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Hallo Spaceboy !

vendredi 22 janvier 2016, par Sébastien Bourdon

David Bowie à peine redevenu poussière, voilà qu’apparaît dans notre système solaire une neuvième planète jusqu’alors inconnue. Comment ne pas voir un ultime clin d’œil de la star défunte en cette incarnation inattendue de la Blackstar qu’il nous a chanté être devenu, avant de soudainement disparaître. Jusqu’au bout ce divin anglais aura su être élégant et un peu magique.

Dans l’album « The Next Day » (2013), qui a précédé le dernier en date, David Bowie chantait ne pas être vraiment mourant et s’interrogeait sur ce que serait le jour suivant, le suivant et un autre jour (« The Next Day »). Il a conclu son suivant et dernier disque, « Blackstar », en chantant l’impossibilité de tout laisser partir (« I Can’t Give Everything Away »). Empruntant de parfois bien subtils détours, il n’a finalement pas caché grand-chose à ses auditeurs, pour peu qu’on lise un peu entre les lignes.

Ceci posé, comment deviner la mort au travail chez cet être si multiple et changeant, surgissant et disparaissant comme bon lui semblait et surtout, jamais comme tout le monde. La force de sa présence et de ses idées fait que rares sont ceux qui ont oublié leur première rencontre avec l’artiste. Pour ma part, le petit garçon de neuf ans n’a jamais réussi à effacer le choc provoqué par la vision du clip « Ashes to Ashes » (1980) à la télévision. Sans parler de ses premiers pas de danse en boum sur un « Let’s Dance » aussi énergique qu’intimidant.

Redécouvert bien plus tard, en remontant plus haut dans sa carrière tout en s’attachant à suivre méthodiquement la sortie régulière de ses disques, se plongeant ainsi dans l’infinie variété de ses travaux, il était impossible de ne pas virer au fan béat. Engagé dans un rebondissement permanent, mouvement perpétuel de construction d’une œuvre globale et singulière, Bowie a réussi à charmer la Terre entière ou presque, forçant au passage le mainstream à digérer ponctuellement l’avant-garde.

Dès le vendredi 8 janvier, date de la sortie du nouvel album, presque rituellement, je me suis rendu dans un endroit où l’on peut acheter les disques en vrai. J’ai à cette occasion résisté à la tentation de l’acquérir sous toutes les formes existantes tant l’objet était beau et grande la joie de le voir exister. Je me suis contenté du CD, pour pouvoir l’écouter partout. Le week-end fut donc notamment consacré à l’écoute de l’opus, faisant résonner les murs d’une musique si intense. Quelle étrange sensation de découvrir dès le lundi matin que cette musique si vivante était désormais celle d’un mort. Si l’atmosphère de l’œuvre est lugubre, on ne s’était pas fait à l’idée du trépas.

Puis Internet s’est emparé du mort, à charge pour chacun, face à ce déferlement émotionnel, de se faire son petit deuil dans son coin. Une journaliste de ma connaissance se demandait, à lire les posts de gens dont on découvrait que David avait toujours été leur idole (les vrais fans sont moins nombreux et se reconnaissent vite), si ces éplorés virtuels avaient eu à connaître dans leur vie la perte d’un vrai proche. Peut-être qu’il en est certains pour qui cette disparition sublime celles plus tangibles de gens réellement connus et aimés. Ainsi, David Bowie, qui nous aura tant donné de son vivant, persisterait même dans l’effacement à s’incarner dans nos existences terrestres.

« This chaos is killing me ».

Sébastien

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