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La Bombe Humaine

"Les Combattants" de Thomas Cailley

mardi 26 août 2014, par Sébastien Bourdon

Plaisir de l’existence, aller voir un film dont on ne sait rien ou presque (hormis la bande-annonce), mais avec un très bon pressentiment. Faire quelque chose en étant à peu près sûr de soi, quel confort n’est-ce pas.

La soirée commence au cœur d’un mois d’août parisien qu’on qualifierait volontiers d’hivernal, sensation déplaisante qu’on s’efforce d’effacer en bonne compagnie par la dégustation de quelques tapas et d’un vin espagnol indéfini. Mais là n’est pas l’objet de ces lignes, sauf à rappeler que ce fut une excellente mise en jambes avant d’entrer dans la salle.

L’histoire est simple, un garçon rencontre une fille et en tombe instantanément amoureux (la sensation est même physique puisqu’il mord la poussière, le sable pour être précis). Sur cette trame, de tous temps l’homme a beaucoup échafaudé, mais le réalisateur prend le parti de surtout en rire, revisitant à sa manière le génie comique des « screwball comedies » américaines des années 30 et 40.

La fille (Madeleine – Adèle Haenel) est une sauvage, étrangement obnubilée par la survie en conditions extrêmes quand rien de ce que l’on voit de sa vie ne semble justifier cette obsession, sauf peut-être une conscience aigue, mais pessimiste, du monde. Elle est un peu frapadingue quand même, mais c’est une vraie femme, avec un physique, et dotée d’un débit de mitraillette à vacheries, tout à fait le genre qu’affectionnaient Howard Hawks (n’est-ce pas Katharine Hepburn et Lauren Bacall) ou Leo Mc Carey (n’est-ce pas Irene Dunne).

Lui (Arnaud – Kévin Azaïs), gentil garçon un peu lymphatique, se cherche vaguement, aide son frère dans l’entreprise familiale de construction de bois, sans grande conviction et avec des compétences techniques toutes relatives. Il est sympathique, traîne flanqué de ses deux copains vaguement branquignols mais hilarants, entre parties de pêche et soirées sur la plage. Et puis, elle surgit à l’occasion d’une opération de promotion de l’armée de Terre. Elle veut s’enrôler, elle veut savoir se battre, aussi, bien que parfaitement désintéressé par la chose militaire mais fasciné par cette étrange créature, il décide de tout laisser en plan pour la suivre dans cette aventure qui se révélera on ne peut plus drolatique (et romantique).

S’il l’aime dès le premier regard, ce sentiment sera difficile à apprivoiser, il est vraie que l’élue n’est pas des plus commodes, et c’est dans l’évolution de cet attachement que le film trouve son inspiration. Dans cette épopée du cœur et de ses raisons, on ne cesse en effet presque pas de rire et sourire, notamment grâce à cette légère inversion des rôles, la fille est forte et décidée quand le garçon se cherche un peu et mollement (un peu comme dans la vraie vie en somme…). Il va trouver en elle une urgence de vivre qu’il ignorait et, totalement retourné, va décider de ne plus la quitter. Madeleine met l’existence de ce garçon en marche de même qu’elle va donner au film son énergie et son rythme. Et nous spectateurs, comme Arnaud, nous attachons alors à elle, impatients de savoir ce qui va nous arriver ensuite.

Ce qui est en somme ici filmé, c’est la fin de deux solitudes et l’impérative beauté du sentiment partagé. Alors qu’il s’agit de choses si essentielles, la démarche du réalisateur, dont c’est le premier essai en long-métrage, se démarque par une absence totale de prétention, un souci permanent de légèreté. La part faite à la fiction est belle, mais l’œuvre reste ancrée dans une réalité territoriale (le Sud-ouest, les Landes), et ce sont bien de jeunes gens modernes dont il s’agit.

Comme le dit un des personnages, « Eh ben, si c’est ça les meufs cet été, merci, et vive la France ». C’est tout le mal qu’on se souhaite…

Sébastien

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