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La Vie du Rail

dimanche 6 mars 2016, par Sébastien Bourdon

Qu’est-ce qui pousse un être humain défini comme civilisé à arborer en pleine Gare de Lyon une laine polaire - moche par essence - et des "Moon Boots" - disgracieuses par nature ?

Est-on obligé, à plusieurs centaines de kilomètres de toute station de sports d’hiver connue de s’habiller comme si on y était déjà, au mépris de l’élégance urbaine la plus essentielle, et même du plus évident confort.En effet, ainsi accoutré, il est certain que l’on aura trop chaud dans les wagons, surtout si, d’ascendance plus modeste, on est contraint de voyager en seconde classe (quoique, au regard du prix d’un billet de TGV, il semble pour la SNCF que tout le monde soit riche).

Et c’est donc une humanité vêtue comme un sac de sport qui se rue en gare parisienne en ce mois de février, première étape nécessaire avant les pistes. Cette foule transhume généralement en famille, avec toujours quelqu’un pour hurler, selon les cas, qui sur son conjoint, qui sur les enfants, qu’on n’a d’ailleurs pas forcement eu ensemble, mais qu’on gère en commun (l’idée même d’éduquer un petit d’homme est un rêve fou que nombre d’humains partagent, sans en avoir généralement ni les compétences, ni même la moindre idée du début de comment faire).

Tout cela a généralement commencé il y a plus ou moins longtemps par une délicieuse rencontre amoureuse, gauche et timide, mais pleine d’espoirs et d’envies, dont la concrétisation quelques années plus tard se trouve exactement dans cet enfer ferroviaire au parfum de congés payés.

Dire que l’on attend cet instant toute l’année, mais qu’à cet exact moment, on peine à comprendre ce qui nous a pris de s’organiser une fois de plus ces vacances dites d’hiver.

Une gare devrait être un immense espace ouvert, de fer et de verre, un édifice qui nous donnerait l’illusion du départ, dans la fumée des michelines et le bruit incessant des appels à la fermeture de portes et des départs imminents.

Las, le sous-sol de la Gare de Lyon a tous les attributs affriolants d’une station souterraine de RER. Bas de plafond, on s’imagine coincé dans une sorte d’open space où parviendrait à se faufiler une marée humaine condamnée à renoncer à la ligne droite tant cet espace est encombré ça et là de sandwicheries infâmes.

Et nous voilà pris dans cette nasse à attendre l’affichage d’un train qui ne pourra être que retardé.

L’esprit englué dans un marasme misanthrope qui vous pousserait légitimement à renoncer à tout espoir de bonheur terrestre, il faut quand même regarder ses enfants - ne serait-ce que pour ne pas les perdre. Mais surtout pour la joie qui se lit sur le visage de votre petit garçon : tout vous est pénible, mais pour lui tout symbolise les vacances, la proximité de la neige, de la montagne. Cet enfer urbain est l’antichambre du paradis blanc, lui ne l’oublie jamais. Il sait la joie d’être vivant dans un moment pareil, quand pour votre part votre cerveau est arthrosé par la préoccupation d’un immédiat moyennement palpitant (ou du moins à intensité variable).

Quelques heures plus tard, dans le train, quand il n’y a plus un enfant dans la rame qui ne soit vissé à un écran, il sera le premier à crier "la neige !!", en la voyant enfin apparaître sur des sommets encore lointains.

Là-haut, tout sera permis, puisqu’il ne s’agira plus que de glisser, les joues rosies par le froid. On pourra même porter toute honte bue de grosses chaussures fourrées et arborer un lainage fabriqué, paraît-il, avec des bouteilles de plastique recyclées (enfin, pas moi, je reste attaché au mérinos).

Une semaine plus tard, à peine redescendus de la montagne, ne subsistera d’ailleurs que la hâte d’y retourner. Et puis, ça aurait pu être pire, on aurait pu s’y rendre en voiture.

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