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I’m forever there

mercredi 16 mai 2012, par Sébastien Bourdon

Ah, le joli week-end de mai : Schubert à Pleyel, Metallica au Stade de France. Les deux faces d’une mélomanie compulsive.

Pour un démarrage en douceur, commençons par de la « grande musique », avec lieder et sonates de Schubert, interprétés par le baryton Matthias Goerne et le pianiste Christoph Eschenbach (même si en principe, ce garçon fait plus souvent le chef d’orchestre).

Comme toujours à Pleyel, l’atmosphère est cosy. Dans la salle, j’ai ainsi croisé beaucoup d’avocats, en même temps, il y en a plein le quartier, ils viennent en voisins. Ami lecteur, sache qu’il y en aura aussi beaucoup le lendemain au Stade de France, on trouve de tout dans cette noble profession.

Naturellement, le spectacle fut subtil et délicat. Le duo à l’œuvre ce soir impressionne par sa maîtrise, son art parfaitement tenu, même le silence semble se plier à leurs exigences, contraint de se faire musique à son tour. Un bémol tout de même (rires), selon mon entourage qui s’y connaît, le pianiste « savonne » un peu. Il est vrai qu’il restera tout du long plus impressionnant dans la délicatesse que dans les attaques.

Interrompus seulement dans notre écoute par les inénarrables toux entre les morceaux, elles-mêmes ponctués de « chut » exaspérés, nous écouterons tout cela, recueillis comme à la messe. Le lendemain, nous en célébrerons une autre, ou notre participation de spectateur sera autrement requise.

Metallica, un groupe de metal, remplissant le Stade de France en un rien de temps, dans notre beau pays où sévit la chanson française, voilà qui était à peu près aussi envisageable que l’élection d’un Président socialiste dans une nation quand même globalement de droite. Et pourtant, n’est-ce pas, tout arrive…

Ne voulant rien manquer de la fête, nous avons pris nos places voilà des mois, et c’est dès la fin de l’après-midi que nous avons rejoint nos sièges numérotés. Joie supplémentaire, nous sommes divinement placés, côté droit et proches de la scène. Les enfants n’en perdront pas une miette. Cette petite sortie à quatre m’aura coûté le prix d’un week-end dans un Relais et Châteaux, mais ne boudons pas notre plaisir, on en a largement eu pour notre argent.

Les premiers à monter sur scène sont nos death-metalleux du Sud-ouest, les formidables Gojira. Las, le son est aussi exécrable que le groupe est enthousiaste et talentueux. Du coup, le plaisir est un peu gâché, le genre déployé sur la scène souffrant difficilement un son approximatif, avec des basses écrasant globalement l’ensemble. L’émotion palpable et exprimée de ces garçons de jouer en première partie de Metallica dans une enceinte aussi prestigieuse rattrape ce bémol (rires encore) et nous sommes quand même heureux de les revoir. Leur prochain album s’appelle « L’enfant Sauvage », une référence à François Truffaut à n’en pas douter, ce qui nécessairement me réjouit. A réécouter en des lieux plus propices.

Suit la bizarrerie de la journée, le duo électro-rock, The Kills. Si le groupe est composé d’un guitariste et d’une chanteuse, l’habituelle boîte à rythmes (!!) est cette fois suppléée par six percussionnistes. Je sens que je vais en fâcher quelques uns (et en réjouir d’autres), mais c’est du rock pour défilés de mode (d’ailleurs le guitariste est marié avec Kate Moss). On peut certes leur reconnaître un certain courage face à ce qui risquait de s’apparenter à un lynchage en règle, ils ne jouent en effet pas au bon endroit, pas au bon moment et certainement pas devant leur public habituel. Ils ne seront finalement que gentiment moqués, mais que cette prestation m’a semblé bien plate et prétentieuse. Tant qu’à faire venir du rock de podium, j’aurais préféré Gossip, c’eût été certainement plus rigolo.

Lorsque Metallica se présente en ville, j’y vais, voilà nombre d’années que cela dure et j’ai ainsi manqué peu de rendez-vous avec cette gigantesque machine à émotions. Le groupe a organisé cette petite tournée européenne pour fêter les vingt ans de leur plus grand succès à ce jour, le Black Album (1991). Quand on aime, on a toujours vingt ans et c’est donc à guichets fermés que cela se joue, Stade de France inclus (74 000 places vendues).

Je suis obligé de l’avouer, je ne suis pas un fan de la première heure de Metallica, de ceux qui ont secoué leur tête en tous sens lorsqu’est sorti Kill ’em All en 1983, mais je leur resterai sans aucun doute fidèle jusqu’à la dernière. Il s’avère que, comme nombre de béotiens, j’ai découvert ce groupe avec ledit Black Album. Ce disque, vu à l’époque par certains fans historiques comme un inacceptable virage commercial, a fait directement entrer le groupe dans le panthéon de mes idoles musicales, pour n’en plus jamais sortir. Pour des millions de personnes, il fait partie des « disques qui ont changé votre vie », moi inclus. Aujourd’hui encore, l’écoute de ce disque vendu à 30 millions d’exemplaires (chose inimaginable de nos jours), fascine. La qualité de la production (Bob Rock) - certes un poil clinquante - et l’alignement de tubes forcent le respect. Il s’agit indéniablement d’une œuvre de pop music majeure, souvent imitée, jamais égalée.

Ceci posé, au-delà de l’indéniable qualité de leur production discographique (avec des choses discutables, j’en conviens), l’expérience scénique reste immanquable. Peu de groupes savent offrir à leur public de tels moments de communion, de joie et de plaisir. Metallica, c’est sur scène que ça se passe. Lorsque la lumière s’éteint, que sur les écrans sont projetées les images finales du film « Le Bon, la Brute et le Truand » (Sergio Léone) et que retentit la musique dudit opus (Ennio Morricone), déjà entonnée à pleine voix par une foule en délire, on le sait, le doute n’est pas permis, on va vivre un moment magnifique. Le groupe est grand et son public ne l’est pas moins. Comme l’a découvert récemment mon excellent collaborateur – le Jeune – le public métal est « le meilleur des publics ».

C’est ainsi que l’on devient totalement dépendant à Metallica et que, déjà, des semaines avant, l’on sent en soi monter la ferveur pour ce spectacle. Et c’est justement la force d’un tel concert, cette débauche d’affection sur scène vers le public, et vice-versa.

Dans les circonstances décrites, le groupe est monté sur scène sur « Hit The Lights », morceau qui ouvre leur premier album Kill ‘em All. En effet, avant d’aborder le gros morceau, le « Black Album » (vous suivez un peu oui !), Metallica s’est fendu d’une courte promenade au sein de son répertoire. C’est ainsi que s’en est ensuivi l’implacable « Master of Puppets », mètre étalon du thrash metal progressif, qui met invariablement le public en transe (« Master, Master, where’s your dream that I’ve been after ? »). Au milieu des ces vieilleries toujours enthousiasmantes, le groupe a glissé un titre récent, extrait de leur remarquable EP Beyond Magnetic (2011), « Hell and Back ». C’est aussi de cette manière que Metallica nous surprend encore, en jouant des choses inattendues, dans un contexte où il serait peut-être prudent de se cantonner aux tubes. Nous sommes quand même dans un stade et il fait franchement frais pour un mois de mai.

Du Black Album joué en intégralité, le fan a tiré sa joie d’entendre des choses jamais jouées sur scène comme « My Friend of Misery » ou « Struggle Within ». L’on pouvait légitimement craindre que les vingt années passées aient quelque peu entamé la capacité à jouer ces titres peu évidents et abandonnés sitôt enregistrés. Il n’en fût rien, nos Four Horsemen ont fait preuve d’un bel allant, presque comme au premier jour et nous ont joué tout cela avec un enthousiasme à peine entamé par les quelques pains disséminés ça et là. Lars Ulrich, ci-devant batteur de la formation, musicien dont on se gausse souvent pour ses approximations fréquentes, s’il a persisté dans les accidents occasionnels, a fait montre d’une rage et d’une énergie qui m’a rappelé les concerts des années 90 (autant dire le siècle dernier).

L’album noir étant riche en tubes, la foule s’est légitimement enthousiasmée bruyamment pour ses douceurs comme « Nothing Else Matters » ou « The Unforgiven », mais n’a pas oublié pas de lever le poing et de secouer rageusement la tête sur les hymnes « Enter Sandman » et « Sad But True » (« You wan’t heavy ? Metallica gives you heavy ». On ne saurait mieux dire James). Le tout en chantant, c’est tout de suite plus gai.

La mise en scène s’est quant à elle révélée sobre mais chic. Quelques explosions, mais point trop, et de très beaux éclairages (à noter les lasers sur « One »). Face à ce spectacle propice à l’émerveillement, mon fils cadet me saisira par l’épaule pour me dire : « Papa, on ne dirait pas que c’est un concert, on dirait que c’est une ville brillante ».

A la fin du concert, après l’inévitable « Seek and Destroy » dans le stade illuminé, avec lancer de ballons (noirs, quand même), comme à son habitude, le groupe a semblé incapable de se décider à quitter la scène. Et chacun d’y aller de son mot gentil au micro, de serrer des mains, de lancer des baguettes et médiators. Metallica s’attarde toujours, adressant saluts et remerciements, savourant, à l’instar de son public, le plaisir d’être là. Pour un peu, on aurait presque l’impression d’être en club, avec la possibilité de prendre un verre avec eux. La proximité dans la distance, jolie oxymore.

Je n’ai rien acheté au merchandising (qui était tout à la fois pauvre et cher, un comble). Mais l’éco-gobelet Metallica trône sur mon bureau.

Sébastien (en direct de son petit nuage plombé).

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