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En vrac

mercredi 28 octobre 2009, par Sébastien Bourdon

Vu en kiosque l’autre jour les Inrocks vanter en couverture « la mode rock, l’extravagance contre la crise » avec Christian Lacroix et La Roux, chanteuse techno-rock tendance dont j’ignore tout et ne veut rien savoir. Je ne sais plus quel autre magazine people affirmait quant à lui en couverture que Mélissa Theuriau était rock. J’ai envie de dire que le rock vous emmerde en fait. Et qu’il faut arrêter de dire et lire n’importe quoi.

Samedi dernier, je suis passé faire un tour à la FNAC Saint-Lazare avec femme et enfants. Une fois n’est pas coutume, car si je ne télécharge jamais (pas par point de vue politique, c’est juste que je n’en ai ni l’envie, ni le réflexe), je commande mes disques à distance. Les boutiques en ligne sont mieux achalandées et moins chères. Mais cela m’a donné le plaisir d’y croiser une amie, la plus charmante et cultivée des vendeuses de disques (du monde). Joie des retrouvailles, puis je me tourne vers la tête de gondole pour y saisir le dernier Alice In Chains et me tourne vers elle, m’apprêtant à lui dire un truc du genre « t’as écouté cette merveille ? ». Elle avait elle-même le disque à la main et s’apprêtait me poser la même question.

Car le dernier Alice In Chains est un chef d’œuvre. C’est le triomphe de la vie sur la mort. Leur frontman Layne Staley est décédé d’une overdose en avril 2002 (et je vous épargnerai l’anecdote à propos de mes larmes sur un quai de RER en l’apprenant dans Libé). Quatorze ans après leur dernier album, le groupe se reforme pourtant, avec un nouveau chanteur (William DuVall, qui fait de la guitare en plus), tourne et même sort un disque Black gives way to blue. Je les ai vus avec cette formation en 2006 *, le concert était une tuerie, donc je n’étais pas forcément pessimiste ou sceptique quant à cet album.

Le disque, je l’écoute tous les jours. Il y a une richesse d’écriture et une intensité rares en ces temps de mort des supports. Alice In Chains a toujours cultivé l’humeur sombre et ils ne sont pas encore pris en défaut sur ce penchant. Mais une forme d’optimisme règne malgré tout. Un peu d’espoir dans la musique et même de l’humour dans les textes (« Check my brain »). La vie.

Il se produit au surplus à l’écoute de cette merveille un phénomène surprenant : il est passé ad patres depuis fort longtemps, mais j’entends Layne Staley tout le long du disque (sur « Last of my kind », c’est même criant). Jamais eu une sensation pareille à l’écoute d’un album. C’est profondément émouvant.

La galette se clôture avec une très belle mélodie, soutenue au piano par Elton John (oui, oui, vous avez bien lu), vous berçant d’une douce mélancolie, sentiment qui ne vous quitte pas une fois le disque terminé. Sensation précieuse car « dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter » (Cioran).

Sinon, dans le genre grunge entièrement d’époque, je ne peux que recommander le dernier Pearl Jam - Backspacer. D’abord, l’emballage de l’objet est sublime, ces garçons ont définitivement compris que seule la beauté nous sauvera de la technique froide. Ensuite, passées les premières écoutes où l’on se dit que ce disque n’est peut-être rien de plus que de l’honnête « adult rock », on réalise finalement que l’on tient de leur part, une fois encore, un très bon disque.

Les compositions sont là (« The Fixer », « Supersonic ») et Vedder n’a jamais aussi bien chanté, avec moins d’emphase que d’habitude et plus de sensibilité (« The end »), retenant sans doute là les leçons de son très bel exercice solo (la BO de Into the wild de Sean Penn).

Je l’écoutais au casque, un jour de pluie sans vélo, agglutiné avec les autres dans le métro, et je me suis pris à rêver d’une randonnée dans l’Alaska avec eux et Sean Penn par exemple. On jouerait leur musique le soir au coin du feu après une journée de marche harassante dans des paysages grandioses et je me sentirais comme un petit garçon drôlement impressionné d’une telle compagnie, mais ce serait « rien chouette » comme le dit le petit Nicolas.

Pour conclure, j’ai enfin vu La graine et le mulet d’Abdelatif Kechiche l’autre jour en DVD, l’ayant raté lors de sa sortie au cinéma. Vous parlant de Fish Tank, j’avais un peu rapidement affirmé que le cinéma français se révélait souvent incapable de parler des gens qui vivent ailleurs qu’à Saint-Germain-des-Prés ou dans un village de province tellement typique que l’on croirait que le temps s’est arrêté en 1950. C’était un peu injuste (et je n’ai toujours pas vu Le prophète). Après L’Esquive, force est de constater que nous tenons un cinéaste qui a le souci de ses contemporains et de la société dans laquelle ils évoluent.

C’est beau des hommes qui refusent de tomber et des femmes qui ne baissent pas les bras. Et puis, c’est bien aussi de filmer les classes populaires sans que cela soit forcément à l’image que renvoie les medias ou ceux qui nous gouvernent. Tout au long de la projection, j’ai eu la sensation d’un film beau, fort et juste.

Sinon, à la fin, la sublime Hafsia Herzi nous rappelle qu’un petit ventre, des fesses et des nichons, c’est sacrément bandant. On le savait certes, mais c’est beau. C’était « la parenthèse libidineuse du chroniqueur »...

Sébastien

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