Le concept de l’AMAP apparaît il y a plus de 5 ans dans le sud de la France. il est vrai que le concept de la coopérative n’est pas nouveau et que les paniers de légumes existaient déjà bien avant ça (et notamment à l’étranger). Mais ici, un peu comme dans les promotions dont nous raffolons, il y a du "nouveau" !
Le principe de base d’une AMAP est de rassembler un certain nombre de personnes qui établissent alors un contrat avec un agriculteur qui leur fournit de manière régulière des paniers de ce qu’il produit. Ceux-ci sont généralement des paniers de légumes, mais il existe de plus en plus d’initiatives qui s’intéressent aux autres "pans" de notre alimentation. Des engagements sont pris par les deux parties sur un certain nombre de plans que nous allons voir.
Mon implication dans les AMAP n’est pas purement journalistique (rien ne l’est finalement pour un zine avec les moyens financier de soundsmag.org). Je fais partie depuis un peu moins d’un an d’une AMAP près de chez moi (étonnant pour une initiative locale non ?).
Les notions de base
Les AMAP sont des initiatives qui regroupent de nombreux concepts plus ou moins bien définis, plus ou moins régis par une fédération de ces associations, et plus ou moins tenus par une charte (en cours de rédaction) des AMAPs. Parlons tout d’abord des différentes idées que l’on peut trouver dans ces associations de citoyens et acteurs de leur vie.
Que trouve-t-on dans les AMAPs ?
Des aliments issus de l’agriculture paysanne
Un des premiers principes est inclus dans le titre de ce type d’initiatives : l’agriculture paysanne. Nous ne sommes pas exactement dans la définition de l’agriculture biologique, et je ne rentrerais pas dans les débats de termes sur les différences entre "paysanne", "biologique", "raisonnée", "durable", etc (bien que ce débat soit nécessaire et important dans d’autres circonstances).
Que veut dire l’agriculture paysanne ? Pour simplifier (la FNSEA se chargera de compliquer la chose) c’est un agriculture dénuée d’engrais chimiques, de notions de productivisme, d’inattention à la vie de la terre et du milieu écologique et à taille humaine. C’est un agriculteur qui prend en compte les contraintes du milieu naturel, qui se soucie de ne pas polluer ce qui produira demain notre alimentation.
Un engagement solidaire avec l’agriculteur
L’engagement entre l’agriculteur et l’AMAPien est en partie financier. Ce dernier, au lieu de payer lorsque le produit est fini, s’engage sur une certaine période et paye d’avance ses paniers. Ainsi l’agriculteur n’a pas (trop) besoin de s’endetter et respecter des objectifs fixés par des prêts et subventions.
Une réduction du temps "commercial"
Au delà de l’engagement financier solidaire qui est pris entre le l’agriculteur et les AMAPiens ce mode de fonctionnement permet à l’agriculteur de ne pas avoir à passer une partie de temps importante sur les marchés ou sur les réseaux de distribution (type Rungis et négociations avec les grandes surfaces). Ceci est un objectif à long terme étant donné qu’aujourd’hui, en France, la plupart des agriculteurs engagés avec des AMAPs continuent à vendre sur les marchés ou sur leur ferme.
Une alimentation locale, la relocalisation de l’économie
Les AMAPs tentent de remédier à la problématique écologique de la pollution par le transport des marchandises et la chaîne du froid. Je ne rentrerais pas dans les détails des différents éléments pollueurs qui gravitent autour du transport mondial des marchandises, et notamment lorsque ces marchandises sont des produits frais et comestibles. Manger des tomates bio produites dans des conditions sociales correctes qui sont transportés des milliers de kilomètres constitue, à mon avis, une avancée, certes, mais encore imparfaite.
La problématique de la pollution par le transport est doublement adressée : le fait d’éviter à l’agriculteur (ou de minimiser) le besoin de sa présence sur les marchés permet de réduire ses déplacements en moyen de transport polluant.
Un alimentation de saisons (adaptée à notre milieux naturel)
L’agriculteur engagé avec une AMAP s’engage à cultiver la terre sans (trop) détourner les contraintes du milieu naturel. Il va donc cultiver les légumes selon les saisons. Il n’est donc pas surprenant de devoir manger des pommes de terres et des navets l’hiver et par conséquent de ne pas pouvoir finir son repas avec des fraises alors que le temps ne s’y prête pas.
Justement, une des choses que je trouve attrayante est de se voir fournir un cocktail de légumes que l’on n’aurait pas forcément choisi et d’improviser en conséquence. Si le choix m’était laissé je n’achèterais probablement pas de navets, de blettes ou de topinambours, et pourtant grâce à l’AMAP je suis joyeusement contraint d’apprendre à les cuisiner et à les apprécier. Une certaine flexibilité est possible avec la communication entre les AMAPiens et l’agriculteur sur la composition du panier de légumes (choix fait ensemble et uniquement visible lors de la saison suivante).
Du lien social avec les acteurs de notre alimentation
Aujourd’hui, au vu de la "complexification" des "systèmes" qui nous entourent (économie, informations, industries mirobolantes, etc.) il est parfois difficile d’avoir une compréhension de comment fonctionne la production de notre alimentation, la visibilité en reste au fait que notre nourriture arrive chez nous plastifiée et sous-vide (possiblement commandée sur internet !). Voyez simplement comment il fut difficile (et toujours inachevé) d’implémenter une traçabilité des viandes bovines à la suite de la crise de la vache folle...
Les AMAP cherchent à établir un lien social plus fort avec les producteurs de notre alimentation. Pourquoi est-ce un point important de la démarche ? Les AMAPs visent à établir un rapport de confiance ainsi qu’un certaine transparence du processus de production de notre alimentation. Sans rentrer dans un vocabulaire de flicage, les visites à la ferme permettent de se rendre compte de la bonne foi de l’agriculteur. On voit peut-être ici l’un des points difficile d’une convergence globale vers ce genre de fonctionnement. Débat à suivre et à construire.
Une alternative à la grande distribution
Il me semble qu’un grand nombre de gens sont conscients de la mauvaise qualité des produits que l’on peut trouver en grande distribution et également des vices de ce milieu. Tout ce qui concerne les marges arrières, le fait que la grande distribution condamne cinq emplois stables pour un emploi précaire créé, la pollution des transports, etc. Le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond est omniprésent lorsqu’on fréquente les supermarchés et les hypermarchés qui poussent comme des champignons en bordure de nos villes (sans vouloir pomper les admirables mots coléreux d’un ministre maintenant disparu du spectre politique).
Ceci est relativement neuf : il n’y a pas si longtemps on pouvait entendre "c’est vrai qu’il existe des gens qui sont contre les supermarchés ?" (pour ne pas dire anti). La sensibilisation dans ce domaine est récente, un des initiateurs de cette réflexion est de Christian Jacquiau avec son livre, que je vous recommande, "Les coulisses de la grande distribution". Pour accès plus immédiat à ces propos vous pouvez écouter une conférence qui a été enregistré et mis en ligne par www.bibliotheque-sonore.org.
Une aide solidaire
Un autre aspect de ces associations est de mutualiser le pouvoir économique de manière solidaire et de pouvoir entrer dans un mécanisme de solidarité locale, que ce soit en se mettant en contact avec des associations ou avec des individus participant à l’AMAP. Malgré la comparaison difficile avec les prix des produits que l’on peut trouver en grande surface (que l’on y trouve des prix plus bas est encore à prouver), il est clair que ce genre d’initiative semble inaccessible aux personnes à faible revenu (notamment les gens qui ne mangent pas de légumes de toute façon). Et pourtant, les membres des AMAP, conscients de ces inégalités économiques, travaillent activement sur des moyens d’adresser cette problématique.
Alors que nous avons fait un tour (rapide ?) des "principes" que l’on peut observer au sein des AMAPs, nous verrons dans le prochain volet de ce dossier les fonctionnements et dysfonctionnements de ceux-ci, leur image médiatique, leur implication et les perspectives qu’ils taillent dans le paysage politique...