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Hymne à la Joie

Ghost (+ Dead Soul) - La Cigale, le 7 décembre 2015

jeudi 10 décembre 2015, par Sébastien Bourdon

Ghost (+ Dead Soul) – La Cigale, le 7 décembre 2015

Alors que le concert n’a pas encore commencé, retentit dans les enceintes de la salle une annonce détaillant par le menu l’emplacement des sorties de secours, une première dans ma vie de mélomane. Le climat a changé, même si l’hiver persiste à rester bizarrement doux.

Il est vrai que nous sommes encore très proches du terrifiant 13 novembre 2015. Est affiché au stand du merchandising un portrait du défunt Nick Alexander, garçon qui a laissé sa vie au Bataclan, quand il n’était là que pour vendre des tee-shirts. Ce sont ces petites choses qui encore, et pour longtemps sans doute, nous piquent un peu les yeux en entrant dans les salles de concert parisiennes, nonobstant la joie intacte et comme renforcée d’être là.

En effet et paradoxalement, il est possible que ces événements abominables aient ajouté un supplément d’âme à nos soirées musicales, même si de cela on aurait pu se passer, tant elles n’en manquaient de toutes façons pas.

La première partie est assuré par Dead Soul, groupe à la configuration minimaliste puisque composé de deux guitaristes et d’un chanteur. On note également l’omniprésence de programmation et boucles, qui prennent beaucoup le pas dans le mix, alors que personne n’en joue. Le chanteur a une belle voix, la musique est bonne, et tout ça n’est pas sans rappeler le Southern Death Cult, Joy Divison ou les Sisters of Mercy, nonobstant la qualité inégale des compositions jouées ce soir. En tout cas, cette mise en bouche nullement convenue confirme, si besoin était, le goût et la curiosité intellectuelle du groupe « metal » le plus en vogue du moment.

A la fin de la première partie, la salle est pleine comme un œuf et dans la sono, Neil Young chante « Keep On Rockin In A Free World ». Tout un programme, auquel il conviendra de se tenir.

A peine la longue, et déjà classique, majestueuse introduction précédant l’entrée de Ghost achevée, frappe d’emblée l’évolution qui a gagné le groupe. Alors qu’il jouait par le passé sur une relative solennité (pince-sans-rire certes), Ghost a pris un sacré virage et mise maintenant sur l’énergie et la communication systématique avec le public, pendant, comme entre les titres. C’est ainsi que Papa Emeritus nous interpelle par un « France !! Vive la liberté !! » avant de replonger dans leur envoûtant et joyeux répertoire (« Ritual »).

Ensuite, pour les avoir déjà vus quelques fois, force est de constater que le groupe joue beaucoup plus fort et tendu que par le passé. La formation suédoise semble s’être sacrément aguerrie et musclée. Les deux guitaristes jouent et se répondent avec une vigueur et une aisance particulièrement notables. Quant au nouveau batteur, il semble pour sa part avoir quelque chose à reprocher à ses fûts et cymbales tant il les malmène.

Devant cette démonstration de maîtrise et de force sur scène, l’évidence frappe : le monde est à eux, et dans la salle conquise, les dévots hurlent leur plaisir de voir ce règne venir.

Le set se poursuit donc avec une aisance fascinante. C’est à ne pas y croire, tout passe, tout fonctionne. Un enchaînement de tubes, que tout le monde chante à gorge déployée. À l’écoute, on est encore, si besoin était, frappé par la qualité des compositions mais aussi par cette capacité à subtilement dérégler le format pop song par des arrangements inattendus (« Ghuleh/Zombie Queen », « Cirice »), voire par une interprétation entièrement acoustique (« Jigolo Har Megiddo »).

Comme évoqué, Papa Emeritus opte maintenant pour la complicité facétieuse et potache, se mettant le public dans la poche. L’abandon de l’inénarrable tenue d’évêque en cours de concert pour une queue de pie sans couvre-chef joue sans doute aussi dans cette sensation de proximité, nonobstant masques et maquillages toujours présents. De fait, on s’est délecté d’une ambiance de concert comme on n’en avait pas connue depuis fort longtemps.

Les membres de Ghost sont suédois, européens comme nous, et leur joie, leur enthousiasme et leur implication nous ont touché plus que de longs discours pénétrés. Personne n’a manqué à l’appel, adultes et enfants ont bruyamment exprimé une joie que les vents mauvais ne parviennent toujours pas à éteindre.

Une soirée enchantée, mais hantée, du coup quoi de mieux que Ghost pour l’incarner ? Car ceux qui savent, le fredonnent, « If you have Ghost, you have everything ».

Sébastien

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