Après le légendaire « A bas la hiérarchie » du premier album on remet une couche d’anti-travail : On nous apprend que « les gens aux boulot sont jamais vraiment eux mêmes ». Mais King Ju nous sermonne aussi sur le fait que « dans les Ecoles de Commerce on apprend à enculer les autres... ». Certes, mais qu’y a-t-il a en penser ? Réponse du grand manitou : « c’est pas bien ». Comment être plus clair ?

Il existe aussi chez Stupeflip tout un jeu avec les notions de commercialisation de la musique, qui rejoint leur refus de « coopérer avec les medias dominants » (à vous de juger la véracité de cette position et de sa sincérité). Avec des skit comme « Maître, pourquoi les majors rendent leur contrat à certains artistes ? » ; auquel ils répondent « Parce qu’ils ne vendent pas assez de disques mon garçon ». Plein de pics envers les boites de disques, avec des super tirades ironiques (ou pas) sur l’argent... ils font planer le doute sur la façon dont ils produisent leurs disques, genre ("plusieurs attaques injustifiées [...] genre c’est un coup de maison de disque")... on a toujours pas déterminé sur quelle boite de disque ils sont signés...

Et la dérision est omniprésente

Souvent on tombe dans des délires remplis d’autodérision :

"Refusant de participer à la quatrième grande guerre contre la région ouest, le krou préfère réfléchir aux questions suivantes :

pourquoi les medias terriens traduisent toujours "this shit" par "cette merde" alors que c’est simplement "ce truc" ?

pourquoi les journaux télévisés terriens parlent-ils tous des mêmes sujets et dans le même ordre ?

et surtout, pourquoi les terriens sont-ils tous aussi méchants ? "

Sur quoi ils enchaînent :

"C’est la nature humaine, toujours le même problème, écraser l’autre sinon c’est toi qui te fait ken." Encore un coup bas sur la "race" humaine, dont ils s’excluent bien évidemment.
Il y a, dans ces séquences skit, la séquence légendaire qui nous fait systématiquement pouffer de rire, avec une voix genre gamin qui dit (alors qu’on entend les autres lui foutre des coups) : "ooh... j’en ai vraiment trop marre que les autres ils font toujours du hardcore [...] puis il faut penser aux programmateurs des radios, ils vont perdre leur travail si y a que des morceaux méchants... alors écoutez plutôt mon nouveau morceau sur les voitures"

Musicalement

On a parfois l’impression d’écouter le nouveau Stupeflip comme on lirait un pamphlet, mi-amusant, mi-inquiétant. A force d’être enfermés dans un chambre remplie de détritus, ils en arrivent à faire "de l’art comme d’autres égorgent un porc".

La production de l’album est léchée mais dans la "craditude" de leur trip. Les guitares crados, la zik qui "se fâche comme dans un group de thrash", les beats bruts, les bruit chelous dans tous les sens, et un bon paquet d’ironie que ce soit dans le son ou dans les textes... Niveau musical on ne pourrait que vous recommander de prêter à ces tarés un peu de votre temps pour y voir plus clair (faut travailler moins comme il vous le suggéreront). Pour débroussailler votre surprise, on trouve ici du hip-hop, de l’électro, de la pop, du thrash, et des chants religieux...

Un de leurs multiples jeux est la présence de paroles "inversées" (la bande jouée à l’envers), ils invitent donc l’auditeur à trafiquer leur son pour pouvoir comprendre vraiment ce qu’ils disent. De l’autocensure ? Avec Stupeflip on en est loin... comme dans « Annexion de la région sud » sur le premier album il font exprès de toujours mal placer le "beep" sur "Tiens, prend ca dans ton cul"... Sur « Mon style en Crrr » ils s’autocensurent sur le refrain tout le long du morceaux, et malencontreusement oublient de le faire sur le dernier refrain : "Ceux qui nous crachent dessus, c’est des rats, allez plutôt cracher sur Helène Segara". Oooops !

... sans vraiment finir

Il est clair que l’univers Stupeflipien est en cours de construction, et nous attendons avec impatience son extension sur les prochains opus. Dans l’attente de ces nouveaux éléments fondateurs de la constitution Stupeflip, on va arrêter de vous bassiner avec nos "citations", et simplement vous supplier (à genoux et avec beaucoup d’autoflagellation) d’aller écouter et re-écouter Stupeflip... Et puis merde, si t’aimes pas du tout, revend le disque, ou chais pas... Tu le jettes, tu le donnes, tu le brûles ! Fais-en une offrande ou quelque chose comme ça. Mais si t’aimes pas, tu crains... En tout cas, c’est Stupeflip qui m’a dit de te le dire...
Bref, tout ça pour vous mettre l’eau à la bouche et la psychose dans vos cerveaux, convertissez vous à La Religion du Stup, et prêchez (comme nous) la foi qui rempli votre vie vidée de tous sens... Ca a marché pour nous. Ave !

Messages

  • Trop cool Stupeflip !!

    La Religion Du STUP

  • Un univers bien à lui, vraiment interressant mais au final on apprend que c’est juste un délire :( pas de mystere au chocolat les gars ! : ! :p

  • Pas mal de choses fausses et vraies, ça va être complexe pour les non-initiés... Alors déjà CROU ! C’est avec un C le CROU ! (Exception pour le titre "krou kontre attakk" de l’album Stup Religion).

    Vous dites "Il faut savoir - et c’est bien évidemment des conneries - que King Ju a été traumatisé dans son enfance, il a alors commencé à écouter de la musique très fort, et a créé de fait la "première ère du stup"..."...Non, tout faux ! King Ju a bel et bien été traumatisé dans son enfance (et pas que) et ce n’est pas lui qui créa la première ère du stup !
    Je cite "Après la sortie le 25 veltère 1979
    Du grand tube maintenant reconnu
    Dans toute la région sud : "Je Fume Pu D’Shit"
    Fabien Pollet, le porte parole du Crou
    Trouve la mort dans des circonstances mystérieuses
    Stup, le patron de la menuiserie
    Fou de chagrin
    Commence à écouter de la musique très fort
    Et crée ainsi la première ère du Stup"
    Création de la deuxième ère du Stup - Stupeflip

    On sait désormais que le patron de la menuiserie se trouve être Cadillac (alias Casimor), je cite :
    "Demande à Cadillac les clefs sacrées de la menuiserie"
    La Religion du Stup - Stup Religion

    Ensuite vous dites : "Après le légendaire "A bas la hiérarchie" du premier album on remet une couche d’anti-travail". Là encore, non, King Ju a bien spécifié dans diverses interviews que le travail est très important. Le but de ces titres est de dénoncer la hiérarchie abusive et abusée ainsi que ses conséquences (atmosphère hypocrite, fausse).

    Pour finir, il aurait fallu détailler un peu plus les membres du CROU : King Ju (ou Rascar Capac), Cadillac (ou Casimor), MC Salo, Pop-Hip, Sadomodo, Reverb Man etc.

    Sinon, Stupeflip est bien résumé dans votre article, et pourtant c’est un gros morceau ! D’ailleurs, très bon choix d’avoir utiliser des citations à foison, car sans, c’est dur d’expliquer Stupeflip...

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