Par un prompt renfort de deux, c’est finalement à onze que nous nous rendîmes - difficilement, les voitures c’est encombrant, la Kangoo était devenu un truc dont on voulait se débarrasser et on ne pouvait pas - au Parc des Princes.
Après des tours et détours et une longue course dans le Bois de Boulogne, nous arrivons dans le stade au moment où les premières notes de « Behind The Lines » retentissent. J’en frissonne en courant joyeusement dans la fosse, Collins commence derrière la batterie, c’est un excellent présage. Avec des extraits de « Duke » (1980), c’en est un autre, non moins excellent. Le concert me permettra de gentiment vérifier que, même vieux (57 ans), même après une pénible carrière de chanteur de variétés, Phil Collins reste impressionnant dès qu’il s’assied derrière un kit.
Je le sais bien, dès qu’il s’agit de ce groupe, je dois me battre contre moi-même pour rester objectif. En effet, voilà plus de 20 ans que je les aime et les écoute toute période confondue. Avec Gabriel, c’était la démesure, le théâtral, mais également un raffinement musical que le groupe n’a plus qu’effleuré ensuite. Avec Collins, l’énergie existante se fait plus primaire, plus efficace, le batteur devient un chanteur indiscutable, capable d’exprimer une grande palette d’émotions. Bref, je ne jette rien ou alors pas grand-chose de ce groupe et pire, je l’assume.
Alors que j’écoute l’enregistrement dudit concert avec un immense plaisir je me souviens que j’appréhendais presque de les revoir 15 ans après. L’écoute du disque me ferait presque le même effet : ai-je eu une juste appréciation de cette soirée, la vérification audio ne me fera t’elle pas revenir sur ma merveilleuse première appréciation ?
Je vais néanmoins tenter un exercice d’exemplaire sobriété. Ce groupe ayant une discographie impressionnante, dans laquelle il piochera abondamment sur cette tournée, le plus simple est peut-être de narrer ce concert en passant par la set-list :
Behind The Lines/ Duke’s End : je l’ai déjà évoqué en début d’article, je n’y reviens pas, cette introduction est impeccable.
Turn It On Again : morceau à l’efficacité indiscutable, en plus allégé sur cette tournée 2007 du pénible medley de standards rock et rhythm and blues que le groupe s’est senti obligé de nous asséner durant leurs précédentes apparitions.
No Son Of Mine : morceau récent (1991), donc, voilà, c’est plaisant, mais soyons honnête, c’est pas terrible. On fait des « hoho » avec Phil à la fin, parce que bon, quand même on est content.
Land Of Confusion : voir au-dessus. On fait encore des « hoho », mais n’y revenons pas.
Medley : In The Cage / Cinema Show / Duke’s Travel /Afterglow : Les choses sérieuses commencent. C’est sublime, c’est enlevé, c’est technique et entraînant, seul regret, la nuit eût sied à de telles ambiances et il fait encore grand jour. Un autre regret, Phil ne chante pas le thème de « Guide Vocal » (plus beau morceau court du monde) sur « Duke’s Travel ». Il est vrai que lorsque ce morceau était joué sur scène au tout début des années 80 (sur une seule tournée sauf erreur), il quittait son kit pour le chanter avec une belle intensité, avant de retourner derrière ses fûts pour « Duke’s End ».
Phil finit par quitter sa batterie pour chanter « Afterglow » ("The meaning of all that I believed before escapes me in this world of none, no thing, no one"). Bon là, je pleure presque mais je suis pudique, il fait jour quand même, je me contiens. En plus, ma chère et tendre, moqueuse, n’arrête pas de se retourner pour voir si je verse des larmes.
A la réécoute sur le disque, pour merveilleux que cela soit, c’est tout de même joué un peu plus lentement qu’à l’origine ce qui rend moins impressionnantes les parties de batterie.
Hold On My Heart : Comme une envie d’un concert de black metal, comme ça d’un coup. Ce morceau est une bouse qui tombe justement comme une merde après l’exceptionnel medley de vieux titres interprété juste avant.
Home By The Sea : J’ai douze ans, mon père rentre dans ma chambre et m’offre une cassette. Et ce soir, ce titre extrait de ladite cassette, cette histoire de fantômes réveille la fin de mon enfance.
Follow You Follow Me : Titre chiant, même si Collins pour la première fois depuis longtemps chante et joue de la batterie en même temps, et surtout pas adapté à une interprétation en stade. Sur disque, cela redevient un peu plus plaisant, mais très léger tout de même.
Firth Of Fifth : Le Genesis totalement lyrique, démesure et envolées de guitare vers le ciel gris de la porte d’Auteuil. Le genre de morceau qui a sûrement contribué à la naissance du punk (mouvement finalement beaucoup plus snob que le rock prog), mais là, je crois que je suis totalement parti, c’est juste dément.
I Know What I Like : le seul tube radio de l’époque Gabriel, je me régale toujours de cet étrange single bourré d’humour anglais (« Listen son, you’re wasting your time, there’s a future for you in the fire escape trade, come up to town »).
Mama : Voir commentaire après « Home By The Sea ». Sinon, le « hahaha raaaaahhh » m’a toujours fasciné et Collins nous le sort très bien. En plus, la nuit tombe et ça prend de l’ampleur.
Ripples : A nouveau, un risque de larmes que je maîtrise brillamment. A la réécoute, sur le live dudit concert, je contiens encore plus mal mon émotion. Jamais je n’aurais imaginé entendre ce titre en live, le cadeau est somptueux.
Throwing It All Away : Comme une soudaine envie de concert de Pantera ou de Slayer. En plus, des caméras filment au hasard dans le public et on nous impose la vision sur l’écran de beaufs ravis, c’est extrêmement putassier.
Domino : Le genre de truc qui passe bien en concert mais pourquoi avoir encore aujourd’hui bloqué le son des instruments sur l’époque où ce titre a été enregistré (1986, brrrr...). Chester Thompson nous fait un travail magnifique sur une batterie en bois mais elle est séquencée en horribles sons électroniques.
Drum Duet/ Los Endos : Bon là, rien à dire, on frise la perfection. Comme pour tout le concert, l’ensemble du groupe semble s’amuser infiniment plus lorsque le travail instrumental est réellement exigeant. Je suis extatique et voilà qu’on nous balance...
Tonight/ Invisible Touch : Je ne m’y ferai jamais, c’est épouvantable. « Tonight », je veux bien et c’est presque dommage de l’avoir écourtée, mais ce single clinquant et sucré est réellement affreux à tous points de vue.
I Can’t Dance : « C’est pas une chanson, c’est juste un gimmick, quand on a un répertoire pareil, on s’abstient de la jouer » mon beau-frère, le 30 juin 2007 au soir. C’est vrai, mais l’effet sur le public est impressionnant.
Carpet Crawlers : Là, c’est bon, je pleure comme une madeleine.
Et ce troisième concert de la Genèse, ce voyage dans le temps avec mes acolytes s’est ainsi terminé.
Pas acheté de tee-shirt, mais acheté le programme, on ne se refait pas, je peux être un fan très blaireau.
Si on fait le bilan de ces retrouvailles genesiennes, même si je fus parfois agacé ou déçu, ce ne fut pas une soirée en demi-teintes, c’était tout le temps bien, d’être ensemble à écouter des choses qui sont tellement ancrées en moi depuis si longtemps.
Et c’est une invention merveilleuse que la commercialisation de ces bootlegs officiels qui permet de revivre à la seule force du son ce genre de soirées.
« You know this is your show »
