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La Vie est Belle

"Café Society" Woody Allen

jeudi 26 mai 2016, par Sébastien Bourdon

« Café Society » de Woody Allen

Autant faire preuve de franchise vis-à-vis du lecteur (s’il existe), on a raté les six premières minutes du film, la baby-sitter ayant eu l’outrecuidance de se pointer en retard. Et puis, notre cinéma de quartier se refusant à la publicité, l’heure c’est l’heure. L’on pourra toujours jouer aux devinettes et tenter d’imaginer ce que l’on a raté, vraisemblablement quelque chose composé de jazz, de voix off et de lumières sépias.

Dans les années 30, un jeune juif new-yorkais, Bobby (Jesse Eisenberg), est envoyé loin de ses bases, à Hollywood, chez un oncle (Steve Carell) qui dirige une agence de stars du cinéma. Ce déplacement géographique sied fort bien à Woody Allen, car il n’existe vraisemblablement pas pour lui d’autre Amérique que la côte Est et la côte Ouest, avec au milieu un très grand vide. Tout autre mouvement ne peut s’envisager que vers l’Europe (Londres, Paris, Rome).

Il n’en demeure pas moins que pour son jeune héros, le choc culturel est d’importance, difficile d’imaginer plus glamour que cet Hollywood en regard de Brooklyn. S’il conserve le mal du pays, Bobby ne s’en intègre pas moins assez aisément dans cette faune belle et cruelle. Il tombe également rapidement, et pour cause, amoureux d’une ravissante assistante (Vonnie, diminutif de Véronica, interprétée par Kristen Stewart). Mais parce que l’on est chez Woody et qu’il a, à juste titre, notamment beaucoup aimé Lubitsch, celle-ci est la femme d’un autre (plus exactement la maîtresse d’un autre, on n’est jamais déçu par la cruauté du monde).

La vie dans la Grosse Pomme n’est pas moins trépidante et il y a longtemps que l’humour juif new-yorkais cher à Woody Allen n’avait pas été aussi bien ravivé. Quant à la description de la pègre, il faut imaginer ce que donnerait un film de Martin Scorcese devenu soudainement réellement comique mais pas moins expéditif.

Les trois premiers quarts d’heure du film constituent un véritable enchantement, la mise en scène virevolte, les dialogues crépitent, les acteurs brûlent la pellicule et la photographie est enchanteresse (quoique l’on puisse déplorer le recours au numérique, aux dépens d’une pellicule 35 mm qui aurait sans doute magnifié plus encore l’exceptionnel travail du directeur de la photographie Vittorio Storaro). On mérite tous de s’asseoir de temps en temps dans une salle obscure pour contempler une telle maîtrise au service de l’œil et de l’intelligence du spectateur.

Ceci posé, comme pour d’autres œuvres récentes du même cinéaste, le film tend ensuite à s’essouffler légèrement, perdant un peu de son allant lubitschien. Cette faiblesse est toutefois rattrapée par une jolie montée mélancolique à la fin, avec ce qu’il faut comme regrets doux-amers et de plans sur Central Park dès potron-minet.

L’autre bémol tient peut-être au casting. Kristen Stewart est belle et fraîche comme la rosée du matin, mais au regard du temps et des lieux du film, un nouveau recours aux talents d’Emma Stone eût sans doute été plus judicieux. Cette dernière est sans doute la seule actrice contemporaine à avoir le physique (ces yeux !), l’abattage et le talent des grandes actrices de cette époque, telles Irene Dunne ou Katharine Hepburn. De ce fait, elle eût été peut-être plus à sa place dans cet âge d’or d’Hollywood brillamment reconstitué.

Mais broutilles que tout cela tant ce dernier opus rattrape largement les errements du précédent, le pénible « Homme Irrationnel » (http://www.soundsmag.org/L-ombre-d-un-doute). Revenu à ce qui fait la souffrance et la joie de nos existences, le réalisateur retrouve sa pertinence et son élégance.

Sébastien

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