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La décrépitude du surdoué

"Dig !" - Un documentaire très rock

mardi 25 avril 2006, par Paul Kirkness

Qui a la chance de bien connaître le Brian Jonestown Massacre ? Peu de gens en vérité. Mais le documentaire de Ondi Timoner nous en fait connaître au delà de la musique. Un résumé de la vie des leaders Anton Newcombe et de Courtney Taylor, chanteur lui du très commercial Dandy Warhols.

Au cours d’un concert aux Etats-Unis cet été, mon voisin vient m’adresser la parole : « C’est génial non ? » Un peu gêné, je lui souris. « Pourtant, mon groupe préféré reste BJM ». Mais qui est BJM, je lui demande. « Quoi ? Tu ne connais pas le Brian Jonestown Massacre ?!. Et c’est ainsi que j’entendis pour la première fois le nom d’un groupe qui, pourtant a vraiment révolutionné une époque.

Le film documentaire de Ondi Timoner ne parle pas uniquement du Brian Jonestown Massacre. On y retrouve aussi un groupe bien plus connu des mass médias musicaux : j’ai nommé, les Dandy Warhols. Sur toute la durée du documentaire - qui retrace tout de même sept années dans la vie des deux groupes - c’est Courtney Taylor, chanteur guitariste des Dandy’s qui narre l’histoire compliquée de ces deux groupes.

Timoner nous présente d’abord l’homme engagé, l’homme dérangé : Anton Newcombe. Chaque commentaire fait sur lui, par les membres du groupe, par les connaissances, les chroniqueurs ou les hommes de maisons de disque est enflammé. On parle de « génie », de « prophète ». Et quels qualificatifs bien trouvés pour un homme qui dit plusieurs fois être « le fils de Dieu ». L’analyse de Ondi Timoner est bien plus élaborée lorsqu’elle s’attaque au « problème » Newcombe que lorsqu’elle décide de conter l’histoire de la fabuleuse ascension des Dandy Warhols. On voit comment un homme impressionnant oscille entre respect pour un jeune groupe qu’il a aidé à faire découvrir - c’est Anton Newcombe lui-même qui lance les Dandy Warhols en acceptant de jouer live avec ceux qu’il appelle ses « amis » au début du film - et haine et jalousie. La haine, il ne sait pas la maîtriser : pour lui les Warhols ont vendu leur âme au diable du music business. Leur clip vidéo pour MTV les a salit et s’ils commencent à le snobber, lui et son groupe, c’est qu’ils en ont trop à se reprocher.

Mais c’est le mélange de jalousie et d’admiration que l’on décrypte le mieux dans ce reportage. Comment un homme aussi instinctivement musical que Newcombe n’a-t-il pas lui aussi trouvé refuge auprès d’une maison de disque ? Comment se fait-il - et ici je suis très subjectif - qu’un groupe sans distinction particulière comme les Dandy’s ait réussi une ascension face à Newcombe et ses comparses pourtant beaucoup plus productifs, habiles, originaux et créatifs ? Lui-même se pose la question, mais plus le temps passe et plus Newcombe est attaqué par la drogue - dure hélas. Neuf concerts sur dix se terminent en engueulade entre les

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musiciens ou entre Newcombe et un membre du public. L’homme ne peut supporter que l’on puisse mal jouer un morceau dont il est l’auteur. Il n’aime pas que l’on parle lorsqu’il joue... Et la détérioration est lente mais bien là.

Entre amour et haine les deux groupes évoluent de plus en plus à part sous la caméra de Ondi Timoner. On en vient à regretter que Newcombe n’ait pas plus été écouté. Son message est clair : « Le jour ou tu signes avec ces bâtards, tu es perdu et toute créativité s’évapore sous le poids de leurs pouvoir ». L’homme n’est pas plus politique que ça. Il est juste éternellement dépité, travaillé, rongé par le désir de partager une musique qu’on aura mis plus de dix longues années à découvrir.

S’il était possible de revenir en arrière, les commentaires sont clairs. Sans toutes les souffrances, sans toute sa schizophrénie et sa folie, sans même peut-être la drogue... Newcombe aurait-il pondu autant de bonnes choses ? Timoner nous montre le génie dans la tourmente au travail. Il est normal que Newcombe n’ait pas aimé la manière dont il est présenté dans Dig !. Pourtant, on peut y voir un réel hommage. Et on se prend à regretter le fait que le groupe ait été dissolu par tant de mauvaises relations internes, par la violence, par l’envie de succès absolu qu’ont certains... Les Dandy’s sont toujours là eux. A pondre ce qu’ils pondent en compagnie des maisons de disque. Mais tandis que Taylor avait un avis sur ce qu’il écrivait au départ, on s’aperçoit que, de plus en plus, il est manipulé et docile. Qui fallait-il soutenir ?

Un documentaire puissant et intriguant. Le travail de Timoner est très réussi.

Polo

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