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In A Lonely Place

"Le Violent" de Nicholas Ray (1950)

jeudi 4 janvier 2018, par Sébastien Bourdon

"Le Violent" de Nicholas Ray (1950)

Bogart interprète Dixon Steele ("Dix"), un tâcheron de l’industrie du cinéma, un scénariste soumis à la dure loi de ce milieu, pris entre la nécessité de vivre de son art, au risque de devenir un « vendeur de popcorn », et ses exigences artistiques. On sent en tout cas tout de suite qu’il a connu des heures meilleures, il a la dégaine fatiguée et flotte sur lui comme un parfum mêlé de mauvais whisky et de tabac froid.

Alors qu’un soir, il a emmené chez lui une jeune femme (mais en tout bien tout honneur, du moins semble t’il), cette dernière est retrouvé le lendemain, brutalement assassinée. Evidemment, sa réputation de bagarreur indécrottable amène la maréchaussée à orienter ses soupçons sur lui et il n’a pour seul témoin de cette escapade que sa voisine d’en face, Laurel Gray (Gloria Grahame). Et c’est ainsi que l’on peut tomber éperdument amoureux au commissariat.

De Nicholas Ray, réalisateur de génie dévoré par une culpabilité que la consommation effrénée de drogue et d’alcool n’apaisera pas, Bertrand Tavernier dit qu’il n’était pas une victime du système, mais de lui-même. Le film dont il est ici objet ne parle que de cela, de ce qu’une personnalité troublée et destructrice peut provoquer sur lui-même et les autres.

Dans le film s’entremêlent étroitement la vie réelle du réalisateur et celle de son personnage principal, à tel point qu’il est difficile d’en faire abstraction lorsque l’on refait, si l’on peut dire, le film.

Ce souci de se colleter avec le réel dans ce qui pourrait être un traditionnel « film noir » vaut également pour la peinture qu’il fait de la vie quotidienne à Hollywood du temps de sa splendeur. Il y a de la blondeur diaphane certes (Gloria Grahame bis et ad lib), mais on y voit surtout des gens qui bossent, qui se retroussent les manches sur des bras poilus pour trouver, parfois grâce à l’amour, une issue à leur existence derrière une machine à écrire.

Le film se refuse à tout optimisme hollywoodien, tel qu’on le pratiquait à l’époque, la seule concession qui est laissée au glamour est donc la capacité des femmes à ne pas être décoiffée au réveil, même si elles n’ont point dormi.

Et pour le reste, le ver est dans le fruit et les histoires d’amour finissent mal (en général). Il est vrai que Nicholas Ray filmait ici son épouse (Gloria Grahame donc) et que leur histoire pour le moins tumultueuse ne survécût pas au tournage (en même temps Ray, un garçon délicieux, revendiquait de l’avoir trouvée excitante, mais de n’en avoir jamais été amoureux).

Bogart alias Dix s’interroge sur la place que pourrait trouver une admirable tirade de sa création dans le scénario qu’il est en train d’achever. L’héroïne au cœur finalement brisé la récitera seule à l’issue du film, quand tout sera perdu.

"I was born when she kissed me, I died when she left me, I lived a few weeks while she loved me"

Sébastien

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