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Hibernatus

« Dark Shadows » de Tim Burton

mercredi 6 juin 2012, par Sébastien Bourdon

Quand on est un auteur reconnu, à chaque nouvelle sortie, il en est pour s’interroger sur les honneurs précédemment reçus et s’ils sont mérités à la lumière du dernier ouvrage. Tim Burton entre indiscutablement dans cette catégorie. Est-ce un grand cinéaste ou un habile faiseur ? Y a t’il du fond dans son œuvre, ou se contente t’il d’user jusqu’à la corde une imagerie gothique déjà amplement recyclée ? A tout cela, il appartient à chacun d’apporter sa réponse, qui relève finalement souvent du j’aime ou je n’aime pas Tim Burton. Conscient de l’éventuelle légèreté de l’œuvre, j’avoue ne pas bouder mon plaisir devant ses films.

Il est vrai que le dernier effort en date ici évoqué est loin de constituer sa plus belle réussite, même s’il est possible de passer un bon moment à son visionnage. Adapté d’un téléfilm américain de la fin des années 60, il nous est narré les aventures d’un riche marchand du 18ème siècle dans le Maine, victime d’une malédiction ayant fait de lui un vampire, finalement enterré durant près de deux cents ans. Des travaux de canalisation le libèrent de cette infortune et le voilà de retour dans sa ville, mais au début des années 70, dans un monde devenu étrange et inconnu. Voilà indéniablement une histoire propre à l’humour et au morbide, deux domaines où excellent Tim Burton.

Sur la plan visuel, c’est une fois encore très réussi, même si l’on frise parfois le trop-plein, on doit vraiment avoir peur à Hollywood que le spectateur américain ne s’ennuie. Mais il faut bien reconnaître que Tim Burton arrive une fois encore à placer ses angoisses et obsessions dans un divertissement plutôt familial, son regard n’est donc pas encore complètement mangé par la machine. L’ouverture du film est notamment superbe, renouant avec une de ses plus grandes réussites, « Sleepy Hollow » (1999).

Les acteurs sont formidables, on retrouve notamment avec plaisir Chloë Moretz, découvert en « Hit-girl » dans le drolatique « Kick-ass » (Matthew Vaughn – 2010). De plus en plus féminine, en adolescente rebelle, elle crève l’écran et on aurait aimé qu’elle soit présente plus encore. C’est sans doute un peu la première faiblesse de ce film. La série télévisée constitue le creuset idéal pour développer des personnages. Sa réduction en temps au format cinématographique empêche cet exercice et l’on se trouve ainsi frustré qu’il ne soit pas fait encore plus de place aux personnages assez réussis, incarnés notamment par Michelle Pfeiffer ou Helena Bonham-Carter, toutes deux habituées à l’humour noir de Burton et remarquables l’une comme l’autre de présence et de séduction vénéneuse. Notons au passage que chez Tim Burton, l’actrice américaine a le droit de dépasser 32 ans, c’est suffisamment rare pour le signaler.

Même brillamment filmé et interprété, le film souffre également de quelques longueurs et d’une difficulté à prendre parti, sans quand même parvenir à devenir consensuel. Est-ce ignoble de dévorer autrui quand on est un vampire désuet et drolatique (impeccable Johnny Depp) ? Faut-il se refuser à une belle roturière aux allures de bougresse et ne se croire capable que d’aimer une bourgeoise diaphane et éthérée ? Tim Burton, pourtant fasciné par la coupure, se refuse à trancher et peine à trouver le ton.

En réalité, ce plaisant divertissement pêche surtout par le choix de l’actrice interprétant l’abominable sorcière qui maudira éternellement le vampire Barnabas Collins pour s’être refusé à l’aimer. Ce rôle délicat est interprété par la sublime Eva Green. On peut croire aux vampires, à l’immortalité, mais à l’impossibilité de tomber amoureux de cette somptueuse tentatrice au regard de feu et aux formes voluptueuses, il ne faut tout de même pas exagérer.

Sébastien

P.S. à noter également une belle apparition d’Alice Cooper, dans son propre rôle. L’utilisation du titre « The Ballad of Dwight Frye » plutôt que l’inévitable « School’s out » fait montre une fois encore du goût très sûr de Tim Burton.

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