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L’enfant Sauvage

"Eté 93" de Carla Simon Pipó

vendredi 11 août 2017, par Sébastien Bourdon

"Eté 93" de Carla Simon Pipó

La nuit, l’enfant se glisse dans les bois, pour y retrouver une statue de la Vierge nichée au creux d’un arbre. Elle y dépose des offrandes et s’adresse à elle comme à un remède à la disparition de sa mère, un moyen de lui parler dans la solitude récente.

Un jour, elle projettera sur cette icône de la poussière et des cendres, comprenant l’inutilité de l’objet et la nécessité de ce qu’elle savait déjà intuitivement : accepter la disparition, faire le deuil.

C’est ce difficile chemin que raconte ce film, avec une sobriété et une économie de moyens incroyables. Tout est filmé à hauteur d’enfant, de manière presque documentaire, en ne nous épargnant ni la cruauté, ni le caractère énigmatique de cette période de l’existence. Subsiste en revanche toujours la grâce de ces âges, que la cinéaste ne manque jamais de montrer, mais presque avec sécheresse (absence totale de musique), sans emphase ni démonstration, sans doute parce que c’est évident et qu’on l’oublie souvent.

Rien n’est pourtant plus difficile à représenter que l’enfance au cinéma. A l’inverse, l’exercice est ici tellement réussi que cela pourrait presque gâcher la projection tant on se demande, devant ce naturel stupéfiant, comment la réalisatrice a pu obtenir un résultat aussi juste et sincère.

Le film s’ouvre, sans explications, sur un appartement que l’on vide des affaires d’une petite fille, pour engouffrer le tout dans une voiture, cette dernière quittant ses grands-parents à Barcelone pour aller vivre chez son oncle et sa tante à la campagne.

L’on comprend très vite que cette enfant est fraîchement orpheline, sa mère venant récemment de suivre le sort mortel de son père. Flotte autour d’elle la même sourde menace, comme une ombre qui plane quant au dehors tout est si solaire.

La réalisatrice a trouvé en cette petite fille (Laia Artigas) à la grâce réelle mais boiteuse l’incarnation d’une enfance douloureuse mais pleine d’une vitalité aimante. Une enfant qui peut être traversée autant par le besoin d’être chatouillée que par d’énigmatiques envies de meurtre de sa cousine.

Filmé avec le tempo de l’enfance l’œuvre prend ainsi le temps du parcours psychique de ses protagonistes entre travail de deuil et compréhension de l’autre.

Accepter la mort, son caractère immuable comme son possible surgissement pour mieux appréhender la vie. Une expérience pour tous les âges et pour laquelle, étrangement, les enfants semblent mieux armés.

Sébastien

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