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Good Planet

"Human" de Yann Arthus-Bertrand

lundi 8 juin 2015, par Sébastien Bourdon

« Human » de Yann Arthus-Bertrand

Durant le cocktail qui a précédé cette projection réservée à quelques happy few (dont votre serviteur), nous avons devisé de choses diverses avec des gens variés. Entre un verre de rouge et une tartine d’un délicieux jambon espagnol, nous tombions notamment d’accord sur le fait que la génération de nos enfants se distinguait par une grande taille à venir, événement inéluctable confirmé par la pointure de leurs pieds (on a de sacrées discussions dans les cocktails). Pas scientifiques pour un sou, nous attribuions cette situation à l’amélioration globale de l’alimentation et de la médecine, constatant par ailleurs que ce progrès ne s’accompagnait malheureusement toujours pas d’efforts significatifs de l’humanité pour cesser un peu de se mettre sur la gueule à tout bout de champ (le cerveau reptilien ne donne pas franchement de signes de faiblesse).

Sans le savoir, nous avions ainsi abordé le sujet même du dernier film de Yann Arthus-Bertrand dont la projection suivait ces modestes agapes. Ce dernier, avec une volonté revendiquée et assumée d’une certaine candeur, est parti ici à la recherche de nos semblables sur toute la planète, pour les interroger notamment sur le sens de l’existence (entre autres vastes sujets, tels que la guerre, la famille, l’amour etc.). L’idée qui sous-tend l’ensemble est évidemment de s’attacher surtout à ce qui nous rapproche plus qu’à ce qui nous désunit, cette évidente proximité avec nos semblables semblait d’ailleurs au cours de la projection surgir naturellement du flux de paroles des intervenants.

Il convient de préciser que ne nous a été montrée qu’une copie de travail d’une heure et vingt minutes d’un film qui devrait compter plus de trois heures. Ceci posé, le concept du film étant invariable, même trop courte, cette projection donnait indéniablement la possibilité d’apprécier la richesse et la beauté de l’œuvre.

Le film alterne ainsi entre les plans fixes sur les visages des interviewés avec des images plus époustouflantes les unes que les autres de paysages de notre planète. Il est vrai que sur ce dernier point, l’auteur est pour le moins un spécialiste, filmer et photographier la beauté du monde (fragile) étant si l’on ose dire, son fonds de commerce depuis de nombreuses années, avec un immense succès indiscutable. Le film se distingue ensuite par une volonté assumée de refuser tout didactisme, l’identité des intervenants n’est ainsi jamais révélée, ni même le lieu et le temps de l’interview, pas plus que nous ne saurons où a pu être filmée là cette incroyable cascade ou bien cette pyramide humaine et festive. Ce procédé vise à faciliter plus encore l’identification du spectateur.

Il est vrai que si l’on peut souvent deviner à la langue ou à la tenue les localisations géographiques de ces êtres, l’idée est en fait surtout de les aborder par un biais universel : quoiqu’ils aient fait, où qu’ils soient, ils sont à notre image, rien ne les distingue de nous. De Tahiti à Tombouctou, tout le monde a un visage, tout le monde a une histoire, et il est pertinent pour chacun, celui qui parle, celui qui écoute, de se montrer ainsi aux autres dans son humanité et son universalité.

Pour ce faire, rien n’est écarté, l’effroi, le rire comme les larmes, et les ralentis sur les paysages somptueux. On pourrait être un peu agacé par le caractère systématique de cette construction, vouloir conserver un peu de son cynisme, mais peine perdue, il est impossible de résister à cette évidente beauté de tous les instants. Ces courtes interventions font surgir à l’écran des visages jusqu’alors inconnus et qui, en quelques secondes à peine, nous deviennent, juste pour un instant familiers, comme si nous appréhendions parfaitement leurs propos, rendant évident chez nous la possibilité pour nous de les tenir, dans une autre vie, dans un autre contexte. Il y a en nous de l’assassin noir-américain comme de la rigolarde grand-mère birmane, nous pourrions être l’un comme l’autre, je suis d’ailleurs certain qu’il doit y avoir au moins une chanson de Maxime Le Forestier sur ce sujet (sic).

Ce film a pour vocation d’être montré au plus grand monde possible, il ne vise aucun profit financier, afin peut-être de faciliter un peu l’existence de tous puisque nous vivons ensemble au même endroit. Il n’y pas d’explication au miracle de la vie, aux matins du monde, il y a surtout lieu de tenter de s’en réjouir ensemble, si difficile soit l’exercice.

Sébastien

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