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Jardin de Sons

John Zorn « Bagatelles Marathon », Philharmonie de Paris, le 2 avril 2017

mardi 4 avril 2017, par Sébastien Bourdon

John Zorn « Bagatelles Marathon », Philharmonie de Paris, le 2 avril 2017

En traversant à bicyclette le parc de la Villette par une belle journée de printemps, comment ne pas constater le manque de pelouse à Paris, il n’en subsiste ici pas un cm² de disponible. Il fait si doux, comment blâmer les habitants de la capitale, ces urbains du nord qui, tels des méditerranéens frustrés, envahissent les jardins au premier rayon de soleil.

Pour ne rien vous cacher de nos péripéties, on a pédalé comme un dératé pour arriver à temps sur place, au péril de son existence. L’exercice est effectivement malaisé au nord de Paris tant les pistes cyclables qui longent les maréchaux se dissolvent dans les travaux de voirie, jusqu’à parfois entièrement disparaître, laissant le cycliste comme perdu dans la circulation automobile, par essence hostile.

Las, ces efforts furent un peu vains, l’ami fidèle et pourvoyeur du précieux billet, s’il est mélomane, n’est pas toujours ponctuel. Nous manquerons donc le tout début du spectacle, prenant la transe en cours. Alors que j’attendais en contemplant pour la première fois de près l’édifice de la Philharmonie, on m’informera de ce qu’on nous laisserait voir le début du concert dans une salle à part, sur un écran. Une sorte de sas de décontamination du réel avant de se plonger totalement dans la musique de John Zorn.

Finalement, le camarade enfin arrivé, grâce à une organisation au cordeau s’incarnant dans un prénommé François, portant teeshirt jaune et veste noire, on nous amène jusqu’au rang « 4 A ». Dès l’entrée dans la salle, on débarque en plein Masada (acoustique) et on reconnaît avec plaisir la frappe du batteur Joey Baron.

John Zorn, au saxophone en ce début du concert, se contentera ensuite de faire le chauffeur de salle, introduisant les artistes avec un enthousiasme féroce. Le concept de cette soirée de clôture d’un week-end qui l’aura vu avec ses divers acolytes arpenter musicalement Paris (Le Louvre, la Cité de la Musique et la Philharmonie) réside en l’interprétation de quelques bagatelles écrites par ses soins. Pour mémoire, en musique classique, une bagatelle est une courte composition sans prétention, dans un style badin et léger. John Zorn en a donc récemment composé trois cents, le garçon est prolixe, mais comme nous allons le découvrir, d’une intensité sonore qui les éloigne quelque peu du concept inventé au 18ème siècle.

Il a donc offert à douze éclectiques formations musicales la possibilité d’en interpréter ce soir quelques unes, le temps de près de cinq heures de concert. Le concert en mâtinée qui se finit la nuit. Les atmosphères vont donc varier au gré de la composition des orchestres.

Acoustic Masada achevé, le concert se poursuit avec deux violoncelles (Friedlander et Nicolas) subtilement dissonants et dont l’étrangeté sonore nous emmène vers des terres certainement obscures.

On vous épargnera un lassant défilé d’épithètes pour décrire par le menu chaque formation présente ledit soir. Un constat s’impose toutefois, la bagatelle selon Zorn est plutôt sévère et opte donc rarement pour le confort auditif.

On bouscule l’auditeur, ce qui n’est pas forcément mauvais, mais l’enchaînement de sets relativement courts empêche de s’installer totalement dans des ambiances aussi diverses. On peut ainsi parfois être surpris par la brutalité intègre (et presque prétentieuse ?) du trio Trigger auquel succèdent les notes dodécaphoniques d’un pianiste solitaire (Craig Taborn). Le buffet est donc copieux et la majestueuse salle de la Philharmonie ne se prête pas forcément à ce type d’agapes.

A l’entracte, on se languira dans une inévitable file d’attente pour boire quelque alcool à un prix prohibitif, mais heureusement, un tel concert étant nécessairement bien fréquenté, on retrouvera à cette occasion quelques amis au goût très sûr.

La deuxième partie de la soirée se révélera plus palpitante, notamment par une ouverture sous forme d’un duo de guitares acoustiques (Lage et Riley). Mais surtout, l’enchantement sera total lors de la prestation d’un merveilleux quatuor, le Nova Quartet (Medeski, Wollesen, Dunn et Baron), qui oublie un temps les dissonances de rigueur pour se consacrer à un jazz vivant, virtuose et coloré.

Las, à cette musicalité ébouriffante succèderont les expérimentations électroniques et solitaires de la japonaise Ikue Mori, dont la prestation se révèlera aussi peu palpitante que possible, avec un effet visuel réduit (si on résume : une petite japonaise derrière un ordinateur, dans la grande salle de la Philharmonie).

Soyons honnête avec nos lecteurs s’ils existent, on a tenu jusqu’au début du onzième set (il n’en restait plus que deux à tenir, c’est idiot), soit près de quatre heures de musique quand même.

Mon voisin de gauche, un garçon venu tout spécialement du froid russe, m’a dit beaucoup aimer mon tee-shirt (Fantomas, période « Suspended Animation »). Même à la Philharmonie, on peut croiser des types qui discutent fringues entre les morceaux.

J’ai enfourché mon cheval à pédales et ai découvert qu’en sus des pistes cyclables si difficiles à repérer – surtout de nuit, il fallait également slalomer entre les miséreux et leurs tentes, une autre forme de brutalité, et qui n’avait rien de musicale.

Sébastien

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