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L’Echange - Un film de Clint Eastwood

samedi 20 décembre 2008, par Sébastien Bourdon

Clint Eastwood s’intéresse aux femmes et aux enfants, ça nous fait des penchants communs, ce qui lui fait une belle jambe, mais moi ça me donne des raisons supplémentaires d’aller voir, invariablement, tous ces films. En plus du fait qu’il est sans doute le plus grand réalisateur vivant, le dernier des classiques, le premier des modernes.

Entre la femme et l’enfant, surgit un lien évident, la mère. « L’échange » est un film extrêmement dense et riche, mais c’est aussi et d’abord un portrait de mère. J’ai eu moi-même l’occasion d’observer un tel personnage avec une grande proximité ces dernières années. Une mère, tout le monde sait ce que c’est ou à peu près, mais l’on ne peut avoir le même regard sur la sienne propre que sur celle que l’on voit littéralement naître à ses côtés en devenant soi-même père. Attention, il ne s’agit pas forcément d’une expérience impérative, mais disons que c’est cette expérience personnelle qui m’a permis d’apprécier au mieux le fait que ma femme ait eu le courage de rester jusqu’à la fin du film.

Parce que soyons très clairs, ce film est à la limite de l’insoutenable. Dans les Cahiers du Cinéma, revue que je lis depuis des années sans toujours la comprendre, le film est ainsi décrit : « film peu aimable mais passionnant ». On ne saurait mieux dire, c’est de la distance de critique intelligent, mais ça sent moyen le père en retard à la garderie.

L’histoire est vraie et elle est épouvantable. C’est un cauchemar de vie, c’est le pire de tous les instants, l’abomination automatique. Je ne veux pas trop déflorer l’histoire, j’ai moi-même vu le film avec peut-être trop d’informations. Disons que votre fauteuil gardera un moment l’empreinte de votre corps.

Comme toujours, la vision de Clint sur l’humanité est désabusée et brutale. L’être humain conserve en toutes circonstances la capacité de faire du mal à ses semblables. Mais ce qui nous sauve du suicide à la sortie de la salle, c’est finalement une certaine forme de foi en l’homme (en l’occurrence, la femme), créature qui tombe et qui toujours se redresse, parce que c’est son destin. Il faut des êtres d’exception pour subir au mieux nos existences de cloportes absurdes. Et puis, subsiste aussi dans le film la capacité d’enchantement, ainsi ces standardistes en robes années 30 qui se déplacent en patins à roulettes, sorte de respiration (de roulement) dans le film. « L’échange » est film humain sur l’humanité : il n’y a pas de solution, pas de miracle, on avance, c’est tout.

Le sujet était propre à faire tomber dans tous les pièges, du larmoyant au sanguinolent, mais avec cette habileté des grands, Eastwood les évite tous (bon, il y a peut-être un peu de manichéisme, mais y a-t-il autre chose dans la tragédie antique ?), aidé par des interprètes en apesanteur. Malkovich est impeccable et Angelina Jolie est extrêmement impressionnante. Oubliez la vedette des revues en papier glacé, et vous verrez une femme d’une solitude absolue, blanche et maigre, au visage dévoré par son propre regard, qui ne respire que par l’amour porté à son fils.

Eastwood, auprès de qui un journaliste s’inquiétait des faibles entrées réalisées par ses films récents, notamment aux Etats-Unis, répondait en ces termes : « je fais des films pour les adultes, si les adultes n’ont pas envie de les voir, à la limite, ce n’est pas mon problème ».

Sebastien

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