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L’appel de la forêt

Into The Wild - Le dernier film de Sean Penn

samedi 1er mars 2008, par Sébastien Bourdon

Lorsque je suis sorti de la salle audonienne où venait d’être projeté Into the Wild de Sean Penn, je me suis dit que chaque film de ce cinéaste était beau mais légèrement imparfait, ce reproche diminuant au fur et à mesure du développement de sa cinématographie. Puis, et j’en avais le pressentiment, et c’est monté en moi avec la nuit, jusqu’à m’obséder : impossible de sortir du film.

C’est l’histoire d’un garçon qui, depuis tout petit, aime trop les livres et jouer dehors et qui va, dans un élan d’égoïsme absolu, s’élancer seul dans la nature sauvage jusqu’à en mourir. Le film est assez long (il pourrait toutefois l’être plus encore sans que j’y trouve à redire). Il est également d’une beauté hallucinante : Sean Penn et le chef opérateur français Eric Gautier, plongés dans ces paysages américains fabuleux, ne résistent pas à un certain esthétisme.

Je ne vois que Terence Malick pour filmer aussi bien l’infiniment petit et l’infiniment grand de la nature, la stupéfaction presque religieuse face au spectacle du dehors. La nature comme personnage de film, sauf qu’ici, le western est terminé, il n’y a pas de nouveau monde à découvrir, on y enterre simplement la jeunesse, au propre comme au figuré.

Cette tragédie est emportée par la magnifique bande originale d’Eddie Vedder (Pearl Jam). J’ai d’ailleurs rarement vu une musique aussi bien traitée dans un film, elle y est totalement intégrée et les paroles des chansons font même l’objet de sous-titres (ce qui m’a donné, après tant d’années d’admiration pour ce chanteur, l’occasion d’enfin comprendre ce qu’il dit). J’ai depuis lu que Penn voulait faire de Vedder la « voix intérieure » du héros. Une association Sean Penn / Eddie Vedder avait de quoi me réjouir et je n’ai pas été trompé sur la marchandise.

Les acteurs sont exceptionnels, Emile Hirsch évidemment, mais également une mention spéciale à l’impressionnant Vince Vaughn, d’habitude cantonné à des rôles comiques (où il est exceptionnel) qui brûle littéralement l’écran de sa grande carcasse. Il y a bien sûr quelques facilités émotionnelles, type masculinité dure au grand cœur dans la nature sauvage, mais comment ne pas adhérer à cela, à cette pudeur pataude du mâle (même vantée en son temps par le Genesis de Peter Gabriel : « I’d rather trust a man who works with his hands, He looks at you once, you know he understands »).

En ce moment, débarrassé de la télévision depuis maintenant un an, j’aime regarder l’hiver reculer dans mon bout de jardin, je pense aux Bijagos, j’adore les pannes d’électricité, je lis toujours Jim Harrison (même si j’ai été déçu par le dernier), je goûte encore le plaisir de pédaler tous les jours, d’être ainsi un peu dehors, même dans le bruit et la fumée... Bref, j’attendais ce film et il est venu.

Seb

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