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Le Bal des Hommes Perdus

INQUISITION, le Glazart, le 24 avril 2017

mercredi 26 avril 2017, par Sébastien Bourdon

Inquisition (+ Cobalt, Valborg, Pillorian), le Glazart le 24 avril 2017

On a eu beau pédaler vite dans les voies cyclables du nord de la ville, on manque le début et même presque la fin de Cobalt. Difficile donc de se prononcer sur les qualités de ce combo, mais il en avait certainement.

Dans le bar situé à l’arrière de la salle, au milieu coule une rivière (qui gèle en hiver). C’est là que se vend et s’achète un merchandising ce soir guère primesautier. On voit aussi s’agiter sous les feuilles vertes quelques gros rats, gaspards de la nuit visiblement tout à leur aise dans cette soirée consacrée au métal sombre (très sombre).

La population est comme toujours majoritairement mâle et de noir vêtue. Cuir, tee-shirts et tatouages, l’habituel panoplie impolie qui fait l’homme. On note quand même une recrudescence de types au look d’auditeurs de France Culture, tant le genre extrême a fini par franchir les barrières des préjugés pour devenir matière savante d’écoute et d’étude. Il y a des filles aussi, éternel sujet d’émerveillement.

On va quand même s’acheter un tee-shirt Inquisition pour notre crédibilité visuelle. Et un disque des mêmes, parce qu’on est un type sérieux.

On se sustente ensuite d’un plat vegan issu d’une "société coopérative à intérêt collectif" : Rock n’ Roll. Heureusement, il nous restera toujours la bière et la bonne humeur. Ceci dit, cela s’avère bon et se nourrir ainsi dehors, avec des décibels qui nous parviennent en sourdine, c’est doux. La vie se met alors à ressembler à un festival d’été.

Le groupe suivant, Valborg, se révèle infiniment plus martial, mais souriant (ils sont allemands). Il paraît que que ce serait du death et que cela dénoterait sur l’affiche de ce soir, c’est du moins ce que j’entendais dire un spectateur. On aura pour notre part trouvé ce trio presque indus, en effet, loin de briller par la haute technicité inhérente au genre susnommé, il pilonne gentiment.

Pillorian, troisième groupe à l’affiche, se révèle plus consistant en termes de compositions, comme d’arrangements. Capable d’alterner les atmosphères, il ne peine guère à convaincre une salle qui entre-temps s’est plus sérieusement remplie. Le son est dense et puissant. Et, comme par magie, de très beaux moments mélodieux surgissent des flots de guitares.

Inquisition ou comment faire beaucoup de bruit à deux. En effet, ces américains qui répondent aux doux pseudonymes de Dagon (guitare, voix) et Incubus (batterie) n’ont pas considéré, à juste titre, avoir besoin d’être plus nombreux pour produire de la musique.

Étonnamment, ce black métal plutôt minimaliste dans sa configuration, mais pas dans son intensité, donnerait aussi presque envie de danser. Un Black n’ Roll en somme. Ce groove sous-jacent vient sans doute du dénommé Incubus, précis et efficace. On perçoit ainsi des influences Motörhead quand on se serait attendu à de la double pédale en continu. Et quand finalement arrive cet assaut diluvien, l’effet d’écrasement auditif est remarquable. Impossible de ne pas être fasciné par l’élégance de leurs élans de pure violence.

Sont également disséminés de petits interludes musicaux entre les morceaux, qui laisseraient à penser à un probable surgissement sur la scène de Baphomet en personne, et qui contribuent à installer une ambiance délicieusement morbide. Il n’y a pas à tortiller, ces garçons maîtrisent fort bien leur petite affaire de brutalité satanique.

Cette idée d’un minimalisme inattendu (mais avec un son de guitare littéralement renversant) leur permet donc de présenter un univers extrêmement original pour une musique qui, si extrême soit-elle, pourrait lasser à être trop lancinante. On plane, mais dans un avion qui volerait tout hublots ouverts.

Être envoûté c’est finalement bien agréable. À l’issue de la cérémonie, on aurait pu égorger un mouton ou crucifier une vierge, on a préféré boire une blonde.

"Through the Divine Spirit of Satan a Glorious Universe is Known".

Sébastien

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