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« Le Retour du Héros » de Laurent Tirard

mardi 6 mars 2018, par Sébastien Bourdon

Le Retour de Martin Déserteur

"Le Retour du Héros" de Laurent Tirard

Dans Télérama, la peut-être sémillante mais certainement inconséquente Guillemette Oddicino, évoque à propos du film dont il est ici objet les références suivantes : de Broca, Rappeneau et… Molière. Excusez du peu, il ne manque que Lubitsch. Autant vous prévenir tout de suite, cette aimable pochade, pas forcément très subtile, ne mérite certainement pas tous ces honneurs.

Il est certes plus que probable que le réalisateur se soit effectivement un peu nourri de ces grands anciens, certains sont même enseignés à l’école, mais on est quand même assez loin du compte, la satyre sociale chez Molière et l’humour bondissant de Rappeneau sont ici à peine effleurés. Surtout, la prise de risque est minimale et l’ensemble ronfle gentiment, évitant soigneusement toute embardée hors d’un cahier des charges très prévisible.

C’est une histoire d’imposture née d’une idée épistolaire : Elisabeth Beaugrand (Mélanie Laurent), dont la sœur se désespère du départ aux guerres napoléoniennes de son inconséquent fiancé le Capitaine Neuville (Jean Dujardin), décide de prendre la plume pour lui adresser des lettres narrant les aventures imaginaires de ce piètre hussard, comme si ce dernier les avait vécues et écrites. Neuville est ignorant de la chose, et ne la découvre qu’à son retour en Bourgogne, ayant troqué au passage les habits d’apparat du soldat napoléonien pour ceux d’un clochard déserteur.

Le scenario, souvent très prévisible, s’acharne ensuite, parfois lourdement, à décrire comment un imposteur malgré lui va s’approprier les fables colportées sur son existence et les utiliser dans le plus strict respect de ses propres intérêts, au grand dam de la conteuse, furieuse. Veule, mais quand même culotté, le Capitaine va en effet faire un usage guère moral de cette célébrité usurpée et tenter de dépouiller les crédules tout en couchant avec leurs femmes.

Ce sympathique saligaud a les traits de Jean Dujardin ce qui facilite la vision du film tant ce garçon peut être drôle, même avec une certaine économie de moyens et de gestes. Là où le film pêche réellement, c’est dans son écriture, parfois un peu faible, avec des tentations contemporaines inutiles et parfois même malvenues (« j’ai envie de dire », « C’est nul » etc.).

L’opus souffre aussi, surtout lorsque la caméra s’éloigne des deux protagonistes principaux, d’une relative vulgarité, allant jusqu’à une grivoiserie digne d’un samedi soir chez Berlusconi : une bonne claque à son épouse et la voilà à nouveau soumise et obéissante. Les femmes aiment les canailles, mais cet étalage ponctuel de mâle forfanterie passe difficilement l’époque, le film à costumes n’excuse pas tout.

Ce film ne nous sauve pas complètement de la vulgarité comique ambiante omniprésente, mais conserve le mérite d’une certaine fraîcheur.

Sébastien

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