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Inglourious Basterds

lundi 24 août 2009, par Sébastien Bourdon

Le nouveau film de Quentin Tarantino.

Tarantino fait des films étranges, brutaux et bavards. On y discute des plombes et finalement on s’y entretue avec une rare violence en quelques secondes. De ce point de vue, son dernier opus est presque son grand œuvre. Les scènes de dialogue y sont étirées jusqu’à la rupture, au propre comme au figuré.

Tarantino est un grand enfant, il ne se refuse rien, puis finalement il casse ses jouets, c’est -à-dire ses patients assemblages de personnages et d’images. Au visionnage, on en vient à se demander si, au montage, il lui arrive de couper ses films, de réduire ses scènes. Cela posé, il monte ses films, c’est indéniable, Inglourious Basterds est ainsi impeccablement découpé, en chapitres cohérents comme dans un livre classique.

A propos de littérature, en voilà un film écrit. Les dialogues sont ciselés et hilarants. L’histoire retiendra peut-être Tarantino comme un cinéaste intoxiqué de pellicule, mais qui écrit plus qu’il ne filme. Au temps du muet, ce garçon se fut trouvé fort dépourvu.

Mais revenons à la séance : la salle, en ce vendredi d’août désert, était pleine. Habitué à ma solitude audonienne, j’ai commencé par avoir peur des gens qui mangent, qui boivent et qui font du bruit avec leur corps (peut-être même déjà infecté par H1-N1). Finalement, hormis quelques fouilles de gobelets à pop-corn et autres mastications, le public s’est bien tenu, ne m’a pas gâché le plaisir et même, a applaudi à la fin.

C’est beau l’humanité qui se tait devant l’Art.

Parce que voyez-vous, durant la projection, nous avons connu des moments d’intense jubilation, de jouissance intellectuelle à se trémousser sur son fauteuil de plaisir. L’écriture déjà évoquée est portée au sommet par des interprètes grandioses (et impressionnants de multilinguisme). Christoph Waltz n’a pas volé son Prix d’interprétation à Cannes, il est tout simplement sublime, la quintessence de l’ignoble SS, tout en courtoisie désuète et brutalité soudaine. Brad Pitt, qui nous avait récemment fait beaucoup rire dans le dernier film des frères Coen, Burn after reading, se révèle définitivement un grand acteur comique dans un rôle que l’on peut qualifier de composition (il y a longtemps, L’armée des douze singes de Terry Gilliam avait laissé entrevoir une telle possibilité). Et puis il y a des filles, et elles sont belles. Diane Kruger n’est en fait pas uniquement une créature de papier glacé, c’est une actrice aussi.

Mais vous verrez tout ça.

Le plus beau n’est pas là. C’est un film sur l’amour du cinéma, instrument à recoller les pièces éparpillées de la vie. La fiction cinématographique se révèle à même de venger les femmes, les juifs, les noirs, les indiens... du sort abominable que l’humanité réserve souvent aux siens, surtout s’ils sont plus beaux et moins nombreux.

Sinon, je vous aurais volontiers parlé du dernier film de Michael Mann, Public Enemies. Après un week-end harassant, nous nous sommes assis dimanche soir, à la fraîche, dans la grande salle de l’espace 1789, qui contenait joyeusement quatre spectateurs. Lorsque le film a commencé, nous avons constaté avec stupeur que, contrairement à ce qu’indiquait le programme, il était doublé dans notre belle langue. Nous sommes sortis immédiatement, sans déconner la pègre américaine des années 30 en français, c’est n’importe quoi. Ils ne furent donc plus que deux spectateurs.

Sébastien

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