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Jungle Fever

"La Loi de la Jungle" d’Antonin Peretjatko

mercredi 29 juin 2016, par Sébastien Bourdon

"La Loi de la Jungle" d’Antonin Peretjatko

La principale difficulté qui se présente au modeste chroniqueur mâle, pour peu qu’il soit hétérosexuel jusqu’à l’ennui, est d’éviter de pondre un texte qui ne porterait que sur l’actrice Vimala Pons.

Il y aurait en effet au moins deux bonnes raisons de s’abandonner à un tel projet : elle est de tous les plans du film ou presque (qu’importe d’ailleurs, car l’image qui précède ou suit la sortie du champ de Vimala Pons est encore une image de Vimala Pons) et elle est surtout proprement divine.

La réalité du monde est absurde et triste, comme le rappelle brillamment ce film qui n’oublie pas d’être délicieusement absurde et drôle, mais la réalité c’est parfois aussi le visage de Vimala Pons (et son short bleu).

Mais ne parler que d’elle serait un bien piètre service à rendre à un film qui ajoute, à la luminosité de son casting, une intelligence et une drôlerie de tous les plans (et de tous les diables).

Vimala Pons (sous l’appellation de Tarzan) retrouve donc Vincent Macaigne, avec qui, sous la houlette du même réalisateur, elle s’était déjà joyeusement illustrée dans " La Fille du 14 Juillet " (2014). Macaigne joue ici Marc Chataîgne, stagiaire au "Ministère de la Norme", envoyé dans la jungle guyanaise pour y suivre les prémices de la construction, financée par des fonds publics vendus aux fonds de pension, d’une station de sports d’hiver indoor ("Guyaneige"). Cette trame pourrait sembler absurde, mais chacun sait que l’on skie déjà à Dubaï (et à Amnéville-les-Thermes).

Grognard d’un monde où "la loi des Etats a laissé la place aux règlements des multinationales", ledit Chataîgne va se démener dans une jungle à peine moins hostile que celle des villes (où finalement, comme il le fait justement observer, on coupe plus souvent des têtes). Entre responsables parfaitement détachés de la réalité, normes absurdes et inapplicables et travail fait par des stagiaires (on croise même le stagiaire de la femme de ménage qui est en vacances), Peretjatko dénonce par le rire et l’absurde un monde qui n’est pas très reluisant et qui marche à l’envers dans les marais boueux.

Chataîgne, au cours de ses aventures drolatiques dans ce territoire humide et vert, croisera diverses figures détonnantes (dont Mathieu Amalric et Pascal Légitimus, parfaitement hilarants), et de nombreuses bêtes sauvages, plus ou moins cruelles (serpents et mygales) ou poétiques (une chenille qui "joue du jazz").

Dans l’enfer vert, tout est physique et pour l’arpenter il a fallu trouver des corps particulièrement agiles et véloces (Vimala !). Et ce d’autant qu’il est notamment demandé au couple de comédiens principaux d’être toujours en mouvement, alternant les états et les humeurs les plus variés. Dans ce cinéma fait à la main, l’empathie avec cette folie environnante est facilitée par les comédiens, et on se sent comme plongé avec les protagonistes dans la moiteur et la beauté de cette jungle (au sein de laquelle on ne serait point trop étonné de croiser le général Alcazar et quelques Picaros).

Le film file plus vite qu’un TGV dans la nuit, mais sait s’accorder toutefois quelques moments de grâce et de rêverie, rappelant que l’amour, le vrai, peut suspendre un instant la frénésie du temps présent.

L’érotisme n’est également pas oublié, et on a rarement autant eu le rire désirant que lors de cette incroyable partie de jambes en l’air sous colossal aphrodisiaque local. Le sexe peut être assez festif et rigolo, on a tendance à l’oublier en ces temps de performance à tous crins.

Le film s’inscrit donc dans l’époque, mais en se refusant catégoriquement au constat misérabiliste geignard (du coup, il n’a pas été sélectionné à Cannes ??). Le message est simple : on s’en sortira par l’énergie, fut-elle du désespoir. La fuite reste possible. Comme me le disait une amie, "un film que l’on voudrait prendre dans ses bras".

Mon cinéma de quartier, dont la réputation n’est plus à faire, a eu la lumineuse idée de recevoir Antonin Peretjatko lui-même pour présenter son film. Il s’est révélé être, sans que cela surprenne, un garçon passionné et drôle, plein d’une envie de parler et de partager le rire et la réflexion qu’amènent son oeuvre.

Une fois tout le monde parti ou presque, on a bu, au bar du cinéma, un verre de jus de gingembre jusque passé minuit pour deviser encore de cinéma.

Il m’a en tout cas assuré qu’aucun stagiaire n’avait été maltraité durant le tournage du film.

Sébastien

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