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God hates us all

jeudi 21 avril 2011, par Sébastien Bourdon

Manu Larcenet est un auteur de bandes-dessinées. Pour le moins prolixe et éclectique, il publie beaucoup, dans des genres très divers, de la veine humoristique Fluide Glacial (d’où il vient), à des choses intimes, parfois drôles (le best-seller « Le retour à la Terre »), parfois plus graves et mélancoliques (« Le Combat Ordinaire »).

Il a quelque peu interrompu le flux continu de sa production pour entamer son grand œuvre en noir et blanc : « Blast ». Le tome deux vient de paraître et je peine à trouver lecture plus intense, s’agissant surtout d’un ouvrage avec des dessins et des bulles. C’est l’histoire d’un homme très gros et très seul, que l’on accuse d’avoir sauvagement assassiné une femme, sans plus de détails à ce stade de la progression de l’histoire. Il est au commissariat, interrogé par deux policiers. Et il livre le récit d’une incroyable errance en territoire français.

Avec distance, cet étrange bonhomme décrit son projet d’abandon absolu de soi, seul dans la nature et vautré plus que de raison dans l’alcool (ou autre substance). Le but étant de parvenir au « blast », à une sensation de plénitude totale. Sans jamais se départir de son intelligence et d’un regard subtil sur le monde de ses semblables, il raconte inlassablement, jusqu’à l’écœurement, à des policiers qui n’écoutent ce long récit que pour essayer d’y tirer des éléments leur permettant d’avancer dans leur enquête.

Rien de ce qui fait l’être humain et sa malédiction ne nous est épargné dans cet épais album à la beauté indiscutable et singulière. Le sang, la sueur, les larmes, avec des instants d’une beauté totale dans lesquels notre étrange héros se vautre absolument. Il en est notamment ainsi d’un concert de plein air dans lequel il se trouve un peu par hasard, fuyant pourtant la foule depuis le début de son odyssée. Larcenet est mélomane au sens où je l’entends et dessine ici quelque chose qu’il connaît parfaitement. Et je n’ai, je crois, jamais vu ce que c’est qu’une expérience de concert de musique brutale et intègre aussi bien décrite. J’ai immédiatement pensé à des sensations rencontrées lors de concerts de Tool, Mastodon ou Gojira (et tant d’autres). Du son produit par les instruments jaillissent la nature et l’intensité du monde. On est comme rempli.

On termine ce deuxième volume secoué et mélancolique, mais riche d’une expérience indiscutablement littéraire, avec déjà l’attente du troisième volume chevillée à l’âme.

Dans un autre genre, la vision du documentaire de Patrick Rotman sur Mitterrand me fascine littéralement. Le génie politique, mais aussi le génie littéraire et surtout le refus de se laisser abattre. Comme le dit Rousselet, Mitterrand s’intéressait à la politique, mais à tant d’autres choses encore. A la vie en fait. Bien sûr, le personnage peut paraître révulsant (surtout si on est de droite !) avec son art consommé de tourner habilement sa veste. Mais voilà, ma vision n’est certainement pas objective, ce personnage, lorsque j’étais enfant, a incarné pour partie les rêves de mes parents. Mais du rêve à l’illusion perdue, il n’y avait un pas qui a été franchi.

Ceci posé, à l’époque, force est de constater que l’on savait écrire et s’exprimer. La vie politique n’était peut-être pas plus propre, mais elle était mieux tournée.

Sébastien

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