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Great expectations

« La guerre est déclarée » de Valérie Donzelli

jeudi 15 septembre 2011, par Sébastien Bourdon

Autant l’écrire tout de suite, l’auteur de ces lignes a vécu – toutes proportions gardées - des situations similaires à celles rencontrées par les protagonistes de ce film. Le simple fait de regarder la bande-annonce me nouait la gorge. Mais si je n’ai peut-être point voulu le manquer, c’est justement parce que ces quelques images m’ont semblé profondément justes. Et à cause du titre du film. Lorsque vous arrivez, par un petit matin blême, aux urgences hospitalières de Robert Debré avec votre enfant dans les bras, il est évident que « la guerre est déclarée ».

Et je me souviens qu’en sortant de l’hôpital, on allait souvent au cinéma. Bref, j’avais envie de voir ce film. Même si on allait sans doute user pas mal de mouchoirs.

C’est un film d’action, une guerre se mène par le mouvement, si on s’arrête, on meurt, comme un Poilu coincé dans sa tranchée. L’agitation permanente du couple renvoie parfaitement à cette image de résistance par l’action. On court, on bouge, on parle, on se bat. C’est ainsi que même la longue attente devant une salle d’opération ne saurait être immobile. L’angoisse investit le corps, lui imprimant une gestuelle parfois désordonnée. Et puis, de temps en temps, on s’effondre dans les bras de l’autre, chacun à son tour. Mais comme dans un Chaplin, si les gens tombent, c’est pour ensuite se relever, pour résister.

Le film ne se trompe pas dans sa description des rapports de couple, mais aussi dans les relations dudit couple avec les autres. L’amour et la maladresse, la souffrance qui gagne les proches, dans un partage qui soulage mais qui se révèle aussi un poids supplémentaire, car il faut aussi consoler les autres de ce qui provoque déjà tant d’angoisse en soi. Mais une fois encore, c’est dans cette adversité que l’étincelle la plus essentielle de vitalité se trouve.

Et puis, ce n’est pas parce que votre enfant est malade qu’il vous est interdit de reprendre le rire des premiers temps, de faire de la luge et de danser. La vie ne s’en laisse pas compter si facilement. Car cela peut être long d’être rassuré sur le sort de son enfant. Quand des années plus tard, le chirurgien vous dit « on n’a maintenant plus besoin de se revoir », le soulagement est immense, même si l’on sait intimement qu’une inquiétude sourde ne vous quittera plus jamais (« 39-45 » n’a-t-il pas suivi « 14-18 » ?).

Dans ce cadre est ainsi rendu un hommage appuyé à l’hôpital public. Capharnaüm parfois énigmatique, mais endroit à même de sauver des vies, fourmillant de gens dévoués même si souvent un peu abrupts. En cela, le film ne se refuse pas à un engagement presque politique, pour défendre une certaine idée de l’Etat providence.

Le film respire avec la musique, nécessaire soupape à ce réel écrasant. La bande originale est d’ailleurs de très bon ton, mélangeant Vivaldi et Bach, Ennio Morricone avec Laurie Anderson, Luis Bonfa – « Manha do Carnaval » ! – et Higelin – « Je ne peux plus dire je t’aime ». Comme le GI va écouter Metallica avant de monter dans son char, avec de la musique, la vie est plus supportable.

Enfin, s’il s’agit d’une fiction née d’une terrible confrontation avec la réalité, Valérie Donzelli n’entendait pas réaliser un film documentaire et n’oublie ainsi pas de faire œuvre de cinéma. A chaque plan jaillissent des idées de cadre, de photographie, de mise en scène.

Sur ces bases solides, le film réussit la prouesse d’être bouleversant sans jamais être larmoyant. Suprême élégance, le film est également franchement drôle.

Dans une interview récente, Valérie Donzelli disait qu’elle aurait aimé rencontrer François Truffaut. Tout est dit.

Sébastien

P.S. Sinon, vous pouvez sûrement aller voir un des deux « La guerre des boutons », sortis quasi simultanément, évènement qui laisserait à penser que le cinéma français est moribond. Mais en fait il n’en est rien puisque Valérie Donzelli fait des films. Jusqu’ici, tout va bien.

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